Nantes : 3 orphelins lancent une cagnotte en ligne pour enterrer dignement leur maman et créent une association d'aide

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Écrit par Christophe Turgis
Morgane et Roman ont lancé une cagnotte pour financer les obsèques de leur maman, avec l'argent obtenu, ils vont créer Pré-Care pour venir en aide aux orphelins en situation de précarité
Morgane et Roman ont lancé une cagnotte pour financer les obsèques de leur maman, avec l'argent obtenu, ils vont créer Pré-Care pour venir en aide aux orphelins en situation de précarité © Roman Malo

Après les décès de leurs parents, trois jeunes orphelins ont lancé une cagnotte en ligne pour offrir à leur maman une sépulture décente. La cagnotte a largement dépassé leur besoin, alors pour remercier les donateurs, ils créent "Pré-care" une association pour venir en aide aux plus démunis.

Comment transformer une de ces injustices dont la vie a le secret, en action positive pour soi-même et pour les autres. Voici Roman âgé de 25 ans, Morgane âgée de 20 ans et Yonah âgée de 13 ans, un frère et deux sœurs à qui la vie n'a rien épargné. Leur maman est décédée d'un cancer foudroyant de l'estomac il y a quelques semaines. Après que leur papa soit décédé d'un cancer au cerveau quelques années avant.

"Nous n'avions pas de quoi régler les frais d'obsèques", se souvient Roman. La maman leur a légué des dettes que les enfants étaient bien incapables d'honorer. Car la loi est ainsi faite qu'on hérite aussi des dettes de ses parents, quand il y en a. Le sort s'est acharné sur cette famille qui, venue de Belgique, avait fait en 2004 le projet de vivre heureuse en Vendée. Et ce fût tout le contraire.

Il y a d'abord le papa, qui faute de trouver du travail dans l'informatique vit de petits métiers dans le monde agricole. Et qui décède d'un cancer au cerveau en 2012. Laissant au passage une montagne de dettes après être passé par une période de dépenses compulsives du fait de sa maladie. La maman, secrétaire de formation, ne se décourage pas, elle permet à la fratrie de survivre, allant de petits boulots en petits boulots dans la grande distribution.

Rester dignes

Roman explique que sa maman "nous a élevés seule. Elle était très active, dans les associations d’aides aux précaires dont elle bénéficiait aussi". Les enfants ont fait l'expérience difficile de la grande pauvreté. "Celle qui fait qu'on ne va pas aux anniversaires des copains d'école, pour ne pas se découvrir". Rester dignes, ces trois-là ont su le rester jusqu'au bout.

"C'est Manon, mon amie, qui a émis l'idée de cette cagnotte pour trouver les quelques milliers d'euros nécessaire aux obsèques de notre mère. J'étais contre, j'avais honte, demander de l'aide pour enterrer dignement notre mère, c'était inconcevable". Roman refuse d'abord, puis finit par céder. Son amie fait valoir que "bien d'autres personnes utilisent ce procédé pour des motifs beaucoup plus futiles". "Nous voulions éviter à notre mère l'humiliation de la fosse commune", conclut Roman.

"Je suis un caméléon, de par mon apparence, les gens pensent que je viens d'une famille aisée. Nos amis ont découvert notre situation en même temps que le décès de notre mère en août". Et la situation tragique de la fratrie a ouvert un torrent de générosité autour d'eux. En quelques heures, la somme réunie dans le cercle, amical, scolaire, universitaire ou sportif leur a permis d'offrir des obsèques dignes à leur maman. Puis les réseaux sociaux, de posts en partages, se sont émus de la situation des trois orphelins. Au bout de quelques jours, il a fallu se rendre à l'évidence. La générosité du public avait dépassé leur espérance.

Rester ensemble et étudier

Au terme des 31 jours d'ouverture de la cagnotte, 77 000 euros ont été réunis. "Nous n'avons pas touché un seul euro, cet argent n'est pas pour partir en vacances, nous allons gérer cet argent au travers d'une association, dans une totale transparence de l'utilisation des fonds". Et tordre le cou aux personnes malveillantes, "car à la suite de cette collecte, nous avons reçu des messages de haine !"

Leur maman dignement enterrée, Roman allait pouvoir donner un avenir à ses deux sœurs, et notamment à la plus jeune. "Nous avions fait le serment à notre mère de ne pas nous séparer. Mais dans notre situation, faute de pouvoir lui offrir un toit, une enfant mineure allait forcément être confiée aux institutions". Cet argent a donc permis d'offrir un logement à Morgane, qui a pu obtenir la tutelle de Yonah. "Ma sœur est étudiante, pas de chambre pour l'enfant, pas de tutelle", résume abruptement Roman.

Nous avons reçu un soutien bien au-delà de notre attente, ce qui nous permet de penser que notre situation illustre une problématique bien plus générale

Roman Malo

"Ce projet autour de la précarité et du drame de la disparition d'un proche, ce n'est pas uniquement le cas de la famille Malo". Et Roman avec ses amis, de penser à toutes ces personnes réfugiées, immigrées, sans ressources, sans appuis dans la société pour faire face à pareil drame.

Roman a fait le constat à la suite de son expérience de vie personnelle que l'on n'a pas le droit d'être pauvre. "La précarité est associée à deux choses, la fainéantise, si vous êtes précaire c'est que vous ne voulez pas travailler, or, je n'ai jamais vu quelqu'un travailler autant que ma mère. Et puis, la précarité n'est pas qu'une question d'argent, on peut avoir un peu d'argent sur son compte en banque une fois qu'on est sorti de la pauvreté, reste encore la précarité relationnelle ou d'ambition.

Quand on n'a pas d'argent on ne voit pas les projets de la même manière

Roman Malo

Roman a eu son bac avec mention, 20 en maths, réalisant un parcours académique d'excellence. "La question que je me suis posée n'était pas quelles études je veux faire, mais quelles études je peux faire. On ne s'autorise pas à penser autrement".

Le sens de la fraternité

L'association créée avec les fonds réunis, s'appelle Pré-Care. Mélange de franglais, comme, prendre soin avant. Les buts sont en cours de rédaction précisément. Il s'agira de venir en aide à celles et ceux, jeunes, qui se retrouvent en difficulté à la suite de la disparition brutale d'un parent. Sans resources, économiques ou relationnelles. "Nous avons eu la chance de rencontrer un notaire et des services sociaux qui ont répondu à nos nombreuses questions, mais qu'en serait-il pour des jeunes immigrés par exemple ?" interroge Roman.

Roman, le chef de fratrie, élève brillant en dépit des difficultés, poursuit ses études. Il sera bientôt docteur en psychologie, il veut devenir maître de conférence ou professeur des universités. 

Nous continuons tous nos études. C’est ce qu’aurait voulu notre mère

Roman Malo

De son côté, Morgane poursuit les siennes à Dijon, la jeune Yonah l'y a donc suivie. Roman est resté à Nantes pour terminer son parcours universitaire. Il a, tout au long de l'été, conjugué difficultés familiales et études, "Mes directeurs de thèse ont été très soutenants, très respectueux de notre situation, ils m'ont proposé de décaler la fin de mon parcours universitaire d'un an s'il le fallait". Fort de son expérience unique de grand frère, il veut rendre désormais ce qu'il a reçu, aider les autres à amortir la violence des accidents de la vie. Donner sens à la fraternité.

 

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