A Nantes, l'ancien hôtel de la Duchesse Anne va être rasé

C'est un dossier vieux de plus de 16 ans, l'ancien hôtel de la Duchesse Anne à Nantes, près du château, incendié en 2004, n'est plus qu'une ruine. Les quelques murs qui restent vont être démolis dans les semaines à venir.

Il ne reste plus que quelques murs qui vont être détruits début 2021 selon la société Giboire copropriétaire de l'immeuble.
Il ne reste plus que quelques murs qui vont être détruits début 2021 selon la société Giboire copropriétaire de l'immeuble. © France Télévisions Olivier Quentin

Les Nantais s'en souviennent bien, le 17 juin 2004, dans l'après-midi, un incendie se déclarait dans l'hôtel de la Duchesse Anne, tout près du château des Ducs de Bretagne, dans le centre-ville de Nantes. 

L'immeuble, auquel on avait donné un style art déco dans les années 30 avait été construit en 1874, puis surélevé. C'était un des bijoux architecturaux de Nantes. 

 

Arrêté de péril

Mais il y eut cet incendie provoqué par un court-circuit dans un congélateur de l'hôtel-restaurant. Et comme dit un des connaisseurs du dossier "Les ennuis ont commencé".

L'un des deux propriétaires de l'immeuble a vendu sa part à une société  de gérance de portefeuilles rennaise. Cette société avait un projet pour restaurer les lieux et en faire un hôtel 4 étoiles de 90 chambres respectant la façade protégée.

L'autre copropriétaire, une habitante de la région parisienne, ne partageait semble-t-il pas cette ambition et le projet est tombé à l'eau. L'eau de pluie a ensuite fait son œuvre, dégradant de plus en plus ce qui restait de l'immeuble. Jusqu'à ce qu'en 2015, la Ville de Nantes prenne un arrêté de péril obligeant les propriétaires à faire les travaux nécessaires pour sécuriser ce qui restait encore debout.

La société rennaise avait entre temps vendu sa part à la société immobilière Giboire, basée à Rennes mais possédant également des bureaux à Nantes. Laquelle a tenté, à son tour, de s'entendre avec la propriétaire parisienne sur un projet immobilier.

"Elle ne voulait réinvestir que le produit de l'assurance" explique un connaisseur du dossier. C'était largement insuffisant pour le projet d'hôtel imaginé par le premier copropriétaire rennais et ce sont ensuite les services des Bâtiments de France qui ont retoqué le projet proposé par la société Giboire qui voyait un immeuble de logements de luxe à cet emplacement.

 

Démolition d'une partie de la façade

La façade art déco n'a pas survécu à l'obligation qui avait été faite aux copropriétaires de sécuriser les lieux qui menaçaient de s'effondrer sur la voie publique. A noter que la propriétaire parisienne s'est faite rappeler à l'ordre par la justice en 2016 pour n'avoir pas pris sa part dans ces travaux. Ce qu'elle a fini par faire avec, en plus, une amende de plusieurs dizaines de milliers d'euros.

Et voilà que l'hôtel de la Duchesse Anne perd deux étages et sa belle décoration au sommet de la façade principale. Alors que l'idée première était de garder cette façade justement et de reconstruire derrière. Mais les atermoiements et les intempéries ont eu raison de ce témoin de l'histoire nantaise.

Près de 16 ans après cet incendie, aucun permis de construire n' a été déposé. Mais on apprend du groupe immobilier Giboire que les derniers murs vont être prochainement démolis.

"De façon assez rapide, nous a expliqué Geoffroy Petit, le directeur du développement du groupe Giboire, on prévoit la démolition de la fin de l’ouvrage, la façade continuait de se dégrader, il y avait péril. Ça va se dérouler sur les deux mois à venir pour faire place nette et sécuriser les lieux."

Le groupe Giboire attend une rencontre avec les architectes des Bâtiments de France avant de se lancer dans un projet.
Le groupe Giboire attend une rencontre avec les architectes des Bâtiments de France avant de se lancer dans un projet. © France Télévisions Olivier Quentin

La suite ? Pour une fois, elle n'est pas immédiatement suspendue au bon vouloir de la copropriétaire parisienne, très attachée nous dit-on à cet immeuble, mais aux calendriers respectifs des autres interlocuteurs, les Bâtiments de France, la Métropole et le groupe Giboire. 

 

"On ne sait pas ce qu’on peut faire"

"Pour débloquer la situation, précise Geoffroy Petit, il faudrait  un projet avec des études et un architecte. Le premier problème c’est qu’on ne sait pas ce qu’on peut faire." D'où l'importance de cette rencontre avec les Bâtiments de France que l'on semble avoir du mal à organiser. Rien ne pourra se faire sans les pistes qui en sortiront, faut-il garder l'esprit de l'ancien immeuble, privilégier des logements, un hôtel, des commerces ? 

A noter qu'à la demande de la ville de Nantes, la société Pilgrim Technology qui est basée à La Chevrolière, près de Nantes, avait réalisé en 2013 une image 3D de l'immeuble, ou de ce qu'il en restait, avec un drone pour le cas où il serait décidé de reconstruire la façade à l'identique.

"Cette vue est un modèle appauvri et ne reflète ni la qualité ni la précision du modèle numérique" nous précise la société.

Vue 3D de la façade modélisée par Pilgrim Technologie

 

Ensuite, il faudra convaincre la copropriétaire parisienne d'investir dans ce projet ou... de vendre sa part.

Toujours est-il que dans les semaines à venir, on devrait voir des engins arriver rue Henri IV pour finir de détruire ce qui fût l'un des plus prestigieux hôtels de Nantes.

voir les images de l'incendie du 17 juin 2004

durée de la vidéo: 01 min 15
Incendie Hôtel Duchesse Anne Nantes

 

Le Groupe Giboire et la Tour Bretagne

Copropriétaire de l'immeuble de l'ancien Hôtel Duchesse Anne, le Groupe Giboire l'est aussi de la Tour Bretagne après avoir racheté les parts de l'Etat et du Centre de Communication de l'Ouest.

La tour est aujourd'hui vidée de ses occupants depuis le 30 juin 2020. D'importants travaux de rénovation vont y être effectués qui devraient durer entre 5 et 10 ans. La Tour Bretagne va être déshabillée pour être notamment désamiantée et restaurée selon les normes en vigueur. 

"On en a profité pour faire des investigations techniques, explique Geoffroy Petit, pour voir ce que le bâtiment est capable de supporter à l'avenir."

La Tour Bretagne, dans le centre-ville de Nantes, est vidée de ses occupants pour y réaliser une rénovation lourde.
La Tour Bretagne, dans le centre-ville de Nantes, est vidée de ses occupants pour y réaliser une rénovation lourde. © France Télévisions Olivier Quentin

Pas plus de détails sur ce qui y sera réalisé si ce n'est que l'on n'imagine plus un immeuble de bureau, comme cela était le cas, mais "plus de mixité d'usage". Des pourparlers doivent s'engager avec la Métropole à ce sujet puisqu'elle est copropriétaire à hauteur de 20 % de l'immeuble contre 60 % pour le groupe Giboire et 20% pour le groupe immobilier Lamotte.

 

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