Nantes : le gel dans le vignoble laisse les viticulteurs désemparés

Il a gelé cette semaine dans le vignoble de Nantes, et bien plus fort que les prévisions météo ne l'avaient envisagé. Certains vignerons sont à près de 100 % de perte, et les prévisions de froid pour la semaine prochaine les inquiètent, la vigne aura du mal à refaire un second bourgeonnement.

En Loire-Atlantique, plusieurs petits matins de gel à -3 ou -4°  ont détruit la vigne en plein bourgeonnement, entre 50 et 100% selon les parcelles
En Loire-Atlantique, plusieurs petits matins de gel à -3 ou -4° ont détruit la vigne en plein bourgeonnement, entre 50 et 100% selon les parcelles © Claude Boyer / MAXPPP

Partout dans le vignoble de Nantes, les viticulteurs observent consternés l'état du bourgeonnement de la vigne. Le constat est cruel, le froid survenu au petit matin, et plusieurs jours de suite cette semaine, a "noirci" les bourgeons. Du côté de Vallet, Clisson ou Gorges, certains font état de 100% de perte.

Ceux qui n'ont pas été touchés dans la même proportion redoutent la semaine à venir, car du gel est encore prévu. "Du gel, et pire encore, de l'humidité !" Jean-Michel Poiron à Château-Thébaud redoute cette nouvelle séquence de gel, "tant que le végétal est sec ça gèle moins vite, il faut que ça descende à -3, -4°, mais l'humidité arrive, et avec -1° ce sera tout autant fatal. On n'est pas au bout de nos peines".

 

Un désastre

Chez Albert Florent à Pont-Saint-Martin, le gel a fait des dégâts. "J'avais avancé sur la taille traditionnelle et le gel a détruit 80% des bourgeons, pour la taille mécanique on doit être à 50%". Pour le vigneron c'est un sentiment d'acharnement, "je me suis installé en 2003, c'est la 5ème année de gel, dont 4 fois ces six dernières années..."

Pour lui comme pour ces collègues, il a entendu que le ministre de l'Agriculture s'emparait du sujet et promettait des aides. "Mais ça ne fait pas tout", reprend Florent Albert, "Il y a toujours des règles de calcul, des moyennes qui font qu'on arrive bien souvent à moins de 30% du chiffre d'affaires". Ça ne permet pas de vivre correctement.

Jean-Michel Poiron évoque les difficultés récurrentes des viticulteurs nantais, "les assurances sont trop chères et la valorisation du Muscadet insuffisante, alors nombre d'entre nous renoncent. Un euro du litre seulement".

C'est le cas de Florent Albert, "l'assurance fait une moyenne sur 5 ans, nous sur ces 5 années nous avons eu 4 fois du gel, autrement dit des toute petites récoltes et de très petits revenus. Ça ne rembourse rien ! Cette année nous avons renoncé à l'assurance contre le gel".

Du côté de Clisson, chez Vincent Perrault, 80% des vignes du domaine de la Vinçonnière ont gelé. Alors il installe des bougies pour tenter de sauver ce qui reste, lors du retour du gel et de l'humidité prévus pour lundi 12 avril.

Mise en place de bougies dans les rangs de vigne chez Laurent Perrault ,au domaine de la Vinçonnière à Clisson
Mise en place de bougies dans les rangs de vigne chez Laurent Perrault ,au domaine de la Vinçonnière à Clisson © Cyril Dudon / France Télévisions

 

Une petite récolte à venir

Tout n'est pas perdu, la vigne en général refait un second bourgeonnement, permettant une récolte réduite.

"On peut espérer derrière le gel, une petite reprise. On arrive parfois à 15 hectolitres à l'hectare", indique Jean-Michel Poiron, "mais ce n'est rien avec le niveau de valorisation du Muscadet".

Et puis, et c'est paradoxal, ce gel donne plus de travail aux vignerons. "La vigne pousse plus, il faut donc passer plus de temps dans les rangs pour une micro-récolte".

 

Moins de dégâts en Maine-et-Loire

En Maine-et-Loire, en dépit de températures très basses, -7° à Saint-Cyr-en-Bourg dans le Saumur Champigny, les dégâts semblent moins importants. "On ne  se souvient pas d'avoir eu des températures aussi basses avec aussi peu de dégâts pour ce qui concerne notre appellation" s'étonne Amélie Neau, la présidente du syndicat du Saumur Champigny. "10 à 15% des surfaces sont abîmées, nous utilisons des tours à vent qui permettent de brasser l'air sur 3 ou 4 hectares, en y ajoutant quelques bougies dans les parties qui ne sont pas atteintes par le courant d'air on s'en sort"

De l'autre côté d'Angers, rive nord de la Loire, vers Savennières le gel n'a pas provoqué de dégâts, "si on a gelé c'est sur quelques bourgeons" indique Tessa Laroche, plus préoccupée par la mise en bouteille de son vin que par le retour du froid hivernal !

Sur la rive sud, dans le Layon et Chaume, les vignerons ont limité les dégâts avec des bougies ou des braséros. Alexandre Cady n'a pas eu de remontées alarmantes de la part de ces collègues vignerons. Lui aussi a d'autres préoccupations, il a vu disparaître son chai dans un incendie le 1er avril.

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