"Ma démission a fait plus de bruit que l'attentat criminel en lui-même", entretien avec Yannick Morez, quatre mois après son départ de la mairie de Saint-Brevin-les-Pins

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Maire de Saint-Brévin-les-Pins de 2017 à 2023, Yannick Morez a démissionné avec fracas de son mandat en mai après avoir subi des menaces et l'incendie de ses véhicules devant son domicile. En cause, le déménagement d'un centre d'accueil pour demandeurs d'asile dans cette commune balnéaire de Loire-Atlantique. Quatre moi après avoir rendu son écharpe, il a accepté de répondre à nos questions. ©France Télévisions

Maire de Saint-Brevin-les-Pins de 2017 à 2023, Yannick Morez a démissionné avec fracas de son mandat en mai dernier après avoir subi des menaces et l'incendie de ses véhicules devant son domicile. En cause, le déménagement d'un centre d'accueil pour demandeurs d'asile dans cette commune balnéaire de Loire-Atlantique. Quatre mois après avoir rendu son écharpe, il a accepté de répondre à nos questions.

Il est devenu en mai 2023 le symbole des élus locaux abandonnés par l'État. Maire divers droite de Saint-Brevin-les-Pins, Yannick Morez a démissionné de son mandat après avoir essuyé menaces et manifestations contre le projet de déménagement d'un centre d'accueil pour demandeurs d'asile (Cada) dans cette tranquille cité balnéaire de Loire-Atlantique.

Ces menaces s'étaient ponctuées, fin mars, par l'incendie, de nuit, de deux véhicules jouxtant son domicile, tandis qu'il dormait à l'intérieur avec sa famille.

Quatre mois après les événements, l'ex-élu, qui a décidé de quitter la commune, a accepté de répondre à quelques-unes de nos questions à quelques jours de son départ pour un tour du monde en bateau, une manière pour lui de tourner la page après une année chaotique.

"C'était un projet que nous avions avec ma femme, pour dans trois ans, vu les circonstances, vu tout ce qui s'est passé cette dernière année, où j'ai démissionné, explique Yannick Morez, on a décidé quitter Saint-Brevin car on ne veut plus rester à Saint-Brevin, ma femme n'a plus envie de revivre ce qu'elle a vécu, cette fameuse nuit de l'incendie".

On a décidé de devancer notre projet et de larguer les amarres 

Yannick Morez

Ancien maire de Saint-Brevin

Sa famille lui a demandé de tout arrêter

Car l'élément déclencheur a été pour Yannick Morez cette nuit cauchemardesque du 22 mars dernier. 

"J'ai pris un peu de temps pour prendre cette décision car je ne voulais pas faire ça sous le coup de la colère, explique Yannick Morez, la vie d'élu c'est également une vie de famille, une épouse, des enfants (...) ma femme ne voulait plus rester, mes enfants également me poussaient à démissionner et à tout arrêter."

Une démission qui a suscité beaucoup de réactions, jusqu'au plus haut sommet de l'Etat. Il a été reçu par Elisabeth Borne, auditionné par le Sénat. 

"Ma démission a fait plus de bruit que l'attentat criminel en lui-même", estime Yannick Morez.

"Je ne m'attendais pas à ce tourbillon médiatique, poursuit-il, sur le coup ça m'a surpris et puis je me suis dit 'je n'ai plus rien à perdre', d'autres élus sont dans le même cas, je vais tout dire, tout raconter de façons à ce que ça puisse faire avancer les choses".

Sa remplaçante également la cible de menaces

Après sa démission, Yannick Morez a reçu de nombreux courriers de maires qui ont également été la cible de menaces et d'actes malveillants, "comme quoi, il y avait quelque chose à faire". 

Sa première adjointe Dorothée Pacaud, aujourd'hui maire de Saint-Brévin, subit à son tour des menaces, toujours en lien avec le projet de déménagement du centre d'accueil pour demandeurs d'asile (Cada). Yannick Morez reste son soutien.

"Dorothée est devenue ma première adjointe en 2017. Nous avons formé un binôme, vraiment, c'était parfait, on travaillait très bien ensemble. Elle a pris la suite, mais elle aussi, elle a subi des intimidations, des menaces, même du temps où elle était première adjointe".

"Quand j'ai démissionné - je lui ai parlé avant d'annoncer ça à toute l'équipe, on a vu ça ensemble - j'avais envie qu'elle puisse continuer puisqu'on avait quand même fait un gros travail ensemble, puisqu'on avait déroulé une grande partie de notre programme. Et puis également pour l'équipe, en sachant que démissionner allait probablement faire bouger les choses"

Yannick Morez, depuis sa démission, l'a cependant aidé "dans les différents dossiers, de façon à ce que la passation se passe le mieux possible, que ce soit au niveau de la commune, ainsi qu'au niveau de la communauté de communes".

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Maire de Saint-Brevin-les-Pins de 2017 à 2023, Yannick Morez a démissionné avec fracas de son mandat en mai dernier après avoir subi des menaces et l'incendie de ses véhicules devant son domicile. En cause, le déménagement d'un centre d'accueil pour demandeurs d'asile dans cette commune balnéaire de Loire-Atlantique. Quatre mois après avoir rendu son écharpe, il a accepté de répondre à nos questions. ©France Télévisions

"Je vais avoir le temps maintenant"

Quant à savoir si le projet de déménagement du centre d'accueil pour les demandeurs d'asile (Cada) qui a suscité tant de haine, aboutira, Yannick Morez pense que oui, car il rappelle que "ce n'est pas un projet de municipalité, c'est un projet de l'État, c'est simplement un déménagement. Il va aller jusqu'au bout, c'est évident. Il est prévu que les travaux se terminent en fin d'année, avec le transfert des réfugiés dans ce Cada"

Cette histoire qui a fait couler tant d'encre pourrait-elle un jour faire l'objet d'un livre dont Yannick Morez serait l'auteur ?

Dans un rire, il nous confie "Pourquoi pas ?", avant d'ajouter "je vais avoir le temps maintenant.  C'est vrai que cet été, je n'en ai pas eu beaucoup. Parce qu'il y a tout un tas de démarches administratives à faire lorsqu'on arrête son activité professionnelle. Il y avait également la démission de la mairie, la mise en place de Dorothée, également l'élection de la présidente de la communauté de communes. (...) Le déménagement en plus puisque je quitte Saint-Brevin, mais maintenant, je vais avoir le temps. Donc ma foi, oui, pourquoi pas. J'y pense", conclut l'ancien maire.

Propos recueillis par Myriam N'Guenor, Boris Vioche, Maxime Jaglin, Nathalie Saliou

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