Les grenades GLI F4 abandonnées progressivement

L'un des nombreux cratères de grenades GLI F4 pendant les expulsions du mois d'avril à Notre-Dame-des-Landes / © E.Duplay / France 3 Pays de la Loire
L'un des nombreux cratères de grenades GLI F4 pendant les expulsions du mois d'avril à Notre-Dame-des-Landes / © E.Duplay / France 3 Pays de la Loire

Elles sont responsables de la main arrachée, le 22 mai dernier, sur la ZAD de Notre-Dame-des-Landes. Les grenades explosives de type GLI F4 vont être abandonnées, progressivement.

Par Eleonore Duplay

C'est une disparition discrète, sans annonce officielle, ni communiqué. La grenade GLI F4, responsable notamment de la main arrachée de Maxime Peugeot le 22 mai dernier à Notre-Dame-des-Landes, et du pied mutilé de Robin Pagès à Bure au mois d'août 2017, sera donc abandonnée par les forces de l'ordre.

Contacté pour savoir si ces grenades faisaient partie de la dernière commande de munitions, publiée au journal officiel du 24 mai dernier, le ministère de l'intérieur nous répond : "il a été décidé, pour des raisons techniques et d'effet à obtenir, de les remplacer progressivement."

Concrètement, cela signifie que la société Alsetex, à Précigné dans la Sarthe, aurait stoppé la production, pour remplacer la GLI F4 par un autre modèle, la GM2L, qui ne contient pas d'explosif, et qui n'aurait que deux effets, lacrymogène et assourdissant. Plus de déflagration, ni d'éclats de grenades susceptibles de se planter dans les chairs, même si au téléphone, le personnel du ministère précise que "comme pour un pétard, toujours susceptible de blesser, il restera déconseillé de ramasser cette grenade".  



Contrairement aux apparences, le remplacement des GLI F4 n'est pas lié à l'accident du 22 mai dernier : selon l'Essor de la gendarmerie, le cahier des charges de l'appel d'offre, publié en août 2017, précisait déjà au sujet du lot concerné que la composition pyrotechnique des grenades ne devait pas contenir d’explosif brisant, mais un "dispositif pyrotechnique".


Une dangerosité dénoncée depuis longtemps


Cela faisait longtemps que cette munition était pointée du doigt pour sa dangerosité. L'été dernier, les parents de Rémi Fraisse, tué à Sivens par une autre catégorie de grenade explosive, faisaient partie des signataires d'une pétition pour demander l'arrêt de l'utilisation de la GLI F4. Et en 2016, l’Action des chrétiens pour l’abolition de la torture expliquait dans un rapport que “la France est le seul pays européen à utiliser des munitions explosives en opérations de maintien de l’ordre”.


"Jusqu'à épuisement des stocks"


Cependant, l'arrêt de la production ne signifie pas l'arrêt de l'utilisation des grenades GLI F4, qui, précise le ministère de l'Intérieur, "seront utilisées jusqu'à épuisement des stocks, puis remplacées au fur et à mesure par des GML2".

Notre source précise également que ces familles de munitions visent à garantir un principe de base du maintien de l'ordre, qui est "d'empêcher tout contact entre les auteurs de violences à l'égard des forces de l'ordre et ces dernières".

Un principe clair, qui le devient nettement moins sur une intervention où, comme à Notre-Dame-des-Landes, les gendarmes font face à des activistes violents, mais aussi à de nombreux militants pacifiques et journalistes venus couvrir les événements.

Voir à cet égard le témoignage de notre confrère de l'AFP, blessé sur la ZAD pendant les expulsions du mois d'avril, et ceux recueillis par une autre journaliste, de Reporterre, elle aussi blessée le mercredi 11 avril, et qui cite notamment le témoignage de Cyril Zannettacci, photographe pour Libération, "tapé" au pied par une grenade, qui a finalement explosé un peu plus loin : "J’ai eu un choc violent : les tissus, les ligaments ont été écrasés. Une gamine à côté de moi a aussi été blessée. Des petits vieux étaient là. On était un groupe de gens tranquilles, à distance.".

 

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