Les Corses réagissent à la décision de Bruxelles

La torpille lancée par la Commission européenne contre la SNCM, accusée d'avoir indûment perçu des aides publiques dont le remboursement pourrait la couler, a été perçue dans l'île comme un coup de poignard de Bruxelles dans le dos de la compagnie de navigation historique de la Corse.

Par Avec AFP


"Nous ne sommes pas là pour participer de manière inadmissible à la mise à mort de la compagnie", s'est insurgé le président de l'Office des transports de la Corse (OTC), Paul-Marie Bartoli.
Saisie d'une plainte de la compagnie "low cost" Corsica Ferries, dont les navires battent pavillon italien et qui perçoit elle-même des fonds publics au titre d'une aide dite "sociale", la commission a ordonné jeudi à la SNCM de rembourser 220 millions d'euros d'aides publiques versées de 2007 à 2013.
Pour Bruxelles, les aides dites "sociales", perçues par la SNCM et sa partenaire la Compagnie méridionale de navigation (CMN), sont "incompatibles avec les principes européens de la concurrence".
Alors que c'est l'OTC qui devrait récupérer cette somme, une fois remboursée par la SNCM à l'État, M. Bartoli a ajouté refuser "que le partenaire historique de la Corse soit mis en péril (...) alors que la commission reconnaît la légalité de la délégation de service public (DSP)". 

"Le service public menacé sans la SNCM"
La SNCM et la CMN doivent signer d'ici l'été une nouvelle DSP pour la période 2014-2020. Les subventions dites " de base"  dans le cadre de la délégation de service publique, n'étant pas mises en cause par Bruxelles .
Le président du conseil exécutif de la Collectivité territoriale de Corse, Paul Giacobbi, a insisté sur cette reconnaissance par Bruxelles de la légalité du principe de subventionner les compagnies assurant la DSP.
Concernant le service dit complémentaire, dénoncé par la commission et qui concerne des aides durant la période estivale, M. Giacobbi, qui est aussi député (PRG) de Haute-Corse, a rappelé sur son blog que la nouvelle DSP ne comprendrait plus ce service.
"Si la SNCM était mise en péril, le service public serait menacé (...), a-t-il dit, aucun autre compagnie n'ayant proposé l'équivalent conformément au cahier des charges".

Des efforts de compétitivité
Le directeur de la SNCM en Corse, Pierre-André Giovannini, a insisté sur les considérables efforts de réorganisation déployés au sein de la compagnie ces dernières années.
Dans cette entreprise malade de grèves à répétition, qui paralysent parfois la vie économique de la Corse, M. Giovannini a insisté sur les négociations en cours avec les syndicats pour parvenir "à des gains de productivité de 15 à 20% par an".
Il a aussi mentionné un ambitieux plan de modernisation de la flotte, notamment avec des navires ultra-modernes, plus économiques et moins polluants, fonctionnant au gaz.
Au gouvernement pour qui le service complémentaire de la SNCM pendant l'été "répond
à un besoin réel de service public" et qui envisage aussi "toutes les voies de
droit pour contester la décision" européenne, les élus corses de droite ont demandé
de réagir vite et fermement.
D'autant que l'exécutif européen examine aussi, sur une autre plainte de Corsica
Ferries, un ensemble de mesures de soutien d'environ 230 millions d'euros, liées
à la restructuration et à la privatisation de l'ancienne compagnie publique, de
2002 à 2006. Bruxelles pourrait encore exiger le remboursement de tout ou partie
de la somme.
Evoquant une "probable" disparition de la compagnie, le Syndicat des travailleurs
corses a rappelé son souhait de voir créer une compagnie publique régionale comme
cela existe dans le secteur aérien.

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