• faits divers
  • sport
  • société
  • économie
  • football
  • Insolite

Utopiales 2018. Rencontre avec les auteurs de la nouvelle série de science-fiction Renaissance

Renaissance - extrait de la couverture / © Dargaud / Duval, Blanchard et Emem
Renaissance - extrait de la couverture / © Dargaud / Duval, Blanchard et Emem

Ils ont été nourris à la science-fiction dès le plus jeune âge et ça se sent. Les Rouennais Fred Duval et Emem, associés au Nantais Fred Blanchard, débarquent aux Utopiales avec une nouvelle série BD sous le bras et plein d'aliens dans la poche...

Par Eric Guillaud

Plein d'aliens dans la poche. Et gentils comme des Bisounours ou presque. Impossible ? Dans la science-fiction, tout est possible, tous les futurs sont imaginables. Les auteurs de Renaissance, nouvelle série dont le premier volet vient de paraître aux éditions Dargaud, le mettent une nouvelle fois en évidence. Non seulement, les aliens sont ici des gentils mais ils ont décidé d'envahir la Terre pour le bien de l'humanité, le bien des hommes et des femmes qui l'habitent mais n'ont pratiquement rien fait jusque-là pour la sauvegarder et protéger ses ressources naturelles.

Nous sommes en 2084, la Terre agonise. Le réacteur nucléaire du Tricastin a explosé, la tour Eiffel a les pieds dans l'eau, les champs de pétrole texans sont bombardés par les Sécessionnistes, des épidémies de grippes ravagent la Chine, le Sahara a été déclaré zone invivable pour tout le monde, la Californie et l'Oregon sont en guerre... Bref, tout va très mal Madame la marquise. 

Nous sommes Renaissance, n'ayez pas peur!

Une Terre en fin de vie d'un côté, des humains lancés à corps perdus dans l'autodestruction, une fédération de civilisations extraterrestres de l'autre, beaucoup plus avancée et pacifique, qui décide d'intervenir. Voilà pour l'état des forces en présence. Reste à savoir comment les premiers accueilleront les seconds, comment les seconds parviendront à faire changer de style de vie les premiers.

Raconté du point de vue des extraterrestres, le récit interroge, nous interroge, sur la capacité des humains à sauver leur propre maison, la Terre. L'espoir est-il encore possible ? Réponse dans les pages de cette très belle et très sinfgulière saga SF signée par des spécialistes du genre, Fred Duval, par ailleurs scénariste de Carmen Mc Callum, Travis ou encore Jour J, Emem, notamment dessinateur sur Carmen Mc Callum, et Fred Blanchard, cofondateur du fameux label Série B des éditions Delcourt, illustrateur et designer.

Avant leur venue au Festival international de science-fiction de Nantes, qui se déroule du 31 octobre au 5 novembre, nous avons rencontré les auteurs, interview...
Planche 2 / © Dargaud / Duval, Blanchard & Emem
Planche 2 / © Dargaud / Duval, Blanchard & Emem
Dans le premier volet de Renaissance, la planète Terre est en bonne voie d’extinction. Vous avez beaucoup d’imagination. Quel a été le déclic de cette nouvelle aventure ?

Fred Duval , scénariste. Le déclic a été l’envie de raconter une histoire d’invasion extraterrestre venant au secours de la Terre plutôt que pour la piller ou l’occuper. Je me suis interrogé sur l’angle possible, et l’idée de présenter la rencontre du point de vue des visiteurs a germé.

Imaginer un futur à notre planète est une chose, imaginer de A à Z un autre univers comme celui de la fédération Renaissance en est une autre. De quoi êtes-vous partis pour le créer ?

Fred Duval. Nous avons beaucoup échangé avec Emem et Fred Blanchard, j’ai parlé de fleurs géantes, de lagons incroyables sans entrer dans les détails. J’ai beaucoup pensé aux bandes dessinées des années 60 et 70 que j’aime, Forest, Philémon de Fred et puis Druillet, bien entendu, qui a été pour moi le plus grand choc graphique de mon enfance.

Dans le scénario, l’objectif est de montrer une planète où le développement s’est réalisé dans le respect de l’environnement. Une Terre qui aurait « réussit » en quelque sorte. Il fallait donc créer une harmonie, c’est à peu près ce que j’ai expliqué aux deux dessinateurs, proposé des endroits comme les jardins suspendus de Känalä qui mettent en harmonie deux peuples de la planète : les forestiers et les sustentateurs, mais sans m’épuiser à les décrire précisément car je savais que les dessins dépasseraient mon imagination !
Recherches graphiques / © Emem
Recherches graphiques / © Emem
L'histoire est racontée du point de vue des extraterrestres. Pourquoi ce choix ?

Fred Duval. J’ai proposé a mes deux amis de créer un héros Alien, chose que je n’ai jamais lue en bd franco-belge.

Si on regarde l’histoire au premier degré, j’avais vraiment envie de développer une empathie avec des espèces aliens, montrer leur mode de vie. Chaque épisode de Renaissance proposera des séquences sur la planète Näkän, à la fin du troisième album, on aura fait une partie du voyage, le lecteur connaîtra assez bien cette planète et les débats qui animent le Complexe, cette fédération de plusieurs planètes, juste évoquée dans le premier tome.

Si le peuple de Näkän est une métaphore, alors cela signifie qu’il faut croire encore en l’Homme et que nous pouvons encore nous mobiliser pour réduire l’impact des dégâts désormais irréversibles. Renaissance est une bande dessinée optimiste compte tenu de ce qui, dans notre réalité, est désormais factuel.

Les années 2050 pour Carmen Mc Callum, 2084 pour Renaissance, une trentaine d'années entre les deux, un petit pas pour le scénariste, un grand pas pour l’humanité. Est-ce qu’on est face à deux futurs possibles fondamentalement différents ?

Fred Duval. Je crois qu’on raconte toujours un peu la même histoire, simplement, avec Renaissance, l’âge aidant certainement, j’ai voulu laisser une lueur d’espoir. L’espèce humaine peut s’en sortir, elle a les ressources pour le faire, mais je reste convaincu que le paradigme capitaliste et surtout ultra libéral touche à sa fin.

La thématique est donc autour du même futur, où l’espèce humaine est dépassée par des formes d’intelligences supérieures à elle, les Algorithmes et, ici, les extraterrestres.
Illustration / © Emem
Illustration / © Emem
Le scénario de ce premier album est assez proche du discours de certains écologistes qui pensent que c'est trop tard, que le monde est foutu. Vous êtes aussi pessimistes ? Au point de penser que le salut de l'homme viendra d'ailleurs... ou ne viendra pas ?

Fred Duval. Le monde n’est pas foutu, aujourd’hui des milliers d’espèces, dont l’espèce humaine, sont menacées, mais la Terre en a vu d’autres, elle survivrait a une extinction globale des espèces.

Avant d’en arriver à ces extrêmes, il est important de dire que le nouveau monde qui pourrait émerger, d’un changement de cap de notre espèce ne sera pas forcément une « punition » ; même dans Carmen et Travis, finalement, il reste de l’espoir, exprimé par certains personnages ! C’est ce qui sera expliqué dans la suite de cette aventure.

On ne peut plus parler aujourd'hui d'environnement, d'écologie, sans penser à Nicolas Hulot. Que pensez-vous de l'homme, de son discours, de sa démission ?

Fred Duval. Hulot est un très bon communicant et ses convictions, son désir d’engagement, sont incontestables ; l’homme, je ne le connais pas, mais s’il lisait Renaissance, je serais heureux d’avoir son avis ! Au gouvernement, il s’est usé vite et a échoué comme d’autres échoueront tant que la classe politique mondiale et la pensée resteront sous la domination de l’idée que la croissance est l’unique source d’accès au progrès. D’une manière plus large, je n’ai jamais vraiment eu en 25 ans, de retour de lecture de politiciens ou organisations écologistes de mes scénarios de science-fiction. Ce n’est pas forcément mauvais signe puisque je ne m’adresse pas a eux, en fait.
Recherches graphiques / © Emem
Recherches graphiques / © Emem
Fictions ou documentaires, pensez-vous que la bande dessinée est un médium idéal pour alerter sur les problèmes environnementaux et plus largement pour ouvrir une réflexion sur notre façon de vivre ?

Fred Duval. Je le crois, j’aime l’idée (peut être naïve) qu’il ne faut éviter de ne prêcher qu’à des convaincus, alors dans mes histoires de science-fiction, j’essaye de m’adresser a un lectorat large en proposant des aventures qui abordent les sujets comme le réchauffement climatique ou l’émergence de l’intelligence artificielle tout en présentant de la manière la plus fluide possible la complexité du monde.

Sauf erreur de ma part, on n'a jamais vu de vaisseaux spatiaux aussi cubiques. L'agrégation des transports de troupe comme on peut le voir notamment au dessus du Parc des princes inondé peut faire penser à Minecraft. Plus largement  on sent qu'il y a eu un énorme travail de recherche en design sur l'album. Comment s'est fait ce travail ? Quel a été l'objectif premier pour vous ?

Fred Blanchard, designer. L’idée des vaisseaux cubiques est  née de plusieurs réflexions, la première étant qu’il fallait innover visuellement pour marquer les esprits. Par exemple les gros vaisseaux extra-terrestres débarquant sur Terre dans les blockbusters hollywoodiens de ces 40 dernières années étant tous circulaires, il suffisait de se dire qu’on allait proposer l’exact contraire pour être original. Il a ensuite fallu se faire violence pour réduire les détails recouvrant ces vaisseaux au maximum, cette fois pour être sûr qu’ils pourraient être dessinés sous tous les angles très facilement. Le reste des idées s’est mise en place au cours des incessants échanges que nous avons eus tout au long du processus de création de l’album.
Illustration / © Emem
Illustration / © Emem
Graphiquement, ce changement d'univers a-t-il induit un changement d'approche ?

EMEM, dessinateur. Par rapport à Carmen Mc Callum, où l'univers et les personnages étaient déjà grandement établis lorsque je suis arrivé, ici, avec Renaissance, il y avait beaucoup à mettre en place , aussi bien dans l'apparence des protagonistes que sur l'atmosphère et les décors .
Nous avons avancé à trois pour élaborer progressivement les visuels de cet univers. Fred Blanchard ayant établi une sorte de grammaire graphique sur les designs entre autres extraterrestres, il ne me restait qu'à m'approprier ces éléments pour jouer avec, les décliner et les développer pour les injecter dans les pages, ce qui a rendu le travail plus facile, et enthousiasmant .

L'un des enjeux était aussi l'empathie que l'on pourrait ressentir pour les personnages notamment extraterrestres, nous avons beaucoup travaillé dessus afin de donner au lecteur l'envie de suivre les destins de Swänn, Lyz, Säti et Hélène.

Renaissance était pour moi l'occasion de revenir à un travail plus traditionnel des pages, l'encrage sur papier me permettant de retrouver une certaine spontanéité et d'insuffler, peut être, un petit supplément de vie aux personnages.
Recherches graphiques / © Emem
Recherches graphiques / © Emem
Les couleurs sont ici signées par vous-même Emem. Ce qui n'est pas le cas sur la série Carmen Mc Callum. Pour quelles raisons ?

EMEM. C'était pour éviter à un ou une coloriste d'avoir à me supporter. Blague à part, j'ai tendance, dans mon dessin, à indiquer beaucoup de choses, certaines plus ou moins évidentes à discerner pour une tierce personne. Aussi, il semblait peut être plus simple de m'attaquer moi même à la couleur en tentant d'accompagner le dessin.

C'était aussi une envie, car j'avais une idée assez claire des différentes ambiances et atmosphères selon les séquences, qu'elle soient terriennes, ou sur la planète Näkän, quelque chose de lumineux, de chatoyant, d'optimiste.

Merci Fred Duval, Fred Blanchard et Emem
Propos recueillis le 19 octobre 2018. Les auteurs participeront à une table ronde vendredi 2 novembre à 16h00 autour de la thématique : Celui qui vient d’ailleurs nous sauvera-t-il ?


Les Déracinés, Renaissance (tome 1), de Duval, Blanchard et Emem. Dargaud.
 

Sur le même sujet

toute l'actu cinéma

Nantes : le samedi 6 avril 2019, la vidéo de manifestants pris au piège d'une "nasse" fait polémique

Les + Lus