Agriculture : le salaire des éleveurs des Pays de la Loire toujours en berne

Depuis 20 ans, le revenu des éleveurs de viande bovine n’a guère évolué. En moyenne, un éleveur perçoit tout juste un smic, une rémunération beaucoup trop faible, qui décourage les vocations et fragilise la filière.

Clément Traineau, éleveur de bovins à Neuvy-en-Mauges dans le Maine-et-Loire, vient tout juste de négocier la vente de quelques bêtes.

Vêlage, alimentation, soins, matériel, bâtiments, les élever lui a couté cher. Il a négocié chaque bête une à une, mais le constat est sans appel.

Les coûts de production actuellement sont de 5,19 euros et je les vends à peu près 5,20 euros. Autant dire que mon revenu à la fin de l’année correspond à mes aides PAC.

Clément Traineau, éleveur

"Je ne suis pas dans les pires, j’ai de la chance d’avoir une installation sur une exploitation familiale, où la transmission se fait tout doucement. Si cela n’avait pas été le cas, je n’aurais pas pu m’installer".

Une fois partis de l’exploitation, ces bovins vont rejoindre l'abattoir, parfois à l'autre bout de la France, transiter par un grossiste, et peut-être ailleurs, avant d'arriver enfin sur les étals de boucheries.

Transport, main d’œuvre, rémunération des intermédiaires, toutes ces étapes sont répercutées dans le prix de vente aux consommateurs. Et si les prix de vente ne cessent d’augmenter, le prix payé aux éleveurs est lui quasiment identique depuis 10 ans.

En moyenne, en Pays de la Loire, les agriculteurs se dégagent un revenu de 22 000 euros par an. Les éleveurs de viande bovine sont parmi les plus mal lotis, 13 500 euros par an, moins d'un SMIC par mois.

Le steak haché tire notamment les prix vers le bas

Pourtant, en moyenne, dans la grande distribution, le rayon boucherie est déficitaire de 1%, selon l’observatoire du prix et des marges des produits alimentaires. Très consommé, le steak haché, souvent issu de vaches laitières tire notamment les prix vers le bas.

Mise en valeur de labels plus rémunérateurs, contrats passés avec les éleveurs locaux, prix garanti sur l'année contre un engagement de production, chaque magasin adapte sa politique, pressé par la demande des consommateurs.

La grande distribution a évolué. Pendant des années, son seul argument c’était le prix, certains en avaient même fait leur slogan publicitaire.

Thierry Desouches, porte-parole de Système U

"On est en train d’évoluer autour d’un discours de qualité et de traçabilité".

Installé en bio à Chanteloup-les-Bois, en Maine-et-Loire, Valentin Loiseau a réduit ses charges en nourissant ses bêtes à l'herbe, mais il ne se dégage toujours qu'un SMIC pour 60 heures de travail par semaine. Si la vente directe le rémunère mieux, elle lui prend aussi du temps pour préparer et livrer les commandes.

Un nouveau projet de Loi EGalim 2

Il pourrait être intéressé par un contrat avec un distributeur à condition que les coûts de production et les efforts réalisés pour préserver l'environnement soient pris en compte.

Je pense qu'il faut que tout le monde s'en sorte, y compris les grandes surfaces, les intermédiaires

Valentin Loiseau, agriculteur

"Nous sommes les premiers de la chaine, si nous on arrête, beaucoup arrêteront : ce sera des emplois, des prairies, des environnements qui vont disparaitre. Il faut qu’on fasse des choix pour l’avenir et c’est aussi aux politiques de les faire", soutient Valentin Loiseau.

Issue des États généraux de l'alimentation, la loi EGalim votée en 2018 promettait pourtant une meilleure rémunération des éleveurs. "La loi Egalim a échoué", constate Christiane Lambert, présidente de la FNSEA. 

"Nous avons travaillé pour avoir une loi Alimentation 2. Il faut cette fois-ci qu’il y ait un vrai retour de valeur aux agriculteurs. Nous avons travaillé pour améliorer les dispositifs, pour la contractualisation obligatoire et la référence aux coûts de production, une non-négociabilité des matières premières", poursuit-elle. 

"Ce qu’ont fait les réseaux de distribution depuis 20 ans est proprement scandaleux. S’il y a des revenus bas en agriculture, c’est parce que depuis des années les distributeurs ont comme slogan "venez chez moi, c’est moins cher", continue Christiane Lambert.

Faire penser aux consommateurs qu’on peut manger toujours moins cher et exiger plus de normes, de bien-être environnemental, c’est scandaleux, cela tue l’agriculture française

Christiane Lambert

La proposition de loi, jugée "plus restrictive et plus régulatrice", doit être discutée devant le sénat le 21 septembre prochain.

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