Portrait. Marie Carroget, vigneronne. "Dire je suis une femme vigneronne, ce n'est pas rien"

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ELLES - rencontre avec Marie Carroget, une vigneronne engagée ©France Télévisions/A. Lepage/M. Dreux

Alors qu'on célèbre aujourd'hui la journée internationale des droits des femmes, France 3 Pays de la Loire lance une série de portraits de femmes engagées de la région. Aujourd'hui, rencontre avec Marie Carroget, vigneronne à Vair-sur-Loire en Loire-Atlantique.

En avril 2017, Marie Carroget vit à Paris depuis 12 ans lorsqu’elle ressent un "appel du vivant". La France connaît alors une période de gel qui impacte les vignes et les arbres fruitiers. Elle se dit que sa place n’est pas en ville.

J’avais envie d’accompagner le vivant face au dérèglement climatique. D’être aux côtés de mes vignes.

Marie Carroget

Vigneronne - domaine de la Paonnerie

 

Née à Anetz, entre Nantes et Angers, elle rentre s’installer à Vair-sur-Loire. "J’ai commencé à faire les vendanges. Et puis, petit à petit, j’ai récupéré des vignes". Elle s’installe vraiment en 2021 et récupère un tiers du domaine de ses parents, le domaine de la Paonnerie. 

Un salon du vin 100 % féminin

Quand on l’a eue au téléphone pour la première fois, Marie n’a pas été surprise qu’on lui parle de son engagement féministe. Elle s’exprime régulièrement sur le sujet. En décembre 2023, elle expliquait dans l'Humanité que son vin "ne portait pas de robe".

Car lorsque Marie est retournée dans les salons avec le vin qu'elle avait elle-même fabriqué, elle s'est rapidement sentie méprisée. "J’ai retrouvé tous les stigmates qui existaient quand, adolescente, je me rendais dans les salons". On ne s’adresse aux femmes que pour les ventes, on ne parle pas de vinification avec elles. "Ça m’est monté au nez", explique-t-elle. Alors avec sa compagne, elle décide de créer un salon 100 % féminin.

Canons en est aujourd’hui à sa 6ᵉ édition. Les 9 et 10 mars prochain à l'Agronaute, une quarantaine de vigneronnes sera présente. "Ce qui nous importait, c’était de créer un salon où les vigneronnes puissent mettre en avant leur travail. On peut déguster et acheter le vin des vigneronnes, mais il y aura aussi des tables rondes autour des questions de genre dans le vin".

"Quand on a nos règles, on ne doit pas rentrer dans les caves"

Marie est née et a grandi dans le milieu vigneron. Elle en connaissait donc les codes quand elle s’est installée. Mais aujourd’hui, elle se dit touchée par la sororité qui existe entre vigneronnes. "Depuis l’école, on nous dit qu’on est une femme, qu’on est moins forte, qu’on ne va jamais réussir à faire ça, que quand on a nos règles, on ne doit pas rentrer dans les caves, etc.".

Il y a quelques mois, elle a participé à la création d'un groupe de femmes vigneronnes avec la CAB (Coordination d'Agriculture Biologique) des Pays de la Loire. "On s'entraide pour tout ce qui est outils, mais on discute aussi du poids des femmes dans les institutions, et du respect qu'on aimerait qu'on ait à notre égard. Les énergies sont hyper fortes, c'est le début d'un collectif féministe."

Metoo du vin

Selon la structure Vin et société, les femmes représentent 30 % des chefs d’exploitation en viticulture aujourd’hui. Comme dans le milieu du cinéma, Marie parle d'un #Metoo du vin.

En août 2022, la vigneronne féministe Isabelle Perraud créé le compte instagram "Paye ton pinard". Depuis, près de 500 publications y recensent des violences sexistes et sexuelles dans le milieu du vin. "Le problème, réagit Marie, c'est que comme partout, les personnes qui sont accusées sont encore dans les salons des vins et ça ne pose problème à personne". 

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