Les Lucs-sur-Boulogne en Vendée : une concentration sauvage d'une centaine de chiens dénoncée par plusieurs associations

La situation durerait depuis plusieurs années selon différents témoignages. Aux Lucs-sur-Boulogne, un homme a accumulé sur un terrain clos de haies environ une centaine de chiens qui se reproduisent entre eux et vivent dans des conditions déplorables.
Il y aurait sur ce terrain, en liberté, une centaine de chiens dont l'état de santé est très inquiétant.
Il y aurait sur ce terrain, en liberté, une centaine de chiens dont l'état de santé est très inquiétant. © association Stéphane Lamart

"Quand on revient de ce lieu, sans donner dans la sensiblerie, on en a les larmes aux yeux."

Cette réaction est celle d'un membre d'une des associations de défense animale qui ont été alertées sur cette situation. 

Au nord-ouest des Luc-sur-Boulogne, sur la route de Legé, en Vendée, un homme a amassé sans doute plus d'une centaine de chiens sur une parcelle entourée de cultures, à l'écart de la commune. Des chiens qui sont probablement, a constaté un vétérinaire, issus d'une même lignée.

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"J'ai vu des chiens avec des yeux crevés"

L'homme, un septuagénaire, n'est pas déclaré comme éleveur et d'ailleurs, les chiens vivent dans des conditions déplorables. Ce sont plusieurs associations qui, alertées, viennent nourrir les pauvres bêtes infestées de parasites. 

"Il y a des chiens morts, a constaté Cati Phister, une enquêtrice de l'association Stéphane Lamart (de défense des animaux) qui est venue plusieurs fois apporter de la nourriture. On leur apporte aussi de l'eau parce que c'est l'eau d'un étang tout proche qui sert à abreuver les chiens qui meurent, empoisonnés par les cyanobactéries. J'ai vu des chiens avec des yeux crevés, des pattes en moins."

Le tableau qui est fait des lieux est sordide. Une parcelle au bout d'un chemin, quasi inaccessible, laissée à l'abandon. A l'intérieur, décrivent ceux qui ont pu y aller, il y aurait un mobile home, peut-être une cabane, et des chiens, beaucoup de chiens. 

Les chiens sont apparemment tous issus de la même lignée.
Les chiens sont apparemment tous issus de la même lignée. © Association Stéphane Lamart

"C'est totalement illégal, c'est inadmissible de voir ça, s'insurge un voisin. Ce terrain était très beau et très bien entretenu avant qu'il ne s'y installe. Je n'y mets jamais les pieds, c'est inaccessible. J'avais averti la mairie il y a plusieurs années, ils n'ont rien fait. Ça finira mal." Plus que la situation des animaux, ce qui inquiète ce voisin, c'est le risque d'incendie. 

Le septuagénaire qui vit au milieu de ces chiens est connu pour avoir déjà été signalé à des associations de défense des animaux. Selon une de celles qui suivent cette affaire, il avait déjà abandonné par le passé des chiens morts alors qu'il vivait dans d'autres communes de Vendée. Plusieurs dizaines de ses chiens auraient déjà été confiées à différents refuges.

"Ça fait 50 ans que j'ai toujours eu entre 40 et 70 chiens", affirme le propriétaire de 71 ans. Il se présente comme un inventeur, qui vit dans les bois avec ses chiens depuis 2007 : "J'ai créé un produit qui attire les chiens, pour qu'ils aillent faire leurs besoins à l'endroit où a été dispersé le produit. J'ai besoin de 80 chiens pour faire les démonstrations et prouver l'efficacité de cette invention." L'homme affirme par ailleurs avoir été appelé par l'Elysée vendredi 2 juillet "ils ont dit qu'ils allaient faire toutes les vérifications et s'occuper de l'affaire", raconte t-il.

Le syndrome de Noë

S'agit-il du syndrome de Noë, cette maladie mentale qui conduit celui ou celle qui en est victime a accumuler les animaux dans l'espoir (fantasmé) de les sauver ? On a ainsi vu des personnes vivant au milieu de dizaines de chats dans un appartement. Mais dans le cas de figure des Lucs-sur-Boulogne, ce ne sont visiblement pas des animaux trouvés sur la voie publique et recueillis.

Ces chiens se reproduisent entre eux sans aucun contrôle. A deux portées par femelle et par an, l'homme a sans douté été dépassé par la situation, peut-être sans en avoir conscience lui-même.

"Ce qu'on veut, c'est mettre fin à cette situation de maltraitance, dit une autre association qui a souhaité s'exprimer anonymement. Ce qui nous importe c'est le sort des animaux. les poursuites pénales contre l'auteur, on s'en fout."

Contactée, la Direction Départementale de la Protection des Populations de Vendée confirme qu'elle a été saisie. "Il y a une procédure tant sur le plan judiciaire qu'administratif, nous a-t-on dit. Des constats ont été faits sur place par le service santé et protection animale. La procédure, si elle aboutit, pourrait donner lieu à une saisie judiciaire et un placement."

Une enquête de la SPA

Au moins une plainte a été déposée. La SPA s'y intéresse également de près. "On nous a fait un signalement, nous confirme l'association. Un délégué enquêteur est allé voir sur place et a transmis son rapport à la Direction Départementale de la Protection des Populations." Mais l'association ne nous a pas communiqué ce rapport.

"Il faut faire quelque-chose, Les services vétérinaires ont été laxistes pendant des années. On ne peut pas laisser perdurer la situation."

Stéphane Lamart

L'affaire est sensible car il faut aussi s'inquiéter pour le septuagénaire. " Il vit sur un terrain, sans eau, sans électricité, sans sanitaire, déclare un témoin. C'est incroyable qu'on puisse laisser quelqu'un vivre comme ça."

Quand à la centaine de chiens, il va falloir trouver où les placer. "Toutes les associations qui ont été alertées se sont engagées à prendre des animaux nous a affirmé l'une d'elles, tout en précisant que ce ne sera pas simple. A cette période de l'année, c'est le moment où il y a le plus d'abandons. Ça coûtera un bras !"

Une décision de justice indispensable avant toute placement

Mais pour placer les animaux, il faudra une décision de justice. Au parquet de la Roche-sur-Yon, on confirme également qu'une enquête est en cours suite à une plainte déposée par l'association de défense des animaux Stéphane Lamart. Enquête confiée à la gendarmerie du Poiré-sur-Vie. 

"Il faut que l'enquête soit terminée, que les animaux soient saisis pour pouvoir être placés, explique la procureure de la République de La Roche-sur-Yon. On est pour l'instant sur une enquête pour mauvais traitements et actes de cruauté sur animaux."

Le maire, inquiet, va saisir la préfecture de Vendée

Ce mardi matin, une réunion était organisée à la mairie des Lucs-sur-Boulogne. Plusieurs associations étaient présentes autour de la table ainsi qu'un représentant de la gendarmerie, des services sociaux, les services vétérinaires, également le propriétaire du terrain car celui-ci est occupé illégalement et, bien sûr, le maire Roger Gaborieau ainsi que sa première adjointe, Dominique Pasquier.

Lors de cette réunion, on s'est autant inquiété pour les animaux que pour cet homme qui vit dans des conditions misérables mais qui refuse toute aide. Alors que les associations souhaitent une intervention rapide, les services sociaux préfèreraient visiblement attendre que le septuagénaire se sépare volontairement de ses chiens.

"C'est un dossier extrêmement délicat que l'on suit depuis plusieurs mois voire quelques années, reconnaît le maire Roger Gaborieau. La situation se dégrade puisque le nombre de chiens devient de plus en plus conséquent et la situation de cet homme de plus en plus précaire. J'ai alerté l'ensemble des services de l'Etat il y a déjà plusieurs mois. Je vais appeler M. le Préfet dès cet après-midi. Je m'en remets aux organismes de tutelle pour nous aider à apporter une solution. Il faut qu'on trouve une solution humaine pour lui et une solution pour les animaux."

Mais faut-il attendre alors que les chiens continuent de se reproduire et de souffrir de leurs conditions de vie ? Entre les lignes, on craint apparemment la réaction de cet homme, décrit comme potentiellement violent.

Le propriétaire des chiens assure assure les nourrir en se faisant livrer des croquettes et en leur donnant de la viande bouillie, du riz, des carottes et des pâtes. Selon une des associations présentes ce mardi matin, il faudrait une tonne de croquettes par mois pour nourrir le meute. "Il faudrait que les plaintes s'accumulent pour forcer les pouvoirs publics à agir" se désole Cati Phister.

 

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