Saint-Nazaire : licenciée pour des propos tenus en manifestation, une travailleuse sociale conteste la décision

Christel Husson a été licenciée le 24 mars durant sa période d’essai à l’Agence départementale de prévention spécialisée 44 (ADPS). En cause, des propos tenus lors de manifestations des Gilets Jaunes, critiques à l’égard de la mairie et des institutions.

Une quarantaine de personnes se sont retrouvées devant l'ADPS de Nantes pour afficher leur soutien à Christel Husson.
Une quarantaine de personnes se sont retrouvées devant l'ADPS de Nantes pour afficher leur soutien à Christel Husson. © Lola Marotte - France Télévisions

"Je n'ai pas compris ce qui m’arrivait, je me suis retrouvée dans un état de sidération..." Christel Husson ne comprend toujours pas la décision de son employeur de la licencier, il y a maintenant un mois. L'Agence départementale de prévention spécialisée 44 (ADPS) lui reproche des paroles à l'encontre des institutions, en particulier à l'égard du maire de Saint-Nazaire dont les positions seraient qualifiées de "pas malin", et les adjoints associés à des "pantins".

"Des propos qui apparaissent incompatibles avec les missions de chef de service éducatif […] et de représentation de l’ADPS", selon son employeur, qui l'a licenciée avant la fin de sa période d'essai en mars 2021.

 

Des opinions politiques jugées problématiques

La travailleuse sociale a tenu les propos jugés problématiques lors de rassemblements de gilets jaunes entre avril 2019 et mai 2020. Embauchée le 8 février 2021, elle commence à travailler pour l'ADPS huit mois après la dernière vidéo postée sur Facebook et mise en avant pour justifier son licenciement. "Ces manifestations auxquelles j’ai participé, où personne de la police ou de la justice ne me poursuit pour mes propos, c’est un problème pour mon employeur 8 mois plus tard ! C’est problématique", s'indigne Christel Husson.

A 42 ans, cette travailleuse sociale a collaboré pendant près de vingt ans avec des institutions et des associations comme SOS Femmes 93 en Île-de-France. Engagée contre les inégalités sociales, elle n'avait jamais rencontré de problèmes quant à l'expression de ses opinions politiques.

"Je participe le week-end à des manifestations bon enfant pour faire avancer ce pays, ça fait des années que je m’engage pour le social en France [...], et c’est moi qui devient une personne menaçante ? C’est complètement agressant."

Christel Husson reste stupéfaite. "C’est la première fois qu’il m’arrive quelque chose comme ça. Je me pose aussi beaucoup de questions sur le fonctionnement des institutions localement ici en Loire-Atlantique. Est-ce qu’on est revenu au temps de la chasse aux sorcières ?"

Parmi les vidéos qui font partie du constat d'huissier, visibles sur la page facebook de la Maison du peuple de Saint-Nazaire, cette vidéo d'avril 2019 montre Christel Husson entonner un chant critique à l'égard du maire de Saint-Nazaire David Samzun :"Samzun ! T'as pas été malin ! Et tes adjoints, tous des pantins !" Cette phrase est l'une de celle ayant justifié le licenciement.

Selon l'ADPS, la travailleuse sociale aurait également critiqué les forces de l'ordre en les comparant à des assassins. Dans la vidéo ci-dessous (4'55) de septembre 2019, la militante prend la parole pour dénoncer les violences policières, en particulier après le décès de Zineb Redouane à Marseille en décembre 2018. Elle rappelle alors le texte de loi encadrant l'usage de la force par les policiers, avant de citer une phrase du journaliste Gérald Messadié : "Le pire des assassins, c'est celui qui a la conscience tranquille".

 

Des mobilisations pour contester le licenciement

A l'occasion de son audition par le tribunal administratif de Nantes ce lundi 26 avril, une mobilisation a lieu à Saint-Nazaire et Nantes pour défendre la travailleuse sociale - une action soutenue par plusieurs syndicats comme la FSU, la CGT et Solidaires 44, qui dénoncent une attaque à la liberté d'expression et d'opinion. Des partis politiques de gauche et écologistes se sont également alliés à la cause de Christel Husson.

Les manifestants ont accompagné Christel Husson jusqu'au tribunal administratif de Nantes, ce lundi 26 avril.
Les manifestants ont accompagné Christel Husson jusqu'au tribunal administratif de Nantes, ce lundi 26 avril. © Lola Marotte - France Télévisions

De son côté, l'ADPS "attend la décision du tribunal adiministratif" sur cette affaire et "ne fera pas de commentaire sur ce contentieux avec une ancienne salariée", tout en réaffirmant son attachement "à la liberté d'expression de ses salariés".

Selon des documents auxquels nous avons eu accès, la directrice de l'ADPS aurait eu connaissance de l'engagement politique de son employée dès son entretien d'embauche. Et lors de l'entretien de licenciement en mars 2021, la directrice Maryse Golhen aurait affirmé que ces vidéos ont amené "des élus et techniciens de la ville de St Nazaire à « repérer » Me Husson « comme une leader du mouvement gilets jaunes »".

La mairie, quant à elle, a fait savoir que "la ville de Saint-Nazaire ne fait pas de commentaire sur une affaire qui concerne une salariée et son employeur".

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