Violences conjugales : les enfants, victimes malgré eux, le témoignage de Nathalie

Nathalie, victime de violences conjugales, souhaite conserver l'anonymat / © France Televisions
Nathalie, victime de violences conjugales, souhaite conserver l'anonymat / © France Televisions

L’an dernier, 121 femmes sont mortes sous les coups de leurs conjoints. Dans le cadre de ces violences, les enfants aussi sont victimes : 21 sont décédés en 2018.

Par FB avec Sofian Aissaoui

Les faits se sont déroulés il y a quasiment dix années. Les images de violences ne la quittent pourtant que rarement. Nathalie a vécu avec un homme violent. Les premières années, elle pensait avoir trouvé l’homme parfait.

Elle aura trois enfants avec lui. Sauf que petit à petit, les choses vont se dégrader. Des violences verbales d’abord. Puis des violences physiques contre elle. Ses enfants en seront également victimes. 
 

Un mécanisme d’emprise

C’est à la lecture d’un livre que Nathalie prendra conscience du calvaire qu’elle vit. "C’est après avoir lu ce livre que j’ai décidé de le quitter". Il s’agit du livre de Marie-France Hirigoyen, "Femmes sous emprise".

Nathalie comprend alors qu’elle est sous emprise psychologique de son mari. C’est à partir de là qu’elle décide de passer à l’acte. "J’ai attendu d’être seule avec lui, un jour où les enfants n’étaient pas là. (…) J’ai cru qu’il me tuerait ce jour-là".
 

"Pourquoi as-tu attendu si longtemps ?"

Quand Nathalie décide de rompre avec son mari, c’est après "une énième violence" contre son fils. "Si je le quitte, je ne verrai plus mes enfants" pense-t-elle alors. Mais deux de ses enfants vont pourtant lui demander pourquoi elle a attendu si longtemps. Elle va alors entrer dans un long processus judiciaire qui la mènera jusqu'au juge aux affaires familiales. 

"Après notre séparation, leur père avait changé complètement de comportement. Il était devenu gentil. (…) Quand j’ai demandé le divorce, nous avons vécu deux mois sous le même toit. Il  ne m’insultait plus, il me parlait gentiment". La soudaine gentillesse du père n’empêchera pas le passage devant le juge. Désormais, deux des enfants ont coupé les ponts avec leur père.
 

Quelles solutions faut-il apporter à ces familles ? 

Tout l'enjeu de la violence conjugale, c'est de réussir à trouver des alliés - Muriel Causy, juriste au Centre d'Information sur les Droits des Femmes et des Familles dans la Sarthe.

"On estime qu'il y a 143 000 enfants qui vivent dans un foyer où il y a des violences conjugales. Ils la voient, ils la sentent, explique Muriel Causy, Ils ont des répercussions qui sont, selon les spécialistes, les mêmes que s'ils étaient directement victimes de violences. (...) Après la séparation, le droit de visite peut notamment être utilisé pour revoir l'ex-conjoint. La loi doit évoluer là-dessus."

Les chiffres du ministère de l’Intérieur sont accablants. L’an dernier, ce sont 121 femmes qui sont mortes sous les coups de leur mari… 21 enfants ont également perdu la vie… et 82 sont restés orphelins. 


Des médecins généralistes formés

Le CHU de Nantes abrite une UAED, une unité d'accueil de l'enfance en danger. Elle agit à différents niveaux et forme notamment des médecins généralistes à la détection et au signalement des enfants dont on soupçonne qu'ils sont victimes de mauvais traitements.

"De la même façon qu'on apprend à reconnaître des infections sévères par quelques signes précis, ce qu'on appelle les feux rouges en pédiatrie, les médecins peuvent reconnaître les signes de maltraitance", explique  Elise Launay, professeur de pédiatrie au CHU de Nantes, "par exemple la fracture avant l'âge de la marche ou certaines ecchymoses atypiques"

En cas de doute, les médecins sont incités à contacter l'UAED par téléphone. Une prise en charge est alors faite par une équipe de psychologues, de médecins et de secrétaires formés.

En France, 5% des signalements des cas de maltraitance sur enfants sont effectués par les médecins généralistes. En Loire-Atlantique, ce chiffre montre à 17%.

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