Loire-Atlantique : un producteur de tomates contraint de jeter une partie de sa production

Sur la commune de Haute-Goulaine, au sud de Nantes, près de trois tonnes de tomates encore consommables ont été déversées sur une parcelle. La faute à la surproduction et à un ralentissement de la consommation.

Deux à trois tonnes de tomates invendues déversées sur une parcelle à Haute-Goulaine
Deux à trois tonnes de tomates invendues déversées sur une parcelle à Haute-Goulaine © Antoine Ropert/France Télévisions
Lors d’une balade dominicale ce week-end dans la campagne au sud de Nantes, Vincent ne s’attendait pas à découvrir au détour d’un talus, un tapis de tomates, rouges, bien mûres et pour partie encore consommables.

Le maraîcher, propriétaire de la parcelle sur la commune de Haute-Goulaine, nous a confirmé que deux à trois tonnes de tomates y avaient effectivement été déversées la veille du week-end.

"En fin de semaine, il y a eu la destruction de plusieurs remorques de tomates sur mon exploitation. Souvent, les fruits mis en compost ne sont pas commercialisables, ils sont blessés, ils ont un défaut", explique Marc André Goulay, maraîcher et producteur de tomates sous serres chauffées.

"Mais dans ce cas précis, elles ne sont pas abîmées. Il y a une surproduction momentanée de tomates et le marché s’est affaissé. Les volumes sont tellement importants, il y en a partout, plus personne ne sait quoi en faire."

Conscient que ce dépôt de tomates a pu choquer les promeneurs, Marc-André Goulay explique qu’il s’agit de tomates de catégorie 2, avec un léger défaut.
Tomates grappes jetées en raison de la surproduction, Haute-Goulaine, le 31 août 2020
Tomates grappes jetées en raison de la surproduction, Haute-Goulaine, le 31 août 2020 © Antoine Ropert / France Télévisions

"Lorsque les produits de qualité extra n’arrivent pas à se vendre, ajoute Marc-André Goulay, on nous demande d’arrêter de conditionner ces produits-là parce que ce n’est plus commercialisable. Il faut se mettre dans la peau d’un acheteur, s’il peut avoir du très beau au prix du moche, il ne va pas se priver !".
 

"On aimerait tous lutter contre le gaspillage"

Marc André Goulay est adhérent de la coopérative Océane qui regroupe une cinquantaine de maraîchers au sud de Nantes. Ils produisent des tomates et d'autres légumes, des radis, de la mâche ou encore des concombres.

"Quand les coopératives ont des stocks énormes et qu’ils savent qu’ils risquent d’en détruire une partie ou de les brader, ils demandent à la production d’arrêter de conditionner. Malheureusement, les tomates sont mûres, elles sont belles mais on est obligé de les couper sinon on porte préjudice à nos futures récoltes. C’est le monde actuel, on aimerait tous lutter contre le gaspillage", avoue-t-il.

Une combinaison de plusieurs facteurs explique cette surproduction, en particulier une météo clémente propice à la production et "actuellement des températures plus fraîches, non favorables à la consommation", confirme Camille Malbois, responsable marketing et communication chez Océane.

Autre raison invoquée, "fin août est la pleine saison de la production des tomates de jardin, et cette année, les particuliers ont beaucoup plus jardiné en raison du confinement".

La coopérative Océane assure proposer les surplus de légumes aux associations telles que les Restos du Cœur, qui viennent régulièrement chercher des colis d’invendus. Certains producteurs donnent également en direct aux associations.

"Depuis le début de l’année, cela représente des dizaines de milliers de colis donnés. Ils passent régulièrement", assure Camille Malbois.

Alors que la crise économique et sociale s'installe durablement en France, le spectacle de ces dizaines de kilos de tomates abandonnés dans un champ a également fait réagir le responsable des services techniques de la commune de Haute-Goulaine, qui s'est rendu sur place.

"Il s'agit d'un domaine privé. Cela sort de notre domaine d’intervention", réagit-il. "C’est la première fois que je vois cela en 38 ans d’expérience. C’est regrettable, à notre époque où les gens sont dans le besoin, ils seraient contents d'avoir un cageot de tomates".

"Je vais conseiller aux élus de rappeler aux exploitants que dans la période actuelle, ils pourraient en faire un autre usage", déclare le responsable des services techniques de la commune, qui compte une vingtaine d'exploitations maraîchères.
 
Poursuivre votre lecture sur ces sujets
consommation économie agriculture société social