Affaire du lait contaminé : Lactalis mis en examen pour tromperie aggravée et blessures involontaires

En 2017, le scandale du lait contaminé avait éclaboussé le groupe Lactalis, basé en Mayenne. Cinq ans plus tard, on apprend que la société vient d'être mise en examen.

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Le groupe Lactalis et la société Celia Laiterie de Craon ont été mis en examen jeudi dans l'enquête sur la contamination aux salmonelles de laits infantiles qui a touché des dizaines de nourrissons fin 2017, a annoncé le groupe dans un communiqué.

"La société Celia de Craon et la société Groupe Lactalis ont été mises en examen pour "inexécution de mesures de retrait et rappel", "tromperie aggravée" et "blessures involontaires" et placées sous contrôle judiciaire avec un cautionnement de 300.000 euros chacune, selon le groupe, des informations confirmées par une source judiciaire.

Cette étape marque le début de l’instruction judiciaire dans laquelle Lactalis s’engagera pleinement et en toute transparence.

Le groupe Lactalis

Communiqué du 16 février 2023

"L’ensemble des collaborateurs et des dirigeants de Lactalis a pleinement conscience des épreuves vécues par les familles dont les enfants ont été malades et nous souhaitons que tous les éclaircissements soient apportés. Il est primordial, pour elles comme pour Lactalis, que l’instruction judiciaire apporte ces réponses", poursuit le groupe dans son communiqué.

Le rappel des faits

Le 2 décembre 2017, des lots de boîtes de lait infantile fabriqué par Lactalis dans son usine de Craon sont rappelés après la contamination de 20 bébés par des salmonelles.

Le 10 décembre, ces boites fond l'objet d'un retrait massif après cinq nouveaux cas de salmonellose. Lactalis assure alors avoir détecté la "cause probable" de la contamination. Le ministère de la Santé exige des "mesures correctives" avant toute reprise de production.

Le 18 décembre, les premières plaintes sont déposées notamment celle déposée par le père d'un bébé pour "mise en danger de la vie d'autrui". L'association UFC-Que Choisir portait  également plainte pour tromperie.

L'autorité sanitaire Santé Publique France identifie 31 nourrissons victimes de salmonellose entre août et décembre 2017 après consommation de produits Lactalis. Tous ces bébés se sont ensuite rétablis.

Le 21 décembre le rappel est étendu à tous les produits infantiles fabriqués à Craon depuis le 15 février 2017.  La contamination dans l'usine s'explique par des "travaux réalisés courant 1er semestre 2017", selon l'entreprise.

Mais le site avait déjà subi une contamination à la salmonelle en 2005.

Le 22 décembre, le parquet de Paris ouvre une enquête préliminaire pour "blessures involontaires", "mise en danger de la vie d'autrui", "tromperie aggravée par le danger pour la santé humaine" et "inexécution d'une procédure de retrait ou de rappel d'un produit "préjudiciable à la santé.

Le 12 janvier 2018, le scandale Lactalis s'étend hors de France avec un bébé espagnol touché. Une association annonce des "centaines" de plaintes de parents en France contre le groupe.

Deux jours plus tard, le très secret PDG de Lactalis, Emmanuel Besnier, sort de son silence: dans le Journal du Dimanche, il promet d'indemniser les familles de victimes. -

Le 1er février,  l'Institut Pasteur indique que le lait infantile produit à Craon est à l'origine de deux épidémies de salmonellose, l'une en 2005 avec 146 bébés touchés et l'autre en 2017 avec 37 cas.

Le 7 juin, entendu par les députés, Emmanuel Besnier plaide "l'accident" industriel sans "responsabilité de personnes à l'intérieur de l'usine" et se défend de toute opacité.

Le 18 juillet, dans son rapport, la commission d'enquête parlementaire rejette les explications du groupe, réclame un meilleur contrôle des industriels et une révision des procédures de retrait de produits. -

Deux mois plus tard, Lactalis est à nouveau autorisé à commercialiser la poudre de lait infantile produite dans son usine de Craon.

Le 9 octobre 2018, le pôle santé publique du parquet de Paris ouvre une information judiciaire contre X pour "tromperie sur les qualités substantielles des marchandises", "blessures involontaires ayant entraîné une incapacité de travail inférieure ou égale à trois mois" et "inexécution par un exploitant du secteur alimentaire de procédures de retrait ou de rappel d'un produit préjudiciable à la santé".