Tempête Xynthia : la catastrophe du 28 février 2010 en quatre étapes

À la Faute-sur-Mer ceux qui n'ont pas survécu à la tempête Xynthia ont pour la plupart lutté, parfois longtemps, avant de succomber à la noyade dans la nuit du 27 au 28 février 2010 ont indiqué les experts au troisième jour du procès aux Sables-d'Olonne / © Franck Perry / AFP
À la Faute-sur-Mer ceux qui n'ont pas survécu à la tempête Xynthia ont pour la plupart lutté, parfois longtemps, avant de succomber à la noyade dans la nuit du 27 au 28 février 2010 ont indiqué les experts au troisième jour du procès aux Sables-d'Olonne / © Franck Perry / AFP

Les quatre étapes de la catastrophe qui a fait 29 morts à La Faute-sur-Mer en février 2010, lors de la tempête Xynthia, jusqu'à l'arrêt de la Cour d'appel de Poitiers, prononcé demain, le 4 avril 2016.

Par AFP - éditing Claude Bouchet

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Tempête Xynthia : décision lundi 4 avril au procès en appel des anciens élus de La Faute-sur-Mer
Les anciens élus de La Faute-sur-Mer (Vendée) seront-ils à nouveau condamnés à de la prison ferme? La cour d'appel de Poitiers se prononce lundi sur leurs responsabilités dans la mort de 29 personnes sur la commune lors du passage de la tempête Xynthia en 2010. - France 3 Pays de la Loire - José Guédes


La tempête

Dans la nuit du 27 au 28 février 2010, combinant vents violents et forts coefficients de marée, la tempête Xynthia fait 47 morts en France. On en comptera 29 à La Faute-sur-Mer, principalement des personnes âgées et des enfants. Dans cette commune, des lotissements ont été construits sur des zones jusque-là réputées inondables, y compris une cuvette située sous le niveau de la mer, rebaptisée après la tempête "cuvette mortifère", où sont mortes une grande partie des victimes.

En quelques minutes, en pleine nuit, les flots envahissent les maisons jusqu'à plus de deux mètres de haut. Les habitants qui le peuvent se réfugient sur les toits mais d'autres restent bloqués dans leurs maisons sans étage, par les volets électriques rendus inopérants par l'inondation.

L'expropriation

Dès le lendemain, la question des permis de construire en zones submersibles est posée. Cinq semaines plus tard, le gouvernement dessine la carte des "zones d'extrême danger, où il n'est pas acceptable de laisser les habitants se réinstaller". Ce sont les "zones noires", où 1.400 maisons, dont 674 à La Faute-sur-Mer, doivent être rasées. Fin mars, le préfet de la Vendée a exclu que les habitants puissent se réinstaller en zone inondable. Cependant, certains propriétaires et élus refusent, bien que l'Etat promette d'indemniser "totalement", à 250.000 euros par maison en moyenne. Les négociations pour les rachats par l'Etat commencent à la mi-avril 2010 et les premiers rachats sont signés début août.

Plusieurs propriétaires, dans une association, contestent les zones d'expropriation mais ils perdent en justice en janvier 2011. En mars 2011, les destructions commencent. La Cour des comptes parlera cependant de "précipitation" en juillet 2012.

Le premier procès

Dès janvier 2011, la mairie de La Faute est dans le collimateur du juge saisi d'une enquête pour homicides involontaires et mise en danger d'autrui. Une première plainte est déposée en mai 2010 - il y en aura plus d'une centaine au total - et le maire René Marratier, 58 ans, est mis en examen en avril 2011. Le procès s'ouvre le 15 septembre 2014 aux Sables-d'Olonne et le maire, malmené, se décrit comme "petit maire à l'intelligence limitée". Virulente, son adjointe à l'urbanisme Françoise Babin, 70 ans, qui a vendu 114 terrains dont elle était propriétaire, en signant des permis de construire en zone inondable, rejette toute idée de faute.

Le 12 décembre 2014, le maire est condamné à 4 ans de prison ferme, son adjointe à 2 ans fermes et 75.000 euros d'amende. Le jugement leur reproche d'avoir caché le risque d'inondation pour ne pas se priver de la manne financière liée à l'urbanisation. Le fils de l'adjointe, Philippe Babin, agent immobilier et président de la commission de surveillance de la digue, est condamné à 18 mois de prison ferme. Furieux, le maire estime être un "lampiste". Les trois condamnés font appel.

L'appel à Poitiers

La cour d'appel de Poitiers rouvre le dossier le 15 novembre 2015. Cette fois, le maire exprime sa compassion pour les victimes, s'excuse pour ses "failles" et reconnaît "une part de responsabilité". Mais Mme Babin invoque toujours son ignorance du risque et rejette encore la responsabilité sur les services de l'Etat qui signaient aussi les permis de construire. L'accusation requiert à nouveau la prison ferme: quatre ans dont deux fermes pour le maire, deux ans dont quinze mois fermes pour l'adjointe. Dix-huit mois dont la moitié ferme pour Philippe Babin. La décision est mise en délibéré au 4 avril 2016.

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