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Les portables au collège, c'est vraiment fini ?

Vers la fin des portables au collège ? / © DR
Vers la fin des portables au collège ? / © DR

Tout le monde en parle, le portable au collège, c’est fini ! Mais dans la "vraie vie", 9 adolescents sur 10 âgés ont déjà un smartphone! Alors comment fait-on pour appliquer la loi ? Nous avons demandé à Thomas Laurenceau, notre spécialiste Conso de la matinale. Il nous démêle le vrai du faux!

Par Thomas Laurenceau Journaliste spécialisé consommation 

Aïe aïe aïe ! Plus de portable au collège… Je ne sais pas si vous réalisez ce que cela signifie.
Aujourd’hui, entre 12 et 17 ans, 9 ados et pré-ados sur 10 ont déjà un smartphone, autrement dit un portable qui va sur Internet !
Voilà un gouvernement qui n’a pas peur des mesures impopulaires auprès de la jeunesse… Ce qu’il faut préciser tout de même, c’est qu’en fait la mesure n’est pas si nouvelle : depuis une précédente loi de 2010, le code de l’éducation interdisait déjà le portable dans les écoles et les collèges…


Mais alors, qu’est ce qui est nouveau ?

2 choses :
  • La première, c’est l’inscription dans la loi, signée par le président de la République, le Premier ministre et une demi-douzaine de ministres, que le téléphone peut être confisqué, je lis : « par un personnel de direction, d’enseignement, d’éducation ou de surveillance ». Le président de la République lui-même autorise les pions à confisquer les portables !
 
  • La deuxième nouveauté, c’est que les lycées sont potentiellement concernés aussi. Mais là, c’est à eux d’en décider : « Dans les lycées, le règlement intérieur peut interdire l’utilisation par un élève des appareils mentionnés au premier alinéa dans tout ou partie de l’enceinte de l’établissement ». Il peut, mais il n’est pas obligé. Cela donne quand même aux proviseurs un argument de poids : la loi les autorise expressément à interdire les portables.
 

Concrètement, cette interdiction, est- elle applicable ?

On imagine mal les surveillants et les employés de vie scolaire des toutes les écoles et de tous les collèges en train de fouiller un à un tous les cartables et toutes les poches à l’entrée…
Sachant qu’en plus, aucune sanction n’est prévue pour l’établissement en cas de non exécution de la loi, on peut réellement douter de son application stricte. Probablement, cela va surtout rester une menace que l’on laissera planer, un argument sur lequel on pourra s’appuyer en cas d’abus.


Alors, c’est une loi qui ne sert à rien ?

C’est un peu ce que disent à la fois l’opposition, mais aussi les associations de parents d’élèves, qui auraient bien aimé qu’on profite de cette loi pour mettre en œuvre une véritable politique d’éducation des enfants aux usages et aux risques du numérique.

Et là, c’est vrai que la loi est bien timide. Elle se contente de dire qu’il faut former les jeunes à une utilisation « responsable » des ressources numériques et leur enseigner leurs « droits et devoirs liés à l’usage d’Internet et des réseaux ». C’est vrai que c’est un peu faible, vu l’enjeu.

Pour autant, elle ne sert pas forcément à rien. Pour moi, c’est une loi à fonction essentiellement symbolique. Mais parfois, les symboles, c’est important. Et notamment sur un sujet comme celui-ci. C’est une manière de dire que l’Éducation nationale est aussi là pour protéger les enfants de l’abus des smartphones, qui peuvent provoquer beaucoup de dégâts : troubles du sommeil, trouble de l’attention, incitation à l’inactivité physique et donc risque d’obésité, désocialisation, etc. Sans compter les risques de harcèlement, parfois tragiques, ou encore de racket, avec des objets qui valent de petites fortunes.
 

Qu’est-ce qu’on peut conseiller aux parents, dont les enfants veulent tous un portable ?

Si l’on écoute les pédopsychiatres, des gens comme Serge Tisseron, le spécialiste des écrans et des enfants, il faut attendre 12 ans, disons l’entrée au collège. Surtout s’il s’agit d’un smartphone, donc avec un accès à Internet.


Je vous rappelle la règle des 3-6-9-12 établie par Serge Tisseron et qui fait consensus aujourd’hui, même si elle doit bien sûr être adaptée à chaque cas particulier :
  • pas de télé avant 3 ans
  • pas de console de jeu personnelle avant 6 ans
  • pas d’Internet non accompagné avant 9 ans
  • et pas de réseaux sociaux (donc pas de smartphone) avant 12 ans.
Et puis, le deuxième conseil, sans lequel tout le reste n’a pas vraiment de sens, c’est de donner l’exemple en tant qu’adulte : pas de portable à table, pas de portable quand on conduit l’enfant à l’école ou qu’on joue avec lui…
Et dans cette histoire, ce n’est pas forcément le conseil le plus facile à respecter.


Cf: Article 1 de la loi du 3 août « relative à l’encadrement de l’utilisation du téléphone portable dans les établissements d’enseignement scolaire »
« L’utilisation d’un téléphone mobile […] par un élève est interdite dans les écoles maternelles, les écoles élémentaires et les collèges ».


Retrouvez la chronique de Thomas Laurenceau, en direct tous les mardis, à 9h50 le matin !

 
Thomas Laurenceau, chroniqueur consommation dans 9h50 le matin sur France 3 Pays de la Loire / © Christophe Turgis
Thomas Laurenceau, chroniqueur consommation dans 9h50 le matin sur France 3 Pays de la Loire / © Christophe Turgis

 

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