Coronavirus : la filière hippique attend un plan de relance

Le Trot et France Galop, sociétés-mères chargées de l’organisation des courses de chevaux en France, ont suspendu toutes les réunions hippiques depuis le 17 mars. Ces deux institutions réfléchissent actuellement aux solutions pour éviter le naufrage de la filière.
 
La réunion hippique du 8 avril prévue sur l'hippodrome des Hunaudières au Mans a été reportée
La réunion hippique du 8 avril prévue sur l'hippodrome des Hunaudières au Mans a été reportée © PHOTOPQR/LE MAINE LIBRE/OLIVIER BLIN
Yves Lizée dirige 25 chevaux à l'entraînement à Ecommoy, à une vingtaine de kilomètres du Mans. Il fait partie de cette catégorie d'entraîneurs qui n'ont pas le chance de disputer le meeting d'hiver de Vincennes, faute de chevaux suffisamment armés pour se mesurer aux meilleurs trotteurs de l'hexagone. 

Son "avoine" comme l'on dit dans le milieu des courses, il le gagne essentiellement en province, entre mars et novembre.
Une saison écourtée depuis le 17 mars dernier, quand l'arrêt brutal des courses hippiques a été décidé.

"Cette situation est incroyable", livre l'entraîneur sarthois, qui travaille aux côtés de son fils, David. "J'entraîne mes chevaux différemment, en attendant la reprise, mais il ne va pas falloir que cela dure... Je n'ai plus aucune rentrée d'argent depuis trois semaines, mais les fraix fixes n'ont pas baissé... La nourriture pour les chevaux, l'entretien nécessaire avec le maréchal-ferrand, les frais de vétérinaire... "

La saison en province avait pourtant bien débuté pour le Sarthois, arrivé dans les trois premiers à Saumur, dans le Maine-et-Loire, et aussi à Cordemais, près de Nantes, des hippodromes de deuxième catégorie.

Yves Lizé s'est adapté à la période de confinement, mais il se pose de nombreuses questions, "le PMU va repartir, mais de quelle façon ? Y aura t-il une indemnisation de la filière ? Quand allons-nous reprendre les courses ?"
 

"On joue notre avenir"

Ces interrogations, Caroline Sionneau les soulève, elle aussi. Elue récemment au conseil d'administration de la société d'encouragement de l'élevage du cheval français (SECF - le Trot), la Sarthoise, dont le mari est également entraîneur-driver près de Château-du-Loir dans le sud de la Sarthe, confirme l'importance de la séquence actuelle.

"On joue notre avenir (...) C'est l'avenir de la filière dont il est question... La filière des courses hippiques était déjà en difficulté avec une baisse de 10% des allocations en 2019. L'élément clé, c'est cette date de reprise. A partir de là, quelles courses annulées doit-on reporter ? Faudra-t-il re-courir dans la semaine des réunions Pari Mutuel Hippodrome initialement programmées le week-end ?", s'interroge-t-elle.
 

Les représentants du trot et galop en contact avec le Ministère de l'Agriculture

Mardi 7 avril, les responsables des sociétés mères - trot et galop - se sont entretenus avec Bercy et des représentants du Ministère de l'Agriculture. Divers scénarios sont à l'étude sur une possible reprise des courses mais aussi sur le retour en puissance du chiffre d'affaires du Pari Mutuel urbain.  Le PMU finance en effet la filière hippique en redistribuant une partie de l'argent des paris et l'institution a déja été appelée à se réformer ces dernières années. "Pour notre filière, il faut anticiper ce qui doit être demandé à l'Etat, indique Caroline Sionneau. Il va falloir aussi anticiper le fait que le PMU ne fonctionne pas tout de suite."

Le parieur, habitué à prendre son café en décryptant les courses du jour, sera de retour dans le réseau PMU, mais dans quelle proportion ? Les allocations versées aux courses seront-elles réduites comme en Allemagne, où la motié des gains reservés aux entraîneurs et drivers vont disparaître, comme le révèle le quotidien Paris Turf ?  Copy Code


"Je suis pessimiste"

Président de la société des courses du Mans, Christian Bazire a reporté la première réunion prévue cette semaine sur l'hippodrome des Hunaudières. Celle du 8 mai, la plus importante de l'année, va connaître probablement le même sort.

L'oncle de Jean-Michel Bazire était encore optimiste il y a quelques jours. Mais le prolongement du confinement le rend plus pessimiste. "J'ai peur que les courses ne soient pas une priorité de l'Etat. Bientôt un mois sans courir et les prix ne seront pas tous redistribués quand cela va repartir (...) Les petits entraîneurs ne vont pas s'en sortir. Cela peut être terrible".

Quel scénario privilégier pour éviter le naufrage des petites structures ? Yves Lizée espère une reprise rapide, "en juin, même à huis clos, ce serait bien", dit-il.
Caroline Sionneau, espère, de son côté, courir un maximum de courses reportées durant cette période de confinement. 

Il en va de la survie d'une filière hippique déjà confrontée à de nombreux problèmes ces dernières années. Un plan de relance efficace devrait lui permettre de ne pas laisser un trop grand nombre de professionnels sur le bord de la piste.  Copy Code









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