Vendée Globe 2020 : Armel Le Cléac'h, François Gabart, Michel Desjoyeaux, regards croisés de trois anciens vainqueurs

Ils ont tous trois gagné le Vendée Globe. Armel Le Cléac'h, François Gabart et Michel Desjoyeaux nous ont confié leurs impressions sur le départ à huis-clos, leurs pronostics et partagent quelques souvenirs marquants de cette course en solitaire autour du monde.
François Gabart, Armel Le Cléac'h, Michel Desjoyeaux, le 7 novembre 2020 aux Sables d'Olonne
François Gabart, Armel Le Cléac'h, Michel Desjoyeaux, le 7 novembre 2020 aux Sables d'Olonne © France Televisions - Eléonore Duplay
Des pontons vides là où l’effervescence est à son comble la veille d’un départ, ce Vendée Globe est décidément particulier.

"Il y a 8 ans, 4 ans c’était difficile la veille du départ, à 24h et quelques minutes du départ. Être ici avec aussi peu de monde c’était peu probable", reconnait François Gabart, vainqueur du Vendée Globe 2016.

"Ce n’est pas tout à fait ce qu’on avait l’habitude de voir lors du départ du Vendée mais bon il faut s’adapter. C’est un peu le propre du marin de s’adapter aux circonstances", affirme de son côté Michel Desjoyeaux, double vainqueur du Vendée Globe (éditions 2000 et 2008).

"Pour les bizuts, il y a probablement de la déception parce qu’il n’y a pas cette effervescence très populaire comme en temps normal", poursuit François Gabart.
François Gabart, le 7 novembre 2020 aux Sables d'Olonne
François Gabart, le 7 novembre 2020 aux Sables d'Olonne © France Televisions - Eléonore Duplay
"Si j’étais à leur place, je serais un peu déçu de ne pas vivre cette émotion, ce partage avec le public, dit Armel Le Cléac’h, vainqueur du dernier Vendée Globe, pour certains, ce sera peut-être plus facile parce qu’ils ne seront pas submergés par tout ça et ils seront peut-être plus facilement concentrés sur le départ". 


Dans leur bulle

"Etre confinés depuis une semaine à la limite ce n’est pas plus mal, comme ça on se met dans la bulle un peu plus facilement, estime Michel Desjoyeaux, c’est un peu ce qui va leur arriver pendant trois mois, donc d’une certaine façon on prend un petit peu d’avance."

"Les skippers, confinement ou pas confinement, ils sont un peu dans leur bulle de toutes façons dans les jours qui précèdent leur départ, renchérit François Gabart, après ça ne veut pas dire qu’ils n’ont pas beaucoup d’interactions avec leur public".

Ce confinement, "c’est à la fois difficile mais c’est aussi une chance pour eux de pouvoir être préservés de toutes les sollicitations qui peuvent être nombreuses la première semaine".


Triste mais magique

"La magie est toujours là et surtout la course elle part et ça dans la situation dans laquelle on est, avoir un évènement de cet ampleur qui marche, qui fonctionne, je pense que tous les marins peuvent s’en réjouir", explique François Gabart.

"C’est un départ qui va être assez triste, les dernières heures sur les pontons, ici aux Sables d’Olonne et puis demain la descente du chenal sans public, sans ambiance, un départ un peu particulier, temporise Armel Le Cléac’h, qui précise quand même que "maintenant la course sera la même à partir de 13h02".

"Ceux qui vont être les mieux servis, c’est ceux qui habitent là autour. D’habitude, ils étaient envahis le jour du départ, là ils vont pouvoir en profiter pleinement, se réjouit Michel Desjoyeaux pour les riverains du chenal qui seuls, verront défiler les bateaux de leur fenêtre".
Michel Desjoyeaux, , le 7 novembre 2020 aux Sables d'Olonne
Michel Desjoyeaux, , le 7 novembre 2020 aux Sables d'Olonne © France Televisions - Eléonore Duplay
350 000 personnes étaient présentes lors du départ de la précédente édition le 6 novembre 2016, notamment le long du chenal des Sables-d'Olonne.
 
Quant aux marins, "ils vont se débrouiller de ça", dit le Professeur. "Quand on quitte les Sables pour aller au départ du Vendée, on est déjà dans sa course, très concentré. On joue le jeu, on fait coucou, bye-bye mais je crois qu’on n’est pas en adéquation avec le public, moi je ne l’ai pas vécu comme ça".


Les pronostics

Pour cette édition 2020, ces trois anciens vainqueurs du Vendée Globe ont partagé leurs pronostics. Ayant aidé à développer l'un des bateaux avec sa société Mer Concept, basée à Concarneau, François Gabart reconnaît manquer d'objectivité .

"Avec mon équipe j'ai travaillé sur la conception et le développement d'Apivia, j'espère évidemment que ce bateau va briller. Est-ce que c'est le favori ? Je n'en sais rien. En tout cas, c'est mon favori et je le soutiens. Après, ils sont nombreux à pouvoir jouer la gagne et la course va être fabuleuse à suivre."

Arrivé en tête en 2017, Armel Le Cléac'h songe bien sûr à Jérémie Beyou et Alex Thomson : "Ils étaient sur le podium avec moi il y a quatre ans. Ils ont vraiment l'envie de gagner ce Vendée Globe." Le skipper a aussi une pensée pour son copain d'enfance, Nicolas Troussel, avec qui il a tiré ses premiers bords dans la baie de Morlaix : "Avec lui, j'ai beaucoup appris, beaucoup navigué. C'est son premier Vendée Globe et il peut créer une belle surprise."
Armel Le Cléac'h , le 7 novembre 2020 aux Sables d'Olonne
Armel Le Cléac'h , le 7 novembre 2020 aux Sables d'Olonne © France Televisions - Eléonore Duplay
Quant à Michel Desjoyeaux, s'il trouve que l'édition est très ouverte, il rêve de voir une victoire de Samantha Davies. 

"Elle n'a pas forcément le meilleur bateau, ce n'est pas forcément la plus rapide. Mais elle est toujours là, elle revient, dans la durée. Elle est très constante, elle est toujours de bonne humeur, très enthousiaste. C'est une de ses grandes qualités, surtout sur une course longue comme celle-là."

Le profil de Samantha Davies, une Britannique, lui rappelle également celui d'Ellen Mc Arthur, qui aurait pu être à 24 ans, la plus jeune à remporter une édition du Vendée Globe s'il ne lui avait pas soufflé la victoire : "Il y a un petit malin qui s'est pointé 24 heures avant elle dans le port des Sables-d'Olonne, ce qui n'a pas permis qu'une femme anglaise, jeune, gagne le Vendée Globe. Peut-être qu'on le verra sur cette édition. En tout cas, ça me ferait très plaisir pour Samantha."
 

"Une intensité dingue"

De cette course que l'on a surnommé l'Everest des mers, tous, ont gardé des souvenirs marquants. François Gabart retient surtout les émotions très fortes de l'arrivée et du départ : "Quand on largue les amarres et quand on retrouve la terre, ça reste une intensité qui est juste dingue."

Pour Armel Le Cléac'h, le meilleur souvenir, c'est la victoire, en janvier 2017. "Dix ans à tourner autour du Vendée Globe, trois éditions, trois arrivées et bien sûr la victoire au bout. C'était vraiment magique !"

Et même si le Vendée Globe est une course difficile, il a été profondément marqué par l'accident de Yann Eliès, qui pendant l'édition 2008, avait passé trois jours paralysé, la jambe cassée, des vertèbres abîmées et le bassin fêlé, après avoir été éjecté du bateau suite à un choc violent survenu en pleine nuit, dans une mer à zéro degré.

"Moi j'étais concurrent, on était très proches à ce moment-là, sur l'eau. On avait à peu près le même parcours : c'était notre premier Vendée Globe, on était issu du circuit Figaro. J'ai appris ce qui lui était arrivé en mer, ça m'avait beaucoup marqué."

Michel Desjoyeaux se souvient lui de son problème de démarreur, le jour de l'an en 2001, à bord de PRB, qui aurait pu lui coûter la victoire s'il n'avait résolu l'avarie.

En 2008, il garde aussi le souvenir d'une nuit où il a eu très peur quand le safran est passé sous le bateau. "S'il avait fallu finir avec un seul safran, j'aurais pu aller jusqu'aux Sables-d'Olonne, mais je pense que j'en aurais vraiment bavé."

Et, presque autant que ses deux victoires du Vendée Globe, Michel Desjoyeaux dit avoir apprécié la solitude, les décisions assumées seul en mer : "La mer, c'est un endroit où on ne peut pas se mentir, surtout quand on est en solitaire. On est face à soi-même d'abord avant d'être face aux éléments et face aux concurrents."

Alors que le monde est aujourd'hui confronté à la pandémie du Covid 19, il trouve que nous aurions sans doute quelque chose à apprendre des marins : "C'est facile de se dire que c'est la faute des autres lorsque ça se passe mal. Mais si tout le monde fait des efforts individuellement, le collectif sera beaucoup plus fort."

> L'interview de François Gabart
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