La Roche-sur-Yon, Angers, Nantes : la communauté franco-arménienne appelle à un cessez le feu dans le Haut-Karabakh

C'est une guerre qui oppose l' Arménie et l'Azerbaïdjan. Les deux puissances s'affrontent dans la région du Haut-Karabakh. Cette province a proclamé son indépendance à la chute de l'URSS. Le collectif franco-arménien organise, ce samedi 10 octobre, à Angers un rassemblement pour la paix.
Stepanakert en Azerbaïdjan, les civils fuient le conflit dans une capitale dévastée
Stepanakert en Azerbaïdjan, les civils fuient le conflit dans une capitale dévastée © AFP
Sur la carte du globe, c'est une poudrière prête à exploser à tout moment. Le Haut-Karabakh, région auto proclamée indépendante en 1991, est peuplé d'Arméniens. Un peuple de nouveau victime des affrontements entre les forces azerbaïdjanaises et les séparatistes soutenus par Erevan, capitale de l'Arménie. Et comme toujours ce sont les civils qui trinquent, obligés de fuir les bombes.

Sévane Torossian est française d'origine Arménienne, présidente du collectif franco-arménien de Nantes. De ce qui se passe là-bas, elle ne sait que ce que les réseaux médiatiques lui rapportent comme mauvaisses et inquiétantes nouvelles. Et il n'y a pas de place pour le doute, la situation s'aggrave chaque jour un peu plus: "Cette guerre a commencé le 27 septembre. Les tirs sont venus d'Azerbaidjan sur le territpoire du Haut-Karabagh. Depuis, le conflit est en pleine escalade. Là, on en est à avoir des tirs d'artillerie sur Stépanakert, la capitale. Elle a été bombardée toute la nuit dernière".

"Il y a de nombreuses victimes parmi les populations civiles et un exode massif de ceux et celles qui viennent chercher refuge en Arménie voisine. Pour l'instant, la communauté internationale frappe du poing sur la table mais aucune décision d'envergure n'est prise. Il n'y a que des déclarations",
déplore Sévane Torossian.
Une femme porte son enfant dans un abri en sous-sol dans la ville historique de Shusha, en Arménie, le 8 octobre 2020
Une femme porte son enfant dans un abri en sous-sol dans la ville historique de Shusha, en Arménie, le 8 octobre 2020 © AFP

Il ne s'agit pas de savoir si les uns ou les autres, ont de la famille, un ami ou une connaissance sur place. Ce qu'il faut bien comprendre c'est que toute l'hisoire de cette région en particulier et de l'Arménie en général depuis la première guerre mondiale devient pour chaque Arménien une question de survie territoriale.

Sévane Torossian

"Ce conflit est invisible"

Ce conflit doit être rendu plus visible. Nous voulons déclencher une chaine de solidarité, notamment via le fond arménien de France qui réalise des collectes, précise Sévane.

"Cette guerre met en danger la survie même des populations arméniennes, qui, sans un cessez-le feu immédiat, seront contraintes à l'exode, permettant un nettoyage ethnique sans précédent depuis qu'une paix fragile a été instaurée en 1994 sans que le conflit ne soit résolu", alerte la présidente du collectif franco-arménien de Nantes.

Notre collectif alerte sur la menace qui pèse sur un peuple qui a des liens culturels et historiques très forts avec la France. Aux côtés de nombreux élus et associations, il appelle le gouvernement français et les institutions internationales à s'engager plus fermement pour établir au plus vite un cessez-le-feu, protéger les civile et trouver un chemin vers une paix durable et la reconnaissance d'un statut international au Haut-Karabagh.

Sévane Torossian

Nelly Nalbandian, est installée en Vendée. Avec d'autres représentants de la communauté arménienne, elle a manifesté, ce jeudi 8 octobre, à La Roche-sur-Yon. Et elle n'a pas hésité à crier sa colère en public.

"Je veux appeler le monde entier à nous écouter, car ce n'est pas une guerre ordinaire. Il existe des lois mondiales relatives aux conflits qui imposent des restrictions et des règles. C'est un terrorisme puissant, au sens le plus large du terme, pour anéantir la nation arménienne, pour commettre un nouveau génocide, qui vise à menacer l'humanité, dit-elle,  je voudrais attirer l'attention sur le fait que les frontières du Haut-Karabakh ont commencé a être attaquées non seulement par les bandits de la république d'Azerbaïdjan, mais aussi par les bandits de Turquie, qui ont fourni un arsenal militaire moderne et puissant, du personnel militaire et des milliers de mercenaires et terroristes syriens".

En utilisant aujourd'hui la région du Haut-Karabakh, la Turquie veut achever son oeuvre. Elle utilise aujourd'hui des véhicules blindés puissants, des armes de système smerch, des missiles, des avions F-16. C'est un crime à l'échelle mondiale, dénonce

Nelly Nalbandian

Nelly, tout comme Sévane, en appelle aux organisations internationales telles que l'OTAN, l'OSCE, L'ONU et d'autres. "Aujourd'hui, en nous joignant à tous les Arméniens du monde et aux Arméniens de ma patrie, nous demandons aux superpuissances humanitaires du monde d'acter qu'il s'agit d'un crime mondial, parce que le sang de peuples pacifiques et innocents est versé, c'est un défi pour les peuples épris de paix du monde".  
A la Roche-sur Yon, les membres de la communauté arménienne se sont rassemblés, ce jeudi 8 octobre, pour dénoncer les bombardements sur le Haut-Karabakh.
A la Roche-sur Yon, les membres de la communauté arménienne se sont rassemblés, ce jeudi 8 octobre, pour dénoncer les bombardements sur le Haut-Karabakh. © Nelly Nalbandian
     

"Il s'agit d'un acte effréné et impudent, haineux et criminel du 21e siècle, qui, s'il n'est pas freiné aujourd'hui, impliquera le monde entier demain. Ne tardez pas, ne laissez pas cette terrible catastrophe avaler le monde, ne laissez pas se former des fleuves de sang d'innocents. La communauté internationale doit reconnaître l'indépendance du Karabakh reconnaître la responsabilité en justice des trois organisateurs de l'agression et être jugés", conclut Nelly Nalbandian.

 

Un bilan partiel de 300 morts

Les deux camps s'accusent de la reprise des hostilités, une crise parmi les plus graves, sinon la plus grave, depuis le cessez-le-feu de 1994, qui laisse craindre une guerre ouverte entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan. Cette guerre ouverte entre les deux pays ex-soviétiques du Caucase du Sud laisse craindre une déstabilisation d'ampleur, de multiples puissances étant en concurrence dans la région : la Russie, traditionnel arbitre régional, la Turquie, alliée à l'Azerbaïdjan, l'Iran ou encore les Occidentaux. La zone est traversée par des oléoducs, essentiels à l'approvisionnement des marchés mondiaux du pétrole et du gaz.

Le bilan de plus de 300 morts dont une cinquantaine de civils reste très partiel, Bakou n'annonçant pas ses pertes militaires et les deux camps affirmant avoir éliminé chacun des milliers de soldats ennemis.
    
Au 12e jour des combats, c'est la moitié de la population du Nagorny Karabakh qui a été déplacée, dont 90% des femmes et des enfants, selon Artak Belgarian, le médiateur de cette république auto-proclamée, soit 70 000 à 75 000 des quelque 140 000 habitants.
    
Cette région est peuplée en quasi-totalité d'Arméniens ethniques, les Azéris ayant fui pendant la guerre des années 1990. 
    
Les autorités indépendantistes accusent l'Azerbaïdjan de pilonner aveuglement Stepanakert, leur capitale, forçant la majorité des quelques 50 000 habitants à partir et les autres à se terrer dans des caves.
 

Aucun signe d'apaisement

Les belligérants arméniens et azerbaïdjanais au Nagorny Karabakh ne donnaient aucun signe, ce jeudi, de vouloir faire taire les armes. 
    
Les bombardements azerbaïdjanais se sont poursuivis toute la nuit sur la capitale du territoire séparatiste, Stepanakert, selon des journalistes de l'AFP, et sur des zones habitées en Azerbaïdjan, selon les autorités locales.

La cathédrale de Choucha (Chouchi pour les Arméniens), une ville historique symbole, souvent appelée la "Jérusalem du Nagorny Karabakh", a été atteinte jeudi de plein fouet par une frappe au douzième jour de la guerre entre séparatistes arménienset forces azerbaïdjanaises.
  
 L'Azerbaïdjan, dont les forces bombardent depuis des jours cette cité, a démenti avoir touché le lieu de culte. Trois roquettes ont visé cette ville, située sur une crête montagneuse dominant la capitale indépendantiste Stepanakert, à 14
km environ, a constaté un journaliste de l'AFP.
    
L'une d'elle a atterri sur le toit de la cathédrale, l'une des plus célèbres églises du monde arménien, datant du XIXe siècle, sur son transept sud, endommageant gravement
l'édifice.
    
"J'arrivais à l'église quand j'ai vu trois roquettes dans le ciel. Deux sont passées à côté, mais la troisième a touché le toit", raconte Zanyac Tigran, le jardinier des lieux. "J'ai les genoux qui en tremblent encore, c'est un miracle que je sois indemne", a lâché l'homme, visiblement secoué.

Une rencontre à Genève

Les représentants du médiateur historique du conflit, les co-présidents du Groupe de Minsk de l'OSCE (Russie, Etats-Unis, France) doivent rencontrer à Genève le ministre azerbaïdjanais des Affaires étrangères, Ceyhun Bayramov.

La France a affirmé mercredi que la Turquie était impliquée "militairement" dans le conflit du Nagorny Karabakh au côté de l'Azerbaïdjan, réitérant sa crainte d'une "internationalisation" du conflit.
  
 "La nouveauté c'est qu'il y a une implication militaire de la Turquie qui risque d'alimenter l'internationalisation du conflit", a déclaré le chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian devant la Commission des Affaires étrangères de l'Assemblée nationale.

Le président français Emmanuel Macron a récemment dénoncé ce qu'il a présenté comme un déploiement au Nagorny Karabakh de "combattants syriens de groupes jihadistes" ayant transité, selon les renseignements français, par la Turquie. Cette dernière n'a pas réagi publiquement à ces accusations.

Dans les Pays de la Loire, la communauté arménienne est peu présente. Elle compte de 40 à 50 000 membres. C'est bien moins que dans certaines autres régions françaises. 

    
 
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