Liquidation de Carréneuf. Une centaine de constructions à l'arrêt et des propriétaires inquiets

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À Angers, la liquidation judiciaire du promoteur immobilier Carréneuf, le 13 mars dernier, a stoppé net les chantiers d'une centaine de constructions. Les démarches s'annoncent longues pour les propriétaires et les artisans.

La liquidation judiciaire des 21 sociétés du groupe Carréneuf a été prononcée lundi 13 mars par le Tribunal de commerce à la demande du chef d'entreprise. Les salariés, artisans, sous-traitants ainsi que les clients avaient été informés dès jeudi 9 février de la procédure. 

"Le Groupe n’a pas été en mesure de faire face à la grave crise qui touche actuellement le secteur de la promotion immobilière et de la construction de maisons individuelles, explique Michael Juret, dirigeant du groupe, dans un communiqué de presse. 

Pour cette jeune propriétaire, le chantier de sa maison est même à l'arrêt depuis fin décembre 2022. Sans nouvelles de la conductrice de travaux, l'inquiétude s'est accentuée au fil des semaines.

Aujourd'hui, la maison de 105 m2 est hors d'eau mais pas hors d'air. "Il manque les fenêtres et les portes", explique Manon Bézier. Cette propriétaire avait heureusement choisi de régler les travaux au fur et à mesure de leur réalisation. Mais sans maître d'ouvrage, l'avenir paraît bien flou.

Au mois de septembre, on va devoir payer notre échéance de crédit alors qu’on ne sera pas dans notre maison. Et comme tout le monde, on ne peut pas forcément payer et un loyer et un prêt.

Manon Bézier, propriétaire

Au total, une centaine de chantiers sur lesquels intervenaient de nombreux artisans, qui préfèrent rester discret. Le groupe immobilier les pressait pour réaliser les travaux mais retardait le paiement des factures.

"On a une ardoise qui s’élève à environ 34 000 euros. Les délais de paiement ont toujours été non respectés. On est dans le doute concernant le futur de l'entreprise", explique un artisan. 

"Ils faisaient leur possible pour livrer les maisons, tout en sachant qu'ils n'avaient pas les fonds pour nous payer", ajoute un autre artisan, dépité.

La rapidité de la liquidation est "rarissime"

Sur les réseaux sociaux, le nombre de victimes qui partagent cette déroute ne cesse de s'amplifier. Pour Me Marc Rouxel, avocat d'une douzaine de propriétaires, les contrats de construction comportent obligatoirement une assurance qui garantit la livraison, coûte que coûte.

"On n’est pas sur un abandon de chantier, la liquidation est d’ores et déjà prononcée. On sait que Carréneuf n’interviendra plus sur la construction. Cette défaillance est caractérisée", explique Me Marc Rouxel.

A partir de cette défaillance, il faut enjoindre le garant de livraison, lorsqu’il est connu, d’intervenir sur la construction.

Me Marc Rouxel, avocat

Au vu de la rapidité de la liquidation, les difficultés financières du groupe étaient probablement anciennes, considère l'avocat. "Une procédure aussi accélérée est étrange parce que entre le moment où nous avons la connaissance des difficultés financières de la société Carréneuf et la date d’audience, plus la date de délibéré dans la foulée, cela n’arrive quasiment jamais, aussi rapidement, c’est rarissime."

L’état du passif était tel qu’à la date de déclaration de la cessation de paiement qu’il n’y avait pas d’autres solutions

Rémy Dougé, le président du Tribunal de commerce d’Angers

Dans son communiqué, l'entreprise précise que "l'ouverture des procédures de liquidation judiciaire va également permettre la mise en jeu de la garantie de livraison souscrite par le Groupe CARRENEUF auprès de ses assureurs. Ces derniers vont à présent se substituer aux sociétés du Groupe afin d’assurer la poursuite et la finalisation des chantiers en cours dans les conditions contractuelles. Les clients seront recontactés dans les meilleurs délais à cette fin, ajoute le dirigeant.

Reportage d'Eric Aubron, Laura Striano et Stéphane Kazadi

Pour les propriétaires, les démarches s'annoncent complexes et longues. Quant aux artisans, cette liquidation pourrait avoir des conséquences dévastatrices.

Ce 17 mars, une dizaine d'entreprises, victimes de la faillite de Carréneuf ont porté plainte contre X pour abus de confiance, banqueroute, recel d'abus de confiance, recel de banqueroute, blanchiment et complicité de ces infractions contre X. 

"Ils souhaitent que la lumière soit faite sur les raisons pour lesquelles les sommes encaissées par les sociétés de construction n'ont pas été employées pour payer les artisans au fur et à mesure des chantiers, et s'il existe des raisons de penser que cette faillite peut relever du délit de banqueroute", précise Bertrand Salquin, leur avocat.

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