24h du Mans 2023. À La Chartre-sur-le-Loir, l'Hôtel de France et les pilotes des 24h, une histoire d'amour centenaire

À 50 minutes du célèbre circuit du Mans, au sud du département de la Sarthe, la petite commune de la Chartre-sur-le-Loir est le point de rendez-vous des passionnés de course automobile car c'est ici, à l'Hôtel de France qu'ont séjourné tous les plus grands pilotes des 24h. Visite guidée.

Partout à l'hôtel de France, la grande histoire des 24h se raconte. Au mur, des photos dédicacées de Jacky Ickx ou de Derek Bell, habitués des lieux, mais aussi une énorme fresque retraçant les grandes dates de la course dont le destin est étroitement lié à l'hôtel.

Ce lieu unique dans l'univers automobile, Christophe Lefèvre le connaît bien. Arrivé en 1982, il dirige le bar de l'hôtel resté parfaitement identique depuis son ouverture. « Il n’a pas changé de place depuis 40 ans. J’ai tout appris ici : le travail, l’anglais… J'ai tous les souvenirs des pilotes qui aimaient passer du temps au comptoir à discuter. C’est que du bonheur de travailler ici.»

L'Hôtel de France, l'arrière base des 24h

En 1912, Alexandre Pasteau ouvre cette petite pension de famille au cœur du village. Pendant quatre générations, l'Hôtel de France va écrire sa légende. Tout commence en 1953, année où l'écurie Aston Martin prend ses quartiers dans l'établissement, à l'écart du tumulte de la course. Devant les archives de l'époque, Christophe explique : « C'était une cinquantaine de personnes, une équipe complète qui louait l'hôtel. Ils avaient aussi repéré le garage Renault dans la rue juste à côté donc ils louaient l’hôtel et le garage pour préparer les voitures ». Une aventure qui durera pendant 6 ans, jusqu'à la victoire tant attendue en 1959.

Le mythe est lancé et l'Hôtel de France devient le lieu où chacun veut séjourner : Ford, Porsche, plusieurs écuries se succèdent avec à leur tête un homme devenu la figure de l'hôtel : John Wyer. L'ingénieur mécanique restera fidèle à l'ambiance unique de l'établissement jusqu'en 1982, dernière année où l'hôtel accueillera un équipage de renom. L'actuel directeur général, Claude Esprabens rappelle que « pour tout le monde c’est l’hôtel qui a gagné le plus de fois Le Mans, par les coureurs et les différentes écuries qui ont séjourné ici. Travailler dans une maison où il y a eu autant d’histoires, c’est ce qui me plaît.»

Les pilotes font partie de la grande famille de l'Hôtel

Christophe Lefèvre, barman de l'Hôtel de France

Le souvenir de cette époque transpire encore des murs. Chaque chambre porte le nom de grands pilotes : Graham Hill, Lucien Bianchi ou Mike Salmon. « Ils font partie de la grande famille de l'Hôtel de France. L'ambiance était incroyable, la place devant était noire de monde, tout le monde voulait voir les vainqueurs de la course », se souvient Christophe. Avec l'ouverture de deux nouvelles annexes, l'hôtel compte aujourd'hui 25 chambres, et affiche régulièrement complet. Pour les touristes anglais, belges ou américains, dormir ici fait presque parti d'un pèlerinage. « Parfois en réservant ils nous demandent s’ils peuvent dormir dans la chambre de Graham Hill par exemple », confie Christophe en montrant la chambre du pilote, dans le plus pur style anglais.

Racheté depuis 10 ans par Martin Overington, un Britannique tombé amoureux du lieu, l'Hôtel de France connaît une nouvelle jeunesse après une rénovation des chambres et se classe désormais dans la catégorie 3 étoiles. Comptez entre 100 et 160 euros la nuit pour se mettre dans la peau d'un pilote de course, et Christophe Lefèvre l'affirme : rien n'a changé niveau ambiance. Mieux ! « Chaque année on attend nos habitués, mais cette semaine avec le Centenaire ça va être de la folie. On ne compte pas nos heures et on ne pense pas à la fatigue. C’est que du bonheur ! » De quoi écrire une nouvelle page joyeuse de cette histoire longue de plus d'un siècle.