"La pêche, c'est notre ADN", les élus de la Turballe veulent conserver leur criée

Le Croisic ou la Turballe ? Une des deux criées devra à terme fermer. Une étude est en cours. La décision sera prise avant l'été. En attendant, les ports, les élus et les habitants se mobilisent pour défendre leur outil de travail et leur économie locale.

C'est une guerre sur fond de crise de la pêche. Deux communes voisines de quelques kilomètres qui se battent pour la survie de leur criée, car à terme, il n'en restera qu'une. Et personne ne veut lâcher. À la Turballe, le maire et les élus ont donc décidé de faire circuler une pétition.

Et ce samedi matin 3 février, ils ont mouillé la chemise pour entraîner avec eux les habitants de cette partie du littoral.

"Oui, bien sûr, j'ai signé ! ", affirme un passant. "Il faut bien qu'ils travaillent, ce sont des artisans, des petits pêcheurs. C'est la vie de la commune. La Turballe, ce n'est pas une commune comme les autres. Ici, c'est la pêche."

Nous sommes tous solidaires

Un habitant de la Turballe

"Si on voulait, on pourrait garder les deux, c'est un choix politique qui vient d'en haut", se désole-t-il.

"Il faut que la Turballe vive l'hiver""

Cette autre habitante vient de signer, elle aussi. "Il faut que la Turballe vive aussi l'hiver, il n'y a pas que le tourisme. Beaucoup de gens ici vivent grâce à la criée. C'est indispensable pour l'activité économique. Le port de plaisance lui n'apporte pas grand-chose."

"La Turballe a été créée par des pêcheurs en 1865. La pêche, c'est notre ADN, les habitants en sont fiers. Nous avons peur d'une fermeture éventuelle.", explique le maire Didier Cadro.

Sur notre port, nous avons 43 bateaux de pêche, cela représente 200 marins. La filière, c'est 600 emplois au total sur la commune

Didier Cadro

Maire de la Turballe

"Nous attendons le résultat de l'étude du département et du syndicat mixte. Il sera connu au mois de juin, mais il faut que l'on se batte maintenant, après, il sera trop tard. On défendra bec et ongles notre criée et nos pêcheurs", déclare Didier Cadro.

"Nos deux criées sont en déficit"

"Nos deux criées du Croisic et de la Turballe sont en déficit. Il faut garder une place forte et cette place, c'est la Turballe. Moi, je suis un ancien chef d'entreprise. Quand dans une société, on a deux entités qui vont mal, bien sûr, il faut réfléchir", ajoute-t-il.

Moi, je pense qu'il faut fermer une des deux criées, mais pour garder un site central de la pêche dans notre département.

Didier Cadro

Maire de la Turballe

"Ici, nous avons un port en eaux profondes, on peut accueillir les bateaux 24 h/24. On a de la place, notre criée est beaucoup plus grande. En matière de transport, c'est beaucoup plus facile pour les camions de sortir de la Turballe pour aller sur Nantes que du Croisic", précise l'élu.

Si le bâtiment est aux normes, il est vétuste et mal entretenu. "Il a une cinquantaine d'années, la toiture fuit".

Il n'y a eu aucun travaux. Il faudrait investir 7 à 10 millions d'euros. C'est lourd à porter pour le département, mais cela peut être fait sur plusieurs années.

Didier cadro

Maire de la Turballe

Dans le courrier adressé à Lydia Meignen présidente du syndicat mixte des ports de Loire-Atlantique qui gère les criées de la Turballe et du Croisic le maire de la Turballe enfonce le clou.

"Actuellement, le port de pêche et sa criée sont gérés par la SAEM et le
Syndicat mixte des ports de Loire-Atlantique dont vous êtes Présidente (majoritaire), et la commune de La Turballe (minoritaire). Vous le savez, la pêche est en péril, nos marins

pêcheurs ainsi que toute la filière pâtissent des décisions de L’Europe, de notre gouvernement qui malmène ce secteur, des plans de sortie de flotte, des quotas en baisse, du prix du gasoil, des aides bloquées par L’Europe, des zones de pêche toujours plus réduite. Nous avons besoin de votre appui", plaide Didier Cardo.

"Aujourd'hui, mon objectif est de redresser cet outil qui est en difficulté" répond Lydia Meignen, présidente de la SAEML, société anonyme d'économie mixte locale, qui gère les ports du Croisic et de La Turballe. 

Je ne sais s'il est tenable aujourd'hui de garder deux criées. Je n'ai pas la réponse.

Lydia Meignen

Présidente de la SAEML, société anonyme d'économie mixte locale, qui gère les ports du Croisic et de La Turballe (Loire-Atlantique).

Une étude sur 4 mois et une réponse avant l'été

Une étude a donc été lancée, courte sur quatre mois. "Je vois qu'il y a aujourd'hui des dynamiques en cours. C'est tout à fait normal. Toutes les propositions seront traitées de la même façon", affirme Lydia Meignen.

"Quel que soit le scénario retenu, il y aura des évolutions à conduire. Il faut que l'on travaille ensemble.  Il en va de l'image de la filière en Loire-Atlantique. Et l'objectif, c'est le maintien de cette filière", rappelle la présidente de la SAEML.

Derrière cette prise de décision, il va y avoir une dimension économique, sociale et touristique

Lydia Meignen

Présidente de la SAEML, société anonyme d'économie mixte locale, qui gère les ports du Croisic et de La Turballe (Loire-Atlantique).

Ces deux ports, ce sont deux spécificités, deux histoires différentes. J'y suis très sensible. Ils ont chacun leurs atouts, mais ce sont des ports complémentaires. Nous travaillons avec les pêcheurs et les mareyeurs. Ils sont force de propositions et nous les écoutons, ils ont la connaissance.

Cette étude, elle est importante pour prendre la meilleure décision possible, rien ne serait pire que de faire le mauvais choix. Ce choix devra être partagé par les acteurs locaux et les institutions

Lydia Meignen

Présidente de la SAEML, société anonyme d'économie mixte locale, qui gère les ports du Croisic et de La Turballe (Loire-Atlantique).

"C'est ensemble qu'il faut porter ce projet. Il faut remettre sur pied un outil qui tienne la route, attractif et viable et qui sera utilisé par toute la filière", conclut Lydia Meignen.

La criée fait vivre nos familles

Alexandre Lalande lui est marin pêcheur. I

La criée, elle fait vivre nos familles

Alexandre Lalande

Marin pêcheur à la Turballe

"Toutes les nuits, on vient y débarquer notre poisson. Là, il est déglacé, trié par espèces, pesé. puis les mareyeurs arrivent à 4 ou 5 heures du matin pour acheter nos produits", explique le pêcheur. "Pour nos bateaux, c'est important que la criée reste là", ajoute-t-il.

"Oui, j'ai entendu parler de la fermeture, ça craint un peu, ça craint même beaucoup ! Moi l'avenir, j'y crois. J'aimerais bien acheter un bateau, je crois en ce métier, j'adore ce que je fais", explique Alexandre.

C'est ici que j'ai commencé. Ça m'embêterait de partir dans un autre port. 

Alexandre Lalande

Marin pêcheur à la Turballe

"Pour une meilleure rentabilité, il faudrait plus de jeunes, plus de navires, mais ce n'est pas la tendance du tout. La pêche, c'est compliqué avec le gasoil et tout ce qu'ils nous mettent sur le dos, la paperasse. Beaucoup de patrons sont découragés", constate le pêcheur dépité, mais confiant.

Pedro Ferreira lui est restaurateur et comme tous les autres commerçants, il est solidaire.

Nous sommes tous concernés par ce qui se passe. la vie de la criée c'est le coeur de notre commune. Si tu enlèves notre coeur, alors on arrête de respirer

Pedro Feirrera

Restaurateur

"Je travaille en direct avec la criée. pas plus tard qu'hier, on a fait rentrer de la Saint-Jacques. On est en pleine saison. Après, ce sera la dorade.", explique le commerçant.

Au Croisic, pas d'appel à manifester pour l'instant, on préfère la jouer discret. La mairie ne souhaite pas communiquer sur le dossier tant que la question n'est pas tranchée.

Avec Christophe François et Denis Leroy.

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