Coronavirus : “on nous envoie au front sans protection”, dénoncent deux infirmières libérales du Maine-et-Loire

Sandrine Baron et Manon Papin , infirmières libérales, associées dans un cabinet dans la commune Sévremoine , dans le Maine et Loire. / © DR
Sandrine Baron et Manon Papin , infirmières libérales, associées dans un cabinet dans la commune Sévremoine , dans le Maine et Loire. / © DR

Deux infirmières libérales de Sèvremoine, dans le Maine-et-Loire, dénoncent les conditions dans lesquelles elles doivent actuellement exercer leur métier, notamment lors de la prise en charge de patients atteints par le covid-19.

Par Elodie Soulard avec Fabienne Béranger

"On a la boule au ventre quand on part au boulot. On n’est pas sereines", disent de concert Sandrine Baron et Manon Papin , infirmières libérales, associées dans un cabinet dans la commune Sévremoine , dans le Maine et Loire. Elles sentent arriver la vague épidémique du coronavirus dans leur secteur.

"Il y a deux  semaines, on a eu un pic d’activité, en vue du confinement. Les hôpitaux et les cliniques ont fait des sorties prématurées de patients pour libérer des lits. On travaillait de 5h45 à 22h. Aujourd’hui, c’est plus calme. Les opérations programmées ont été annulées. Il n’y a donc plus de suivi post-opératoires… mais ça va augmenter dans les prochains jours", explique Manon Papin.
 

"On fait du bricolage"

Injections, pansements, retrait de chimiothérapie, hospitalisation à domicile, en moyenne, les jeunes femmes visitent entre 50 et 60 patients par jour dans un rayon de huit kilomètres.

En début de semaine, elles ont reçu un courrier de la CPAM , leur annonçant qu’elles devraient bientôt suivre des patients Covid-19. Mais avec quelles protections ?

"On a juste des masques chirurgicaux. Deux boîtes en stock. Un vétérinaire nous a donné quelques casaques. Du gel hydro-alcoolique, on est en rupture. On se débrouille, on fait du bricolage", explique dépitée Sandrine Baron. 

La CPAM  et l’ARS indiquent dans leur courrier que les infirmières libérales prendront en charge des patients  atteints par le coronavirus dont l’état de santé ne nécessite pas d’hospitalisation. C’est-à-dire prendre leur température, leur fréquence respiratoire, leurs constantes à leur domicile.

"Aujourd’hui, c’est trop risqué. Je suis enceinte de 5 mois, explique Manon. Je peux être contaminée faute de protection et je peux ensuite contaminer d’autres patients fragiles de ma tournée. On nous envoie au front sans protection."
 

Télésuivi infirmier

Le télésuivi infirmier est aussi possible. Mais avec quel matériel ? "Nous n’avons pas, comme les médecins, de logiciels spéciaux de téléconsultation. On peut appeler les patients mais avec nos téléphones personnels. Qui paiera la facture ?", prévient Sandrine. 

Depuis deux semaines, les associées attendaient une autorisation spéciale pour embaucher deux infirmières remplaçantes en renfort. Le précieux papier est arrivé ce mercredi. "Nous sommes d’accord pour aller travailler. Mais avec des moyens décents. Pour le moment, on est dans le flou, perdues".

Ambulancière : le stress et la galère aussi

Elle est ambulancière à Angers, et elle souhaite restée anonyme. Mais elle alerte.

"Depuis quelques jours, quand nous déposons un patient, le CHU ne nous ravitaille plus en tenues, masques et gants. On vit sur nos stocks. L’ARS ne nous a rien donné. D’ici peu, on n’aura plus rien pour se protéger. Les patients iront à pied à l’hôpital ?" dit-elle.

"Nous nous sentons comme des pestiférés. Par exemple, l'institut de cancérologie refuse que nous brancardions à deux les malades à l’intérieur depuis quelques jours. Il nous arrive aussi de véhiculer des malades suspects covid-19. Si on nous prévient, on s’équipe pour ne pas être contaminés. Mais très souvent, on le découvre trop tard… bref, on se sent un peu comme de la chair à canon, pas considérés... ou la communication est défaillante", constate l'ambulancière angevine.
 

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