En Mayenne, au nord-est de Laval, les communes de Brée et Neau se mobilisent contre un futur projet de contournement routier

Publié le Mis à jour le
Écrit par Jean-Marc Lalier
Passage à niveau à Brée en Mayenne
Passage à niveau à Brée en Mayenne © Jean-Marc De la Fonchais

Les habitants de la commune de Brée sont inquiets. En cause, la future création d’un contournement routier de cinq kilomètres afin de supprimer plusieurs passages à niveau dont un jugé potentiellement dangereux.

À Brée, 566 habitants, la mobilisation est en route, pétition en ligne et médiatisation, les habitants de cette commune en Mayenne ne comprennent pas ce gros projet de contournement routier. C’est un projet global de suppression de cinq passages à niveau. Quatre sur la commune de Brée et un passage à niveau sur la commune de Neau où il y a eu un accident (sans blessé), mais noté prioritaire (potentiellement dangereux). Ce projet a été initié en 2007. Le premier arrêté d’utilité publique sur la suppression des cinq passages à niveau sur la ligne SNCF classique (Paris-Brest) et le tracé de la nouvelle route date du 27 novembre 2018. Depuis des réunions et des enquêtes d’utilité publique se suivent, notamment pour la réorganisation foncière. Le projet avance, il devrait être terminé en 2029.

Une lutte pour garder son environnement naturel

Cécile Bérault, propriétaire du centre équestre "Les Centaures" de 38 hectares avec 38 chevaux, est inquiète

" Ils ont fait plein de carottages partout pour aller sonder le sous-sol, ça, c’était il y a deux ans et des fouilles archéologiques ont été réalisées récemment.

" Son activité risque d’être impactée, mais aussi sa qualité de vie, elle poursuit :

"La route devrait passer sous mes fenêtres à 350 mètres de ma maison d’habitation et devrait également traverser la plus belle parcelle du centre équestre. Il s'agit de celle qui est la plus au sud, c’est une parcelle vallonnée entourée de haies sur les 4 côtés. Cela va me couper des allées cavalières qui permettent de faire des promenades avec mes élèves en toute sécurité. Ça sera moche et bruyant. Là, je suis à ma fenêtre, j’ai en visuel le projet, ça devrait passer sur des parties en bas de vallon, ça massacrerait toutes les zones humides, des petites mares, des salamandres et tout ce qui va avec. D’un point de vue biodiversité, c’est un scandale."

Cécile Bérault vient de lancer une pétition en ligne.

La mobilisation contre ce projet couteux est forte

Ce projet, financièrement très élevé au regard de ces petites communes, est pour une grosse partie des habitants de Brée totalement inutile. La circulation des trains a fortement baissé depuis que cette ligne ferroviaire n’est plus une ligne grande vitesse, les TGV n'y circulent plus. Le maire de Brée n’est pas contre un aménagement des passages à niveau pour les sécuriser davantage et la commune de Neau n’est pas forcément contre la fermeture ou l’aménagement de leur passage à niveau, mais le projet est global, il comprend les cinq passages.

Le maire de Brée, Claude Garnier, est un ancien agriculteur retraité.

"Avant, il avait des TGV qui circulaient sur cette voie, mais maintenant avec la LGV, il y seulement dix TER par jour. Du coup, l’intérêt de ce projet n’est plus du tout le même sur cette ligne, donc l’attente n’est plus la même. Nous, on a toujours proposé des mesures de sécurisation avec des double barrières, double feux, dos-d’âne."  

Il poursuit, "Un coup de 80 millions d’euros à la fin des travaux, ça c’est à peu près sûr. 80 millions d’euros dans la situation actuelle, nous, conseil communal, les administrés et la population en général considérons qu’il y a sans doute d’autres urgences que de supprimer des passages à niveau car il n’y a plus d’intérêt.

L’urgence, c’est la santé, c’est l’éducation, c’est de l’argent public qu’il ne faut pas gaspiller."

Le maire nous affirme que depuis son élection en 2004, le Conseil municipal a toujours voté contre à l’unanimité,

"Il y a aussi la casse environnementale, on parle d’écologie tous les jours et là quand on voit ce qu’il va se passer, c’est dramatique. La suppression de terres agricoles, 64 hectares vont disparaître, c’est l’environnement qui va en prendre un coup, c’est le paysage qui va être défiguré."

Ce projet de contournement routier est sur une zone Natura 2000

Un autre opposant, Jean-Marc De la Fonchais, a créé une association de défense des personnes concernées par la suppression des passages à niveau, ce projet et le tracé du contournement routier va impacter le bocage.

"Le premier problème est un problème économique, ce projet existe depuis plus de 20 ans et depuis 20 ans, on n’arrête pas de faire étude sur étude, ce qui fait que le montant des études engagées est de l’ordre de 2,5 millions d’euros, ce qui est absolument faramineux, alors que le financement du projet n’est toujours pas assuré. C’est une clé de répartition entre l’État qui doit en prendre 50% par le canal de la SNCF réseau, la Région 30% et le Département 20% et l’État n’a toujours pas mis au pot ! C’est une situation économique aberrante où on fait comme s’il y avait eu le financement alors qu’il n’existe pas"

Il poursuit, " le fait de supprimer ces passages à niveau oblige à opter pour une solution où ils refont 5 km de route nouvelle en plein milieu d’une zone qui est classée "Natura 2000" et avec un système de tracé qui est complètement aberrant puisque ça consiste sur 5 km à faire 4 ponts et 8 ronds-points. Le coût financier est faramineux et le coût pour l’environnement est dramatique, on est en zone Natura 2000, c’est comme si cela n’existait pas."

La municipalité regarde vers l'avenir et se bat


Le maire de Brée plaide également la défense de la ruralité dans ce dossier.

 "On s'est dit, nous municipalité, on n'a pas le droit de ne pas remonter au créneau et d’affirmer notre position, il n’y a plus aucun intérêt de faire ce projet maintenant. On se doit de se battre jusqu’au bout, moi je ne veux pas que demain, on ait des gens qui arriveront derrière nous et nous disent, mais comment vous avez pu laisser faire, pourquoi vous ne vous êtes pas battu ? Pour l’instant tout avance, mais il manque 50 % du financement, on profite aussi de cette situation-là pour repartir à la bataille.

Dans notre commune, on nous appelle un peu les Gaulois réfractaires, on arrive à penser par nous-même, moi, j’ai été élu par mes administrés, les administrés ne souhaitent pas le projet, alors moi, je suis à leurs côtés.

Claude Garnier, maire de Brée

"Je ne conteste pas la déclaration d’utilité public du Préfet," poursuit le maire," je dis tout simplement que l’on vit en démocratie et la démocratie c’est à tout moment de la journée. Ce n’est pas parce qu’il a reconnu ce projet d’utilité publique que l’on va rentrer à la maison les mains dans les poches et dire que l’on ne peut plus rien faire. Si il y a un combat à mener on doit continuer à le mener, si on gagne tant mieux, si on ne gagne pas on aura rien à se reprocher."

Selon SNCF réseau, le coût de cette opération est estimée à 57 millions d'euros. En Pays de la Loire, il y a 931 passages à niveau.

247 ont été supprimés depuis 2000 et ces suppressions se font lorsqu’il y a des réaménagements de voies ou alors des suppressions qui sont liées à un programme national, comme celui qui est en cause ici. 

Il y a six passages à niveau inscrits à ce programme en Pays de la Loire, dont celui de Neau en Mayenne. Les 4 autres font partie du projet d’aménagement global de suppression. Ce projet routier a été mis au point par le département de la Mayenne, la déclaration d’utilité publique porte sur l’aménagement de l’ensemble.

En attendant, des banderoles devraient voir le jour autour de la petite commune de Brée, la réponse au recours auprès du tribunal administratif déposé par les associations, devrait arriver à partir du 13 janvier.

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