Bretignolles-sur-Mer : un projet alternatif d'aménagement de la zone littorale en lieu et place d'un port de plaisance artificiel

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Écrit par Sandrine Gadet

Un collectif de 70 citoyens, a travaillé pendant huit mois à l'élaboration d'un projet d'aménagement de la zone de la Normandelière. Celle-là même qui avait été pressentie, il y a 20 ans, pour construire un port de plaisance de 900 anneaux.

Il y a un an, le projet de port de Brétignolles était définitivement enterré par les élus de l'agglomération de Saint-Gilles-Croix-de-Vie. Une décision qui mettait un terme à vingt ans de débats houleux.

Ce projet controversé, dénoncé et contesté par une partie de la population, faisait la part belle à la construction, au béton, à l'effacement d'un paysage de bocage et de marais.

Il s'agissait de construire 900 places de port, un pont, de détruire la dune, de créer un chenal, de sacrifier une carrière d'eau douce et de couper une plage familiale immense en deux pour privilégier l'activité de plaisance.

"Suite à cet abandon, le maire de Brétignolles, Frédéric Fouquet a ouvert une concertation sur l'aménagement du site explique Martine Luce, vice-présidente de l'association la Vigie, opposante historique au projet de port. Nous avons saisi cette opportunité pour plancher sur un projet qui respecte la biodiversité et notre environnement".

Un projet diffusé sous la forme d'un diaporama commenté sur la plateforme Youtube

"un projet né de l'intelligence collective"

Soixante-dix personnes, toutes bénévoles, architectes, paysagistes, ingénieurs agronomes, forestiers ou généralistes, hydrogéologues, agriculteurs, spécialistes du nautisme (architecture ou navigant), infographistes, entrepreneurs, universitaires, infirmiers, professeurs des écoles ont ensemble réfléchi à l'avenir du site. Certains résident à l'année sur la côte vendéenne, d'autres non. Mais tous ont en commun, le sentiment de côtoyer un paysage d'exception qu'il s'agit aujourd'hui de protéger tout en le valorisant.

C'est le cas de Pierre-Marie Tricaud, urbaniste paysagiste qui s'est investi dans le collectif.

"Le paysage de la Normandelière a quelque chose d'unique...quand vous venez des Sables d'Olonne par la route, vous voyez la campagne, le bocage en lien direct avec la mer. C'est assez rare en Vendée où la vue sur mer est généralement bouchée par des constructions. Ici, la campagne touche la côte et puis il y a des marais, des prairies, une grande plage familiale...c'est toute cette biodiversité que le projet prend en compte".

Dans le cas présent, pas de béton mais des passerelles en bois. Pas de chenal ou de port creusé, mais la réhabilitation du plan d'eau situé juste derrière la dune. Il avait été asséché par les promoteurs de l'ancien projet en vue des travaux. Le collectif propose de le remettre en état, de revégétaliser ses abords pour y accueillir promeneurs et pique-niqueurs.

"Un peu plus loin, La ferme de la Normandelière pourrait servir de gite d'étape pour les voyageurs de la  Vélodyssée poursuit Martine Luce et accueillir un centre d'interprétation pour découvrir la richesse géologique et naturaliste présente sur le site. Nous aimerions que ce lieu puisse profiter à tous les usagers, les cyclistes, les pêcheurs, les baigneurs, les randonneurs...mais notre principale préoccupation c'est la protection du trait de côte, de la dune".

D'autres axes de réflexion ont émergé pour valoriser la quarantaine d'hectares de terrains : créer une zone agronomique pour étudier les cultures de demain, réintroduire des races animales anciennes, construire une via ferrata dans la carrière d'eau douce qui pourrait aussi accueillir des initiations à la plongée, proposer un espace de petite restauration aux abords de la ferme.

Ce projet n'a pas été chiffré, "nous l'avons élaboré dans une perspective de développement durable, il est réversible et modifiable. Il a été conçu pour être relativement modeste et n'implique que des aménagements simples, indique encore Pierre-Marie Tricaud, son objectif est principalement de créer un réseau de cheminements doux pour découvrir le site en rétablissant les chemins qui existaient auparavant dans la campagne". 

La réaction du maire

Interviewé par nos collègues ce dimanche 26 juin, au lendemain de la diffusion de la première version de cet article, le maire de Brétignolles Frédéric Fouquet a estimé que ce film reprenait des pistes de d'aménagements déjà évoqués et n'y voit donc rien de totalement nouveau si ce n'est qu' ''il manque l'axe plaisance, la pérennisation de la plaisance. Pour moi cette proposition ne correspond pas aux enjeux" dit-il.

Pour l'élu, la plaisance doit devenir un pôle d'attractivité incontournable pour la commune . "Elle doit être au cœur de ce projet aussi. Parce qu'à Brétignolles la plaisance remonte à des dizaines d'années quand nos grands-parents allaient à la pêche en mettant leurs bateaux à l'eau ici" .

La majorité municipale n'a donc pas abandonné le projet de port initié et porté par Christophe Chabot lors de ses précédentes mandatures.

Frédérique Fouquet comme son prédécesseur estime que l'économie brétignollaise a besoin d'un port.

En octobre dernier, il avait d'ailleurs évoqué la construction à la Normandelière, d'un port communal de quelques 450 anneaux. Un projet certes plus modeste que celui qui a nourri les débats et les controverses pendant vingt ans...mais un projet de port artificiel tout de même.

Problème : la commune n'a pas de compétence portuaire. Frédéric Fouquet l'assure pourtant : "notre sujet c'est la plaisance et on travaille sur tous les aspects techniques et juridiques qui peuvent nous permettre d'avancer".