Barrage de Malpasset : Polémique, scepticisme,et même colère autour de la rumeur de l'attentat

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Arte attribue la catastrophe du barrage de Malpasset, le 2 décembre 1959, à un attentat du Front de libération nationale (FLN), les indépendantistes algériens. Elle s'appuie sur les archives des services secrets est et ouest-allemands.

Par Yves Lebaratoux

2 décembre 1959, la voûte du barrage de Malpasset se fissure et cède. En quelques minutes, une vague de 40 mètres de haut (soit 50 millions de m3 d'eau) déferle dans la vallée du Reyran à 70 km/h; elle dévaste campagnes et fermes. Terrible bilan : 423 morts et disparus.

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La thèse de l'accident avait jusqu'alors été la seule admise et reconnue.
"Le 28 mai 1971, après plusieurs années d'enquêtes judiciaires, la catastrophe fut attribuée à la fatalité, avec un arrêt du Conseil d'État mettant en avant l'emplacement du barrage, construit sur une roche peu homogène, des failles géologiques  "ni décelées, ni soupçonnées"  lors des travaux de sondages et de prospections, et les très fortes précipitations enregistrées lors des semaines précédant le drame. Cependant, les rescapés sont persuadés que tout n'a pas été dit". (Wikipedia)

Une autre cause est donc désormais évoquée, celle de l'attentat :
"Le documentaire historique : Le long chemin vers l'amitié (Allemagne, 2012) impute, quant à lui, la rupture du barrage à un attentat du FLN algérien, que les services secrets allemands savaient en préparation, mais dont ils n'ont pas informé la France". (Wikipedia)

Arte attribue la catastrophe du barrage de Malpasset, à un attentat du Front de libération nationale (FLN), les indépendantistes algériens. Elle s'appuie sur les archives des services secrets est et ouest-allemands. Selon le film, un agent ouest-allemand, Richard Christmann a prévenu sa hiérarchie avant l'attentat, mais l'information n'aurait pas été transmise à la France pour des raisons politiques. Cette nouvelle hypothèse suscite la polémique et même la colère.

Il faut dire que cette thèse réveille de terribles souvenirs. Il y a 3 ans, lors des cérémonies du cinquantenaire de la catastrophe, autour de la stèle commémorative, les familles de victimes pensaient laisser en paix leurs chers disparus. Aujourd'hui, elles éprouvent une légitime souffrance et parlent de "cicatrices qui s'ouvrent à nouveau".
Et puis, elles ne comprennent pas, évoquent "une véritable bombe"; personne auparavant n'avait évoqué cette hypothèse, en dépit des enquêtes longues et minutieuses qui ont été menées pour déterminer les causes du drame. Et ces familles ne sont pas les seules à s'interroger.

L'historien spécialiste de l'Algérie et de la décolonisation Benjamin Stora émet de très sérieux doutes sur l'hypothèse d'un attentat du FLN.

 / © Photo : Bertrand Langlois/AFP
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Cité par nos confrères du monde.fr, Benjamin Stora déclare : "J'ai épluché énormément d'archives policières françaises dans le cadre de mes recherches. Je n'ai jamais trouvé quoi que ce soit sur Malpasset. J'ai discuté longuement avec Mohammed Harbi qui était un des responsables de la fédération de France du FLN. Pas une seule fois il ne m'a parlé d'une telle action. Les Français qui ont soutenu le FLN comme Claude Lanzmann ou François Maspero ont raconté leur vie et n'ont jamais évoqué ce point. Pas plus que ne l'ont fait Henri Curiel ou Francis Jeanson.
Lors du procès du réseau Jeanson [procès des "porteurs de valises" du FLN à partir de septembre 1960], jamais non plus ce fait n'a été évoqué. Il faut aussi se souvenir qu'auparavant, le 25 août 1958, avait eu lieu une vague d'attentats en France, dont l'explosion d'un dépôt pétrolier à Mourepiane [près de Marseille]. Cette action avait provoqué un violent affrontement au sein du comité fédéral du FLN. De nombreux dirigeants regrettaient cet attentat et craignaient qu'il n'aboutisse à une guerre totale.
Il faut être un peu sérieux quand on avance de tels faits. Il faut produire des documents. Il fallait interroger les gens de la fédération de France du FLN, comme Omar Boudaoud ou Ali Haroun. Ils sont encore vivants
."

L'Association du cinquantenaire de la catastrophe et la ville de Fréjus veulent en savoir plus. Elles vont, selon toute vraisemblance, saisir les plus hautes instances de l'Etat et la présidente d'Arte, chaîne qui a diffusé le documentaire.
Arte va devoir pousser ses investigations et apporter des éléments concrets, de nature à étayer cette nouvelle thèse. Le plus vite sera le mieux, par respect pour les vicitmes et leurs familles.

Lire également : "Un attentat pourrait être à l'origine de la catastrophe du barrage de Malpasset, selon Arte" : http://cote-d-azur.france3.fr/2013/01/25/un-attentat-pourrait-etre-l-origine-de-la-catastrophe-du-barrage-de-malpasset-187629.html

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