Utopiales 2021 Nantes : une sélection de BD de science-fiction à lire avant le festival

Publié le Mis à jour le
Écrit par Eric Guillaud
Notre sélection de BD pour bien préparer les Utopiales
Notre sélection de BD pour bien préparer les Utopiales

Après la traversée d'un trou noir pandémique en 2020, le festival international de la science-fiction se posera à nouveau à la cité des congrès de Nantes du 29 octobre au 1er novembre. En attendant, voici déjà de quoi voyager dans le temps et l'espace avec notre sélection de lectures...

À quoi pourraient ressembler les lendemains de l'humanité ? Si quelques indices nous permettent d'en imaginer facilement certains aspects, tout n'est pas encore écrit et laisse de beaux jours aux scientifiques, auteurs et artistes en tout genre pour en donner leur propre vision. Dans ces dix albums subjectivement sélectionnés, dont deux figurent parmi la sélection pour le Prix Utopiales 2021, tous les futurs sont encore possibles avec une approche tantôt réaliste, tantôt surréaliste ou fantaisiste, tantôt spectaculaire, tantôt philosophique ou intimiste.

1. Bettie Hunter : un univers joyeusement débridé

Les univers de science-fiction peuvent être sombres et angoissants, ils peuvent être aussi hautement colorés et loufoques. C'est le cas ici, avec ce premier volet de la série Bettie Hunter paru en août dernier et imaginé par Marc Lechuga et Aurélien Ducoudrey. L'atmosphère générale est même furieusement pop mais pas dénuée pour autant de fondement et d'épaisseur.

L'histoire de cette héroïne terrienne prénommée Bettie, chasseuse de primes de profession, toujours accompagnée de son robot personnel, nous embarque dans un futur lointain, le XXVe siècle, quelque part sur la planète Mineria Prime, sorte de paradis végétal bouleversé par l'arrivée de Terriens attirés par la présence d'hydrocarbures fossiles. Une fois les ressources naturelles taries, ces mêmes Terriens sont repartis laissant les populations autochtones s'auto-exterminer. C'est dans ce contexte que notre Bettie arrive avec pour mission de retrouver une jeune femme travaillant dans l’humanitaire et ne donnnant plus de nouvelles. Planches dynamiques, couleurs punchy, bestiaire de folie, Bettie Hunter est un space-opera bourré d'humour où l'humain n'est pas montré sous son meilleur profil.

 

2. Amen : Des ténèbres à la lumière

Dans un registre beaucoup plus grave, le space-opera Amen, est une libre adaptation de la nouvelle Au Coeur des ténèbres de Joseph Conrad, transposée ici dans un contexte de guerre de religions interplanétaire. Toute la galaxie est concernée, toute sauf peut-être une planète située aux confins de l'univers connue sous le nom d'Arcadia. Deux expéditions y ont déjà été envoyées, aucune n'en est revenue. Une troisième y débarque avec mission d'enquêter sur ces disparitions, d'évangéliser tout ce qui est évangélisable, de détruire les espèces hostiles et de rechercher d'éventuelles ressources minières.

Mais Arcadia se révèle être une planète pas tout à fait comme les autres. Ici, les hiérarchies, la haine, le racisme, le fanatisme religieux, l'oppression n'existent pas. Ishoa, qui dirige l'expédition, a l'impression de passer des ténèbres à la lumière, devant cet univers inconcevable, un Eden. Connu et reconnu dans le milieu de la science-fiction et du fantastique (Anibal cinq, Le Lama blanc, Dracula...), Georges Bess s'interroge ici, nous interroge, sur la violence de notre monde. Un récit en deux tomes où l'on retrouve toute la puissance du trait de l'auteur.

3. Ion Mud : une belle odyssée

Sorti au tout début de l'année, sélectionné pour le Prix Utopiales 2021, Ion Mud est l'oeuvre d'un quasi-cinquantenaire dont c'est ici la premier roman graphique. Unité de lieu et de temps, l’action se déroule dans un immense vaisseau spatial perdu on ne sait trop où, dans l’immensité intersidérale ou simplement sur Terre. Avec à son bord des monstres, beaucoup de monstres, des extra-terrestres, des drones, et Lupo, un être humain qui n’aura de cesse tout au long du récit de vouloir rejoindre – et franchir – les toranas, d’immenses portes noires derrière lesquelles se seraient réfugiés des aliens qui pourraient bien avoir quelques explications à lui fournir sur sa présence ici.

Car oui, Lopo ne sait pas ce qu’il fait dans ce vaisseau. Il aurait été enlevé il y a une cinquantaine d’années et doit faire face depuis à une contamination qui transforme toutes formes de vie en créatures mutantes. Cette exploration du vaisseau est bien évidemment prétexte à de nombreuses rencontres, pas toujours amicales, pas toujours hostiles non plus. Une odyssée parfois intérieure, bluffante par son graphisme fait de milliers de hachures. Les gamers, mais pas que, apprécieront !

4. Virus : quand la science-fiction est dépassée par la réalité

Suite et fin de ce qui aurait pu être un pur récit de science-fiction si la fiction, justement, n'avait pas été rattrapée par la réalité. Comme le dit l'éditeur, Virus est devenue la plus réaliste des fictions avec au menu un virus ultra-dangereux. Temps d’incubation quasi-nul, fièvre élevée, convulsions, spasmes, désordres cardiaques, éruptions cutanées, coma… ce virus-là pourrait faire plus de morts que la grippe espagnole, Ebola et le sida réunis s’il parvenait à s’échapper du laboratoire où il a été imaginé pour des usages peu avouables.

Et bien sûr, ce qui devait arriver arrive. Un technicien du fameux laboratoire se retrouve contaminé juste avant d’embarquer pour une croisière à bord du Babylon of Seas. Résultat des courses : plusieurs milliers de personnes confinées sur le bateau et des autorités désarmées face à une menace d’une ampleur sans précédent.  Dans une interview accordée au site toutenbd.com, l’auteur expliquait en décembre 2018, donc bien avant la pandémie : « Je n’anticipe pas de catastrophe de ce genre, mais on a vu que les agents biologiques et chimiques peuvent avoir un intérêt pour des groupes terroristes, lors de conflits armés inter ou intra-nations, et au vu de l’évolution que prennent les législations quant à l’expérimentation sur ces agents pathogènes et les formidables avancées de la biologie et de ses possibilités, que nous ne sommes pas à l’abri ». Bluffant !

5. Negalyod : le nouveau sillon de la SF

Même s'il n'oublie pas le côté divertissement, Vincent Perriot a à coeur ici d'imaginer un futur au vu des informations dont nous disposons aujourd'hui. Et aujourd'hui, une chose est sûre : le bouleversement climatique aura de très lourdes conséquences sur le monde que nous connaissons et sur l'humanité dans son ensemble.

Après un premier volet où il dessinait un monde ultra-technologique et ultra-aride où la seule eau disponible était contenue dans d'immenses canalisations et devenue l'or de la Terre, ce deuxième volet se veut quelque part le négatif du premier. Les canalisations ont éclaté, la montée des eaux est inéluctable, le monde est peu à peu englouti jusqu'à disparaître complètement. Ou presque... Réalisé à la plume et à l'encre de chine, le dessin de Vincent Perriot, influencé par celui de Gir, aka Giraud, aka Moebius, est une merveille de précision et la mise en couleur justement signée de la coloriste attitrée de Moebius, Florence Breton, d'une justesse remarquable. Un diptyque spectaculaire.

6. Total : le retour du réalisme futuriste

Dire que Total est un album de science-fiction serait mensonger ou du moins réducteur. Effectivement, le contexte est légèrement futuriste, les automobiles avancent en lévitation au-dessus des routes, des robots humanoïdes jouent les assistants personnels chez les plus riches, le personnage principal s'est fait cloner, un extra-terrestre joue les big boss interplanétaires et une femme de synthèse a été programmée pour aimer le premier homme qu'elle voit... mais c'est à peu près tout, de la SF en mode soft, qui se fond dans l'histoire, celle de Kirt Dorell, un homme d'affaires toujours en avance d'un coup dans tous les sens du terme, le genre de type qu'on a pas envie d'avoir pour ami, ni pour ennemi d'ailleurs, qui doit toujours gagner plus, tromper plus, et éviter de tomber dans la folie en se confessant à son psy qui lui-même devient complètement accro aux secrets de son patient.

Bref, un récit beaucoup plus philosophique, introspectif, une réflexion sur notre système, le capitalisme, cette course folle à l'argent, au pouvoir qui laisse un peu moins de place chaque jour à l'humain... 360 pages dans un format poche surprenant mais qui n'empêche en rien d'admirer le trait réaliste, précis et tonique de l'auteur, qui a signé précédemment Préférence Système chez le même éditeur.

7. Carbone et Silicium : un chef d'oeuvre

C'est l'un des albums incontournables de l'année 2020, ovationné par la presse, plébiscité par le public, couronné par plusieurs prix dont le prix Fnac-France Inter, un monument de la science-fiction qui a propulsé son auteur au rang de jeune prodige du neuvième art. Il faut dire que l'album a de quoi enthousiasmer les amoureux du genre. Dans ce grand format de près de 300 pages, Mathieu Bablet raconte l'histoire de deux robots, Carbone et Silicium, des prototypes d’un nouveau genre nés en 2045 du côté de la Silicon Valley et destinés à prendre soin de la population humaine vieillissante.

Âmes sœurs, inséparables et malgré tout séparés par la force des choses, nous suivons ces robots sur quelque 300 années et vivons avec eux la déliquescence de notre monde embourbé dans ses problèmes économiques, écologiques et migratoires. Une dystopie aussi belle qu'effrayante sélectionnée pour le prix Utopiales 2021.

8. Goldorak : le héros de notre enfance

Étonnamment peu resté dans les mémoires au Japon, Goldorak est une star chez nous, du moins pour tous ceux qui étaient en âge de regarder Récré A2 puis Le Club Dorothée dans les années 70 à 90 du siècle dernier, autant dire ceux qui ont aujourd'hui entre la quarantaine et la cinquantaine. C'est pour eux, pour les autres aussi qu'une bande d'auteurs déjà bien connus par ailleurs a souhaité offrir une suite à la série animée avec une bande dessinée fidèle à l'esprit insufflé par le mangaka Gō Nagai, lequel a d'ailleurs donné son accord pour cette adaptation.

Et le résultat ? Un bonbon. Oui, un bonbon sucré et coloré qui n'a qu'une ambition pour les auteurs : faire plaisir. Et de ce côté-là, c'est réussi. Les planches au doux mélange d'influences européennes et japonaises sont splendides, le robot, plus beau que dans nos souvenirs, et l'histoire, jubilatoire. Pour les vieux fans et les autres...

9. Renaissance : le salut venu d'ailleurs

Une Terre à l'agonie d'un côté avec des humains lancés à corps perdus dans l'autodestruction, une fédération de civilisations extraterrestres de l'autre, beaucoup plus avancée et pacifique, bien décidée à intervenir et sauver l'humanité : tel était le point de départ de cette série lancée en 2018 et signée Fred Duval, Emem et Frédéric Blanchard. Quatre albums plus tard et vingt ans plus en aval dans le récit, la fameuse fédération baptisée Renaissance est parvenue à limiter la casse, stopper la montée des eaux et des températures, remplacer l'énergie nucléaire par une nouvelle énergie non radioactive et gratuite pour tous, rendre la vie plus harmonieuse, sans guerres, sans épidémies... Bref, un sauvetage réussi mais qui ne satisfait pourtant pas tout le monde. Un énorme attentat contre une cité sous-marine remet même en question l'engagement de Renaissance. Une partie de la fédération évoque la possibilité de se retirer. 

En attendant, un extraterrestre installé depuis 20 ans sur Terre est chargé d'enquêter et de trouver le responsable de l'attentat... Raconté du point de vue des extraterrestres, le récit, qui entame ici avec ce quatrième album le deuxième et dernier cycle, nous interroge, sur la capacité des humains à sauver leur propre maison, la Terre.

10. Kosmos : retour sur la conquête de la Lune

On termine cette sélection avec un album qui vient tout juste de sortir, Kosmos avec un K, de Perna et Bedouel aux éditions Delcourt. Plus proche de l'uchronie que de la science-fiction, Kosmos nous ramène au 20 juillet 1969, l'homme pose pour la première fois le pied sur la Lune, un petit pas pour l'homme, un grand pas pour l'humanité. Les images font le tour du monde, les États-Unis s'imposent dans la conquête de l'espace. Et puis patatras... En rejoignant son module, Armstrong apercoit au loin un drapeau soviétique et un véhicule lunaire russe, plus loin le corps d'un astronaute mort : une femme. Les États-Unis coiffés au poteau ? Le sexe masculin humilié ? Sur 210 pages à couper le souffle, les auteurs nous livrent ici un récit d'aventure en même temps qu'une base de réflexion sur les fake news... Surprenant !

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