Coronavirus : sur le site de La Roche-sur-Yon, l'usine Michelin rouvre pour mieux fermer

Elle doit fermer ses portes d'ici la fin de l'année. Fermée au début du confinement, l'usine Michelin de la Roche-sur-Yon a rouvert le lundi 4 mai. Il s'agit uniquement de vider les stocks, démonter les machines, et préparer le reclassement des salariés.

C'était le 10 octobre dernier, la direction du groupe annonçait la fermeture de l'usine de La Roche-sur-Yon.
C'était le 10 octobre dernier, la direction du groupe annonçait la fermeture de l'usine de La Roche-sur-Yon. © France Télévisions Fred Grunchec
Une rupture brutale au lieu d'une sortie en pente douce. Sur le site Michelin de La Roche-sur-Yon, le confinement a provoqué l'arrêt total des chaînes de pneus poids lourds, alors que la production aurait dû se poursuivre jusqu'à l'été.

"On commençait à manquer de compétences pour faire tourner l'usine, car certaines personnes, notamment dans les métiers de maintenance, étaient déjà parties ailleurs" explique Laurent Feuillet, directeur des ressources humaines du site de La Roche-sur-Yon, qui reconnaît aussi l'aspect économique, le niveau de commandes jugé insuffisant pour relancer l'usine sur une courte période..

Ce lundi 4 mai, les premiers salariés sont revenus à l'intérieur du site de production, mais uniquement pour faire le grand ménage avant la fermeture définitive. Vider les fluides dans la chaufferie, charger toutes les matières premières sur des palettes pour les mettre à la benne ou pour les envoyer vers d'autres sites du groupe Michelin, démonter des machines.
 

La CGT dénonce le risque de contamination

Il n'est plus guère question de fabriquer des pneus. "A la CGT, nous sommes totalement contre cette réouverture. Vider l'usine, cela pouvait attendre quelques semaines ! Pour prendre un peu d'avance, la direction fait courir aux salariés le risque d'une contamination au Covid 19", fulmine Anthony Guilloteau, délégué syndical CGT.

Il est d'autant plus inquiet que la semaine précédente, sur le site de Montceau-les-Mines, un salarié a été détecté positif au Covid, à l'hôpital après une rupture d'anévrisme survenue à son domicile.

" Alors que 43 personnes avaient travaillé avec lui dans l'atelier dans les jours précédents, aucun dépistage n'a été organisé par la direction" s'inquiète le responsable syndical. La direction affirme de son côté avoir évalué les risques, et aborder cette reprise dans le cadre d'une formation renforcée au protocole sanitaire.
 

Des reclassements plus incertains

A partir du 11 mai, le site Michelin de La Roche-sur-Yon verra surtout passer les salariés en cours de reclassement. Ceux qui ne disposent pas d'un accès internet reviendront plusieurs heures par semaine pour rencontrer les consultants mandatés par la direction, et accéder, au calme, à des ordinateurs pour mener leurs recherches d'emploi ou de formation.

Des ateliers collectifs sont également prévus à partir de l'automne. Puis, ce sera le congé de reclassement, 12 à 18 mois pour mener une formation, une validation des acquis, ou continuer à chercher un emploi.

Là aussi, la crise du Covid soulève de nombreuses inquiétudes. Sur 619 salariés, près de 200 semblent déjà avoir des pistes pour l'avenir. Pour les autres, le virus et le confinement ont assombri les perspectives d'emploi.

"Le maire, la direction, tout le monde vantait un territoire qui ne connaît pas la crise, avec des entreprises qui recrutent. Mais quand on regarde les annonces, la plupart des emplois sont dans l'agro-alimentaire tellement mal payés qu'ils n'annoncent pas leur taux horaire. La pandémie risque aussi de changer la donne" explique Anthony Guilloteau, qui a prévu à partir du 11 mai, de rencontrer un maximum de salariés sur le site.

Avec le confinement, les syndicats avaient perdu le contact avec les salariés, à un moment crucial puisqu'on signait le PSE, plan de sauvegarde de l'emploi qui définit notamment le montant des indemnités pour les personnes qui seront licenciées.

"On n'est pas du tout revenus sur le site, nous avons juste des réunions par téléphone ou en visioconférence. Même à la reprise, on ne croisera pas grand monde", précise Fabien Tessier, délégué syndical Force Ouvrière.

De son côté, la direction rappelle un geste fort : le maintien du salaire complet, pour tous, plutôt que le chômage partiel, une décision prise dès le début du confinement.
 

Une machine envoyée en Espagne

La reprise de l'activité marque aussi le début du démontage d'un des derniers investissements de l'usine, un robot qui fabriquait des tringles pour les pneus, et qui sera envoyé sur le site d'Alexandria en Espagne.

"Alors qu'on envoyait aussi ces pièces en France, sur le site de Montceau-les-Mines. On aurait pu leur envoyer. La direction a préféré délocaliser. En fait, tout continue comme avant", conclut, désabusé, Anthony Guilloteau.

 
Où en sont les 619 salariés du site Michelin
  • 55 mobilités internes ont été actées. Certaines de ces personnes ont déjà pris leur poste sur d'autres sites Michelin.
  • Une quarantaine de personnes sont en congé sans solde le temps d'effectuer une période d'essai pour un nouveau travail en CDI.
  • Une cinquantaine de personnes ont des projets à l'extérieur. Pour la moitié, il s'agit d'un travail en CDI, pour d'autres, d'entamer une formation, et pour 4 personnes, d'une création d'entreprise.
  • 70 personnes peuvent prétendre à un départ en pré-retraite. La moitié ont déposé une demande.
  • Plusieurs personnes ont vu leurs projets de mobilité interne stoppés nets par le confinement, aucune visite de site n'étant plus possible durant cette période.
  • Restent près de 350 personnes qui n'ont pas encore de perspectives professionnelles après la fermeture du site, à la fin de l'année.
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