Don de corps à la science : un geste généreux et utile mais parfois difficile à vivre pour la famille

Le Professeur Mercier au bloc technique du laboratoire d'anatomie d'Angers
Le Professeur Mercier au bloc technique du laboratoire d'anatomie d'Angers

Le CERAHC (Centre d'Etude et de Recherche en Anatomie Humaine et Comparée) à Angers gère les dons de corps à la science. Ils servent à la formation des étudiants en médecine de la fac d'Angers mais aussi aux chirurgiens confirmés pour répéter certaines opérations délicates.

Par Olivier Quentin

Le 11 mai 2011, Jeannine la maman de Nelly et Annie est décédée à la maison de retraite de Boussay en Loire-Atlantique. Elle avait depuis longtemps fait savoir à ses enfants qu'elle donnait son corps à la science. Dans les heures qui ont suivi, un véhicule est arrivé pour emmener le corps à la faculté de médecine de Nantes.

Le don de corps à la science implique un transfert rapide dans les 24h sinon la procédure devient plus lourde et plus coûteuse. Même si Nelly et Annie connaissaient cette volonté de leur mère, le travail de deuil a été plus difificile. "Nous avons à peine eu le temps de prévenir notre frère qui habitait en Bretagne. C'était presque irréel, on avait l'impression que maman allait revenir." Annie comme sa soeur et son frère a respecté l'engagement qu'avait pris leur mère qui voulait aider la recherche mais ce fut difficile...

Les technologies actuelles ne suffisent pas

Au laboratoire d'anatomie de la faculté de médecine d'Angers, environ 120 corps arrivent chaque année. Une chance, un luxe même pour les étudiants et les praticiens. D'autres fac comme celles de Poitier ou Brest sont en manque de donateurs. "C'est le premier contact avec la mort pour les étudiants, nous explique le Professeur Mercier neurologue et responsable du labo, et pour les chirurgiens c'est primordiale de pouvoir répéter une opération délicate." Même si les scanner et IRM ont permis d'explorer le corps sans le disséquer, le fait de pouvoir soi-même visualiser l'organe, sa position, ses dimensions est irremplaçable. "Un bras ce sont quatre couches musculaires et quatorze muscles. Lorsqu'un chirurgien intervient il doit savoir comment tout s'organise pour réparer efficacement et sans détériorer." De plus on n' a pas fini de faire des découvertes dans le domaine de l'anatomie.
La stèle en remerciement aux donateurs au crématorium de Montreuil-Juigné
La stèle en remerciement aux donateurs au crématorium de Montreuil-Juigné


Une cérémonie en remerciement

Lorsque le Professeur Mercier parle des donateurs c'est avec le plus grand respect. "Lorsqu'un étudiant intervient sur un corps, il y a toujours un professeur avec lui pour s'assurer que tout se passe bien. La tradition veut que les étudiants donnent un prénom au corps. Cela reste une personne." Chaque année, le CERAHC d'Angers organise une cérémonie pour remercier les donateurs et leur famille. Une stèle et le nom des donateurs ont été apposés dans une parcelle du crématorium de Montreuil-Juigné où sont répandues les cendres. 

On aurait voulu être mieux accompagné


Annie et Nelly ont eu le sentiment d'être complètement oubliées par le CERAN (l'équivalent du CERAHC mais à Nantes). Là, pas de cérémonie, pas de remerciement (il y a tout de même une stèle à Montreuil-Juigné également). La beauté du geste de leur mère a été un peu effacée par le silence qui a suivi le départ de son corps. "On aurait aimé être mieux accompagné, rencontrer d'autres familles de donateurs, qu'on nous explique ce qui allait être fait ensuite de notre maman."  D'une association à l'autre, les pratiques ne se valent pas. Dommage.

>> VIDÉO. Le reportage d'Olivier Quentin et Antoine Ropert
Don de corps à la science

Nelly et Annie se sont consolées en gardant en tête la générosité de leur maman. Quant au Professeur Mercier, il fait régulièrement des interventions à l'étranger sur l'anatomie humaine, dans des pays où le don de corps à la science n'existe pas.



Donner son corps à la science

Deux associations gèrent le don de corps à la science en Pays de la Loire :

  • Pour le Maine et Loire, la Sarthe et la Mayenne : le CERAHC à Angers. 02 41 73 58 18 (permanence les mardi et vendredi de 09.00 à 12.00 et de 14.00 à 17.30). Une participation aux frais de transport de conservation et d'incinération est demandée de 650 €. C'est le donateur qui règle cette somme lorsqu'il s'inscrit.
  • Pour la Loire-Atlantique et la Vendée : le CERAN à Nantes 02 40 41 28 10. Participation aux frais : 800 €

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