Propriété d'un mécène chinois, le cheval dragon Long Ma est de retour à Nantes pour une révision

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Acheté par un mécène chinois en 2014, Long Ma, le cheval dragon est de retour à Nantes pour une révision de grande ampleur. L'occasion de revenir sur le parcours de cette création de la compagnie La Machine, dont la mission est autant culturelle que diplomatique.

Sa silhouette gracieuse salue les passants qui ont la chance de le croiser lors des essais. Ce matin-là, l'équipe de La Machine teste les mouvements du cou de l'animal et de sa langue, une mécanique lourde et complexe, toute en puissance et en finesse.

Arrivé de Chine au printemps dernier, en pièces détaché, Long Ma, le cheval dragon se trouve en révision depuis l'été dernier, dans l'atelier qui l'a vu naître en 2014. 

"Il y a des choses qui se sont dégradées au fur et à mesure, mais là, on a tout repris", explique François Delarozière, directeur artistique de la compagnie La Machine. "On a refait tous les joints des vérins hydrauliques, nous avons aussi modifié certains composants électriques qui avaient fini par s'abîmer ou s'oxyder. C'est un check up global, on a tout démonté, et là, nous sommes en train de tout remonter. On a aussi refait un travail dermatologique, le jaune est redevenu parfait là où il y avait des traces de graisse liées à la vie d'une machine."

Au chômage technique, Long Ma a profité de sa longue pause forcée par le Covid pour retourner dans l'atelier de sa naissance, et profiter de cette remise à neuf après huit ans d'une histoire émaillée de voyages, de démontages, et de transports d'un continent à l'autre.

Long Ma : un projet politique et diplomatique

Car le cheval dragon est un ambassadeur. Il est d'abord né dans l'esprit du comité du cinquantenaire des relations diplomatiques franco-chinoises, dont les festivités organisées en 2014, avaient été chapeautées par l'ambassade de France à Pékin. Les organisateurs étaient alors allés voir Adam Yu, PDG de Winland, un groupe chinois spécialisé dans les investissements immobiliers de luxe. Francophile, chevalier de la légion d'honneur, l'homme d'affaire chinois était déjà connu pour des actions de mécénat dans le domaine culturel.

Pour un montant de 2,8 millions d'euros, Adam Yu avait donc accepté de financer la création de cette machine de 45 tonnes et 12 mètres de haut, sans savoir exactement ce qu'il allait en faire. "Au départ, il y a la volonté d'aider à promouvoir les relations franco-chinoises", explique Simon Wang, l'assistant du riche mécène. "Long Ma a d'abord participé à un spectacle à Pékin, sur le site du parc olympique. Pour son avenir, il avait d'abord été envisagé de l'installer dans un parc, pour des déambulations, un peu à la manière de l'éléphant des Machines de l'île.

Mais à l'époque, aucun emplacement n'a pu être trouvé, et le cheval dragon a joué de malchance. Le 31 décembre 2014, lors des célébrations du Nouvel An, 36 personnes sont mortes piétinées dans un mouvement de foule à Shanghai. L'incident, dans lequel Long Ma n'était pas impliqué, met en lumière les risques liés aux grands événements dans un pays où les villes comptent jusqu'à 22 millions d'habitants.

Dans la foulée, toutes les manifestations où le cheval dragon devait être présent sont annulées les unes après les autres, et ce dernier repart à Nantes pour être présenté sur l'esplanade des machines à l'été 2015.

En 2016, le cheval dragon a ensuite participé à Calais à un spectacle de la compagnie La Machine, en compagnie de l'araignée géante. Puis en 2017, c'est la ville d'Ottawa, au Canada, qui financé la venue de Long Ma, dans le cadre, là aussi d'un spectacle de La Machine.

De grands spectacles financés par les villes

"Le coût d'une session de ces grands spectacles est très variable. Pour Pékin, en 2014, où il fallait du grand spectacle, le budget était de 900 000 euros. Pour Calais, le spectacle a été acheté 400 000 euros, mais il y avait moins d'effets ", explique Fredette Lampre, de la compagnie La Machine.

Si Adam Yu, le mécène chinois, a payé la conception, la fabrication, et finance l'entretien et les frais liés au cheval dragon, ce sont les villes et collectivités qui financent les spectacles, déplacements et déambulations de l'animal. D'où sa rareté.

En 2018, Long Ma a été invité par la municipalité de la ville de X'ian, célèbre pour son armée de soldats en terre cuite dans la province du Shaanxi. Une déambulation à l'occasion du forum culturel franco-chinois, organisé notamment par la fondation Prospective et innovation, dirigée par Jean-Pierre Raffarin. 

Puis en 2019, Long Ma s'est promené à Macao, pour le 20e anniversaire de la rétrocession de la péninsule à la Chine par le Portugal. "Dans tous les déplacements de Long Ma, il y a aussi un côté diplomatique. La déambulation à Macao coïncidait avec le 70e anniversaire de la République Populaire de Chine", précise Simon Wang.

Par la suite, le cheval dragon a été invité pour le Nouvel An chinois dans un complexe touristique de Zhuai, une ville frontalière de Macao. Six jours avant les toutes premières mesures liées au Covid 19, qui a entraîné la suspension de tous les événements. Au mois d'octobre 2020, Long Ma a brièvement repris ses déambulations, jusqu'à la date de la fête nationale chinoise.

Qu'il se trouve sur le territoire chinois ou à l'étranger, le cheval dragon est toujours investi d'une mission politique. "Avec Long Ma, Adam Yu n'a pas d'objectif économique. Mais il y a un retour pour la ville qui l'invite, en termes d'image, et aussi pour la Chine, car il s'agit d'un symbole puissant, le dragon des empereurs et le cheval, qui représente la vitalité, la vitesse et la persévérance. A travers le spectacle de rue, nous faisons voyager une image différente et surtout plus positive que celle que véhiculent les médias", explique Simon Wang, l'assistant du mécène chinois.

Long Ma en visite à Toulouse

Somptueux et coûteux représentant d'un certain "soft power" chinois, Long Ma se rendra à Toulouse à l'issue de sa grande révision, pour une présentation dans la halle de la Machine à partir du 19 février, puis pour un spectacle en compagnie de l'araignée géante et du minotaure, les 16 et 17 avril. Enfin, jusqu'au 8 mai, il emmènera les spectateurs à l'aide d'un temple installé sur son dos pour une balade sur la "piste des géants", une ancienne piste d'aviation qui a vu les débuts de l'aéropostale.

Cette fois, le spectacle sera financé par le budget de fonctionnement de la halle de la Machine, lui-même alimenté par la ville de Toulouse dans le cadre d'une délégation de service public.