Agriculture. La préfecture prolonge la période de taille des haies, "un coup porté à la biodiversité", dénonce la LPO

Après les épisodes de pluies intenses, la préfecture du Maine-et-Loire vient d'accorder un délai d'un mois supplémentaire pour la taille des haies. La Ligue de protection des Oiseaux (LPO) Anjou est vent debout et dénonce un coup porté à la biodiversité.

Le printemps, c'est le temps de la nidification, c'est donc logiquement la période où le taillage des haies est interdit pour préserver et sécuriser la période de reproduction des oiseaux. Mais cette année, le ministère de l'Agriculture a mis un sérieux coup de sécateur dans le contrat.

Une procédure de "force majeure"

Dans un communiqué publié le 15 mars, Marc Fesneau, le ministre de l'Agriculture, annonce "la mobilisation de toutes les marges possibles de la procédure de la force majeure dans les territoires touchés par les intempéries inédites permise par la réglementation européenne."

La préfecture du Maine-et-Loire a donc saisi la balle au bond et décidé de repousser la période d'interdiction de la taille des haies pour les exploitants agricoles.

Les nombreux épisodes pluvieux de ces derniers mois dans le département ont empêché l’accès aux parcelles agricoles et n’ont notamment pas permis l’entretien des haies et des arbres aux périodes habituelles.

Préfecture du Maine-et-Loire


"Compte tenu des difficultés d’accès aux parcelles concernant l’ensemble des exploitations
agricoles du département, Philippe Chopin, préfet de Maine-et-Loire, mobilise la procédure de la force majeure permise par la réglementation européenne, en reportant au 16 avril la date de début de la période d’interdiction d’entretien, fixée en principe au 16 mars", 

La période d’interdiction prendra fin au 15 août 2024

"Cette mesure s’applique sur tout le territoire", précise la préfecture qui souligne que  "les agriculteurs peuvent bénéficier du report pour réaliser les travaux d’entretien sans faire de demande individuelle de reconnaissance de la force majeure."

Lors de ces travaux, les agriculteurs doivent être vigilants au respect de la réglementation environnementale relative aux espèces protégées qui interdit la destruction des habitats et des nids.

Préfecture du Maine-et-Loire

L'annonce fait vivement réagir la Ligue de protection des Oiseaux de l'Anjou.

"Alors que la LPO avait demandé début février l’extension de l’interdiction de la taille et de l’élagage des haies à tous les acteurs du territoire, elle a appris le 20 mars 2024 que la FDSEA et les Jeunes Agriculteurs, avaient négocié le dépôt d’un arrêté autorisant l’élagage des haies jusqu’au 16 avril. À ce jour, aucun arrêté n’est sorti", indique l'association.

L'organisme rappelle au passage que de nombreuses espèces protégées nichent et se reproduisent dans les haies à partir du mois de mars, notamment les Merles noir, Rouge-gorge familiers, Accenteurs mouchet, Fauvettes à tête noire, Pouillots véloces, Grives musiciennes, Lézards verts, Lézards des murailles, Couleuvres helvétiques, Chardonnerets élégants, Pinsons des arbres.

"Une mise en danger de la faune et la flore sauvage"

La Ligue de Protection des Oiseaux se dit consciente "des difficultés pouvant être rencontrées sur les terrains gras" pour autant, "elle ne peut accepter une nouvelle mise en danger de la faune et de la flore sauvage".

Face aux crises structurelles rencontrées par la profession agricole, il est inadmissible que la réponse apportée consiste à passer outre la réglementation visant à préserver la biodiversité. À moyen et long terme, cette mesure est un recul vis-à-vis de la nécessaire alliance entre agriculture et biodiversité

LPO Anjou

70 % du linéaire de haies a disparu depuis 1950

En France, depuis les années 1950, 70 % du linéaire de haies a disparu, y compris dans des régions bocagères. 

Les haies sont pourtant les championnes de la biodiversité en milieu agricole. Elles hébergent de nombreuses espèces végétales et animales. Quand elles sont bien gérées, elles peuvent accueillir jusqu’à 35 espèces de mammifères, 80 espèces d’oiseaux, 8 espèces de chauves-souris, 15 espèces de reptiles amphibiens ou 100 espèces d’insectes.

Des taillis hauts, larges et reliés entre eux permettent par ailleurs la protection des cultures contre le vent, le bien-être des troupeaux, la lutte contre l’érosion des sols, la fourniture de bois ou de litière et le refuge d’auxiliaires de cultures et de pollinisateurs.

Pourquoi faut-il arrêter la taille des haies en mars ?

À partir de la mi-mars, la saison de reproduction et de nidification des oiseaux commence.

Pour protéger les oiseaux durant cette période cruciale de leur cycle de vie, l’Office Français de la Biodiversité encourage les collectivités, les professionnels et les particuliers à éviter la taille des haies et l’élagage dès les premiers jours du printemps et jusqu'à fin août.

"L’enjeu est de taille, car actuellement, 32 % des espèces d’oiseaux nicheurs sont menacés d’extinction", selon l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).

"De nombreuses espèces hébergées dans la haie sont protégées. Outre les oiseaux, les vieux arbres peuvent par exemple accueillir des chauves-souris ou des insectes en danger (Grand Capricorne, Rosalie des Alpes, Pique-prune). Or la destruction, l’altération ou la dégradation d’habitats d’espèces menacées constituent un délit et les peines encourues peuvent être sévères", souligne l’Office Français de la Biodiversité.

L’OFB rappelle qu’il n’est absolument pas nécessaire de tailler ou élaguer chaque année les végétaux, à plus forte raison quand ils n’empiètent pas sur une parcelle cultivée.

Il est également essentiel d’éviter tout arrachage. 

Au titre du Code de l’urbanisme, les communes qui le souhaitent peuvent engager une démarche de préservation des haies présentant un intérêt patrimonial, paysager ou écologique et définir les prescriptions pour assurer leur protection. Des aides sont par ailleurs disponibles pour replanter.