Nantes : handicapée, Priscille Deborah a appris à vivre avec un bras bionique

Le 19 mars dernier, un homme d'une quarantaine d'années, amputé, a été opéré et équipé un bras bionique. C'est la deuxième fois qu'une telle opération est menée en France. La première, déjà à la clinique Jules Verne à Nantes, avait été menée par la même équipe pour Priscille Deborah. 

Le bras myoélectrique dont a été équipée Priscille Deborah.
Le bras myoélectrique dont a été équipée Priscille Deborah. © France Télévisions

Novembre 2018, dans un bloc opératoire de la clinique Jules Verne, à Nantes, une opération très délicate a lieu, menée par deux chirurgiens : le Dr de Keating Hart, du centre de la main de la clinique Jules Verne et le Dr Jérôme Pierrart du Centre de la Main de Paris.

Sur la table d'opération, Priscille Deborah dont on va préparer le bras droit, amputé après un accident, à recevoir une prothèse de dernière génération. Une prothèse dite "bionique" (Priscille a perdu deux jambes et le bras droit), 

L'opération s'est bien passée et Priscille a appris à vivre avec ce bras bionique, une technologie déjà utilisée aux Etats-Unis ou en Allemagne. Mais c'était une première en France.

"Cette technique (la TMR) consiste à réactiver des nerfs qui sont dans le bras du patient, explique le Dr de Keating, et à les connecter sur un muscle pour qu'ils reprennent une fonction de contraction. On est sur un membre qui est mutilé. On ne sait jamais vraiment ce qu'on va retrouver comme muscle, comment vont repousser les nerfs que l'on va réactiver et il faut opérer en vue de connecter une prothèse au niveau des muscles. Il faut déplacer les unités musculaires dans le bras pour que la prothèse puisse se connecter au mieux au bras du patient."

Une telle opération peut durer de quatre à dix heures suivant les cas. Le but est d'utiliser les nerfs qui auparavant commandaient la main et qui sont toujours présents dans le moignon du bras amputé, pour les connecter à une partie des muscles restant dans ce moignon afin de leur donner une nouvelle fonction et activer la prothèse. La technique donne évidemment beaucoup d'espoir.

Le Dr Edward de Keating, chirurgien de la main à la clinique Jules Verne Nantes, qui a pratiqué l'opération.
Le Dr Edward de Keating, chirurgien de la main à la clinique Jules Verne Nantes, qui a pratiqué l'opération. © France Télévisions

"Toute personne qui a été amputée pour une cause traumatique, précise le Dr de Keating, peut bénéficier de cette technique. Elle va plus ou moins marcher en fonction de la capacité de repousse des nerfs. Plus les patients sont jeunes, plus ils ont une capacité de réinnervation plus importante qu'une personne un peu plus âgéePriscille avait été amputée douze ans auparavant. Pendant douze ans, ses nerfs n'avaient pas fonctionné et pourtant, en reconnectant ses nerfs et en travaillant pendant deux ans, elle a quand même réussi à avoir une fonction de son bras qui est plutôt de qualité."

L'état des muscles restant jouera aussi pour la réussite de cette opération. 

"Ça peut aussi faire plus mal qu’une main normale quand je serre"

Priscille Deborah a commencé à porter la prothèse en août 2019. Une heure par jour au début, puis, jusqu’à quatre heures par jour. Aujourd'hui, elle la porte du matin au soir.

"Plus je la porterai, plus je l’intégrerai, dit-elle. J’ai réappris les gestes du quotidien à deux mains, mettre une lettre dans une enveloppe, ouvrir un mascara pour me maquiller... Il y a six mouvements de base, ouvrir et fermer la main, plier déplier le coude et faire une rotation."

Un inconvénient, Priscilla, ne ressent aucune sensation.

"On peut porter six kilos mais ça peut aussi faire plus mal qu’une main normale quand je serre, s'amuse-t-elle. J’ai demandé un réglage soft. Mais je ne sens pas le chaud ou le froid."

Ce sera pour les prochaines générations de prothèses peut-être. 

Sylvio Bagnarosa orthoprothésiste qui suit Priscille Deborah
Sylvio Bagnarosa orthoprothésiste qui suit Priscille Deborah © FranceTélévisions

Sylvio Bagnarosa est l'orthoprothésiste qui suit Priscille Deborah depuis le début de cette aventure. Il était même présent lors de la première intervention chirurgicale.

"Du fait que les nerfs de la main soient réimplantés dans un muscle, explique Sylvio Bagnarosa, pour le cerveau, c'est toujours la main qui fonctionne. Chaque nerf va être relié à un muscle et ce muscle va être connecté à une électrode dans l'amboiture (de la prothèse) et cette électrode va être liée à une articulation."

Le nerf de l'ouverture de la main chez le patient est donc relié à l'ouverture de la main de la prothèse. Ce ne sont plus les biceps et triceps qui commandent la prothèse, comme ce qui se fait généralement, mais les nerfs réactivés de la main, ce qui est moins fatiguant pour la personne équipée.

Le dernier patient à avoir bénéficié de ce genre de  prothèse a été opéré au mois de mars à Nantes, à la clinique Jules Verne.

Priscille Deborah continue de peindre mais elle pratique aussi la plongée, le ski, l'équitation, de façon quasi autonome. Pleine d'énergie, elle vient aussi de publier un livre chez Albin Michel "Une vie à inventer"

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Quant au coût d'une telle prothèse, il est, évidemment, très élevé. Il se monte à 160 000 euros dont 30 000 euros pris en charge par l’Assurance Maladie. Le reste a été financé par des dons, des mécènes, des partenaires.

En médiatisant son histoire, Priscille Deborah espère contribuer à prouver l'utilité de tels équipements bioniques afin d'améliorer leur prise en charge financière.

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