Montoir-de-Bretagne : le prix Pinocchio décerné à l'entreprise Yara au salon de l'agriculture 2020

© C.François France 3 Pays de la Loire
© C.François France 3 Pays de la Loire

Parce que les aspects climatiques de l'agrochimie ne sont pas assez mis en avant, la multinationale norvégienne Yara, pour sa volonté de verdire ses activités, s'est vue décerner le prix "Pinocchio" du greenwashing, par les Amis de la terre et la Confédération Paysanne.

Par Christophe Turgis

La Confédération Paysanne et les Amis de la Terre se sont emparés du stand du ministère au Salon de l'Agriculture à Paris pour y décerner le prix Pinocchio, "le meilleur du pire", à l'agrochimiste Yara, pour son action de greenwashing. Manière de souligner le décalage entre l’image vertueuse pour l’environnement qu’il se donne, et la réalité de ses actions, selon les deux organisations, syndicale et environnementale.
 
Les Amis de la Terre et la Confédération Paysanne ont décerné le prix Pinocchio à l'entreprise norvégienne Yara pour son action de greenwashing, le 24 février 2020 / © Les Amis de la Terre
Les Amis de la Terre et la Confédération Paysanne ont décerné le prix Pinocchio à l'entreprise norvégienne Yara pour son action de greenwashing, le 24 février 2020 / © Les Amis de la Terre

Yara est implantée dans 26 pays et en France sur 3 sites en Gironde, en Seine-Maritime et en Loire-Atlantique à Montoir-de-Bretagne. La multinationale norvégienne emploie 16 000 personnes dans le monde, dont 300 en France. Entreprise peu connue du grand public, Yara promeut une agriculture intelligente pour le climat, vantant l’amélioration des rendements agricoles permis par ses produits.
 

Gaz à effet de serre et dommages pour l'environnement

Un argumentaire "vert" qui a fait bondir les environnementalistes. Cette entreprise "avance ses pions masquée". "L’agriculture “intelligente face au climat”  n’est autre qu’une agriculture basée sur l’utilisation intensive d’intrants chimiques, au détriment de la santé, des écosystèmes et du climat", argumentent les Amis de la Terre.

L'association a mené l'enquête, selon elle, la multinationale a vu ses émissions de gaz à effet de serre augmenter de 20 % entre 2009 et 2017. La fabrication d’engrais chimiques nécessite la consommation importantes d’énergies fossiles génératrices de gaz à effet de serre (GES) et de particules fines. Yara serait ainsi le premier acheteur de gaz fossile en Europe. "Les engrais chimiques sont également responsables d’émissions de protoxyde d’azote, d’ammoniac et de pollutions de l’eau par les nitrates" précisent les Amis de la Terre.

Une entreprise qui joue aussi avec les limites de la réglementation. Sur le site de Montoir-de-Bretagne, près de Saint-Nazaire, classé Seveso seuil haut, Yara a fait l’objet de mises en demeure en 2018 et en 2019 parce qu’elle dérogeait à certaines règles concernant la sécurité et l'environnement.
 
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Des catastrophes industrielles "exemplaires"

Les membres de l'association du village de Gron, un quartier de Montoir-de-Bretagne, commune de 7 000 habitants près de Saint-Nazaire sont inquiets des manquements de l'entreprise.
Tout le monde ici a en mémoire le nuage toxique dégagé par la combustion lente des entrepôts de Roche-Maurice près de Nantes en septembre 1987. Il avait fallu évacuer 30 000 personnes pendant que les services de l'État déclenchaient le plan Orsec. Les fumées s'en allant vers Saint-Nazaire !
Et puis plus loin, géographiquement, en 2011 il y a eu AZF à Toulouse, qui a durablement marqué les esprits et contribué à mettre sur le devant de la scène l'activité dangereuse pour l'environnement et les populations de cette industrie des engrais agricoles chimiques.

À Gron les habitants les plus proches ne se font pas d'illusions : "si ça pète, ce ne sont pas des gens intoxiqués, comme à Rouen avec l’incendie de Lubrizol, mais des morts. Les nuages d’acide nitrique et d’ammoniac sont toxiques et mortels. Immédiatement !"
 
La page d'accueil du site web de Yara France vante une agro-industrie qui va des engrais agricoles aux lubrifiants industriels, du greenwashing pour les Amis de la Terre qui lui ont remis le prix Pinocchio / © copie d'écran web Yara France
La page d'accueil du site web de Yara France vante une agro-industrie qui va des engrais agricoles aux lubrifiants industriels, du greenwashing pour les Amis de la Terre qui lui ont remis le prix Pinocchio / © copie d'écran web Yara France
 

La justice impliquée

Les services de l'État ont dressé quelques constats, effectué des mises en demeure. Mais avec du temps pour que l'industriel fasse le nécessaire. En août 2018, un arrêté de mise en demeure a été adressé à la direction de l’usine pour la contraindre à mieux protéger la salle de contrôle vis-à-vis des risques toxiques d’incendie et d’explosion, selon la direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal). Et puis, Yara ne dispose d’aucune station de traitement de ses effluents industriels... 

La Dreal avait transmis, à la suite d’inspections antérieures, trois constats de carence au parquet de Saint-Nazaire. Lequel a ouvert, en octobre 2017, une enquête préliminaire visant Yara, pour l’exploitation, par une personne morale, d’une installation classée non conforme après une mise en demeure.

La direction du site de Montoir se défend. Elle affirme avoir rencontré des difficultés économiques au cours des précédents exercices. Yara mise sur une embellie économique, et affirme avoir budgété un programme de travaux sur les cinq prochaines années. Et de promettre encore que l’atelier de production d’acide nitrique doit être ceint d’un mur haut de 10 mètres avant le 27 mars 2020 !
 

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