Vendée Globe : le skipper toulonnais Sébastien Destremau équipe son bateau d’une casquette de cockpit en carton

Poursuivant sa démarche de réduire les émissions carbone, le skipper Sébastien Destremau a posé une casquette de cockpit en carton sur son bateau "Merci". C'est sa deuxième participation au Vendée Globe, il ne cherche pas la performance, mais il souhaite faire passer des messages.

La casquette de cockpit de Destremau posée sur son Imoca Merci, le 7 novembre 2020,
La casquette de cockpit de Destremau posée sur son Imoca Merci, le 7 novembre 2020, © France Televisions - Damien Raveleau
Affronter la mer pendant trois mois avec une casquette de cockpit en carton !

Ce n’est pas une blague, mais plutôt un acte supplémentaire dans une démarche globale éco-responsable. Sébastien Destremau fait son deuxième Vendée Globe, il veut, bien sûr, envoyer un message : agir pour préserver la planète est une urgence absolue.

"Le bateau s’appelle Merci, il n’a pas de marque dessus, ce n’est pas pour rien ! Nous calculons les émissions carbone de notre projet afin de les compenser, nous avons voulu utiliser le porte-voix qu’est le Vendée Globe pour dire que dans le milieu de la voile, aujourd’hui, il est temps de faire des choses responsables et surtout éco-responsables."
 

Pourquoi une casquette en carton ?

Sébastien, qui lors de son dernier Vendée Globe, en 2017, est arrivé dernier, n’avait pas de casquette de protection sur son Imoca, alors que presque tous les bateaux en ont. Il décide donc de se lancer dans ce nouveau défi et de la faire fabriquer en carton. Il voulait initialement faire fabriquer cette casquette lors de l’ouverture du village afin d’être en contact avec le public et de pouvoir échanger. Le village est complètement fermé au public, le projet se poursuit quand même, c’est le sculpteur Stéphane Munoz qui réalise cet élément. 

"Je n'avais pas envie de faire une casquette en carbone, c’est un truc qui ne me convient pas. Je comprends très bien tous ces aspects technologiques, vitesse, course à la victoire, je respecte tout cela. Je pense qu’il est temps maintenant de passer à autre chose et de dire que sur nos bateaux, on a encore besoin de les construire de manière sophistiquée, mais il y a quand même un énorme pas à faire concernant les éléments non structurels comme les casquettes, les coffres, les bannettes. Là, je suis à l’intérieur du bateau, il y a une multitude de choses que l’on peut faire autrement qu’en carbone qui est dégueulasse pour la planète !" confirme Sébastien Destremau.
La cabine du bateau "Merci" de Sébastien Destremau, Vendée Globe 2020
La cabine du bateau "Merci" de Sébastien Destremau, Vendée Globe 2020 © Sébastien Destremau

Les secrets de fabrication de la casquette

Stéphane Munoz est cartonniste dans le Lot-et-Garonne. Il sculpte dans du carton, principalement des meubles et des objets de décoration ou des sculptures. "Pendant le confinement, Sébastien m’a demandé si je pouvais lui faire une maquette de son bateau en carton pour occuper les enfants. Après une heure de conversation nous sommes partis sur la réalisation d’une casquette en carton pour son bateau." 

Stéphane poursuit : "Moi, comme je connais rien au milieu marin, je pensais que c’était une casquette pour mettre sur la tête et je ne comprenais pas trop la démarche, alors il m’a expliqué à quoi servait une casquette sur un bateau et j’ai dit d’accord, ça doit être faisable."

Une entreprise à côté de Nantes, à La Chevrolière, "DS Smith" lui donne le carton, il se lance dans l’aventure. Un défi pour réaliser cet élément en une semaine, avec l’aide de son fils lycéen, une pièce pas forcement simple pour répondre aux contraintes. 
"Le pari, c’est de résister à l’humidité. Une fois que la structure va être terminée nous allons résiner l’ensemble dessus et dessous pour pouvoir imperméabiliser la structure. Le pari, il est là, le carton, c’est très solide, j’ai fait des poutres triangulées, j’ai roulé dessus en voiture et cela n’a pas bougé."

Au final, la pièce va faire 50 kilos, pour une taille de 3 mètres par 3,6 mètres, elle va être ensuite collée au bateau. Au total 200 m2 de carton et seulement 25 Kg de résine et de colle de produit qui n’est pas très propre, soit 2 % du volume total.
Stéphane Munoz et le skipper Sébastien Destremau examinent la construction de la casquette en carton.
Stéphane Munoz et le skipper Sébastien Destremau examinent la construction de la casquette en carton. © Sébastien Destremau
"Nous, on a choisi de faire ce symbole de faire une casquette en carton, ça me permet de me protéger, de voir combien de temps cela va tenir, je n'ai pas l’ambition de faire la totalité du Vendée Globe avec cette casquette, je ne pense pas, maintenant cela serait une superbe surprise si elle tient tout le voyage" explique le skipper Sébastien Destremau.

Et si la casquette ne tient pas, est-ce que cela risque d’être une grosse gêne pour la suite de la course ?

"Non, j’étais prêt à partir sans ! Simplement je me mouillerai plus si jamais elle ne tient pas, ce n'est pas un problème, tant pis, on n'est pas fait en sucre. On arrivera à mener ce bateau normalement sans casquette de protection, c’est un élément de confort, superflu. Maintenant, protéger le marin des embruns des vagues, du froid, c’est important mais pas indispensable."

Je ne dis pas qu’il faut faire des bateaux en carton, mais il est temps peut-être de réfléchir un peu mieux et d’avancer vers le biosourcé. Avec la vitrine du Vendée Globe, on a besoin de montrer un exemple.

Sébastien Destremau


Une démarche globale éco-responsable 

Sur son bateau avec sa casquette en carton, les voiles sont en tissu et non pas en tissu carboné. Il y a un moteur électrique (seulement deux concurrents) et la compensation carbone (la compensation carbone consiste à essayer de contrebalancer ses propres émissions de CO₂ par le financement de projets de réduction d'autres émissions de carbone). Son bateau "Merci" va également s’associer avec l’association "Pure Océan", une fondation qui fait de la recherche scientifique pour la protection de l’océan. Il lance aussi une campagne de financement.

Les skippers sont en première ligne pour observer ces océans qu’ils vont parcourir. Pour cette édition du Vendée Globe, des volontaires ont été sollicités pour larguer des balises satellites scientifiques en mer, dont le but est de faire des relevés pour étudier, entre autre, l’effet du réchauffement climatique. Mais Sébastien n'a pas donné suite.

"Moi, j’ai refusé ! Autant, je ne refuse pas le fond de la recherche scientifique, je ne le refuse pas du tout, par contre, il a deux choses que je refuse dans ce process, c’est que ces balises sont irécupérables et il y a 12 000 balises dans l’océan. Le Vendée Globe va en larguer 14 et on en va faire tout un foin sur ces balises. Avant hier encore, on m’a proposé d’emmener une balise et j’ai dit non, je refuse le geste. Je comprends très bien et je soutiens le fond de l’histoire mais il faut que ces balises, un elles soient récupérables et deux il faut pas montrer qu’on les balance." 
 

 "On n'a pas le droit de jeter quoi que ce soit à la mer"

Sébastien Destremau poursuit :  "Jeter quelque chose à la mer, c’est un geste qui aujourd’hui nous est interdit. Le geste de balancer cela à l’eau et de le montrer sur les réseaux sociaux et après on va s’en gargariser ! Moi ça me parait être un message complètement foireux. On n'a pas le droit de jeter quoi que ce soit à la mer, c’est dans les règles et puis c’est dans les esprits aussi. Les trois quarts des concurrents, si ce n’est pas tous, prônent des messages de défense de l’océan, de protection, de machins, de trucs et on montre le geste que l’on balance un truc à la mer, je trouve cela atroce. Vous voyez le grand écart que l’on fait ?" 

Quand on me donne comme argument que cela améliore la météo pour que les gens aillent encore plus vite autour de la terre, pardon, mais moi ça ne me parle pas. Je ne fais pas le Vendée Globe pour tourner le plus vite possible, je respecte et admire ceux qui on envie de le faire comme ça, mais moi ce n'est pas mon truc ! 

Sébastien Destremau, skipper de Merci

Cette démarche environnementale lui tient à cœur et ne date pas d’aujourd’hui, son ancien bateau avec lequel il a fait le Vendée Globe en 2017 a été reconverti en cargo à voile. Ce bateau, qui ne peut plus faire la course, sert à convoyer maintenant des épices, il s’appelle désormais "Terres exotiques". 

Sébastien espère qu’avec ce nouveau bateau "Merci", il va pouvoir faire bouger les lignes vers une démarche de construction plus éco-responsable et offrir un petit mieux pour la planète.
 
Biographie de Sébastien Destremau
1964 : naissance à Plancoët
1987 : 1er titre de Champion du Monde
1992 : campagne olympique pour les
Jeux de Barcelone
1993 : 1ère campagne America’s Cup
1998 : remporte la Sydney-Hobart
2009 : crée le Journal Destopnews
2010 : 5ème campagne America’s Cup
2012 : lance le VirtualRegattaNews Grand reporter pour Nautical Channel
2015 : vend ce qu’il possède et achète son bateau pour le Vendée Globe
2016 : première victoire en solitaire, la
Calero Solo Transat
2017 : termine 18ème et dernier du
Vendée Globe
Il publie «Seul au Monde», XO Editions
2018 : invité par le Vatican, il rencontre le Pape François
Il termine second de la Route du Rhum
2019 : élu «Sportif varois de l’année» par les lecteurs de Var Matin
Sortie du premier tome 1 de la BD «Seul au Monde» (Glenat)
Il enregistre la version audio de «Seul au Monde» (Lizzie)
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