À Marseille, on teste la plongée sous-marine comme remède contre le stress et le burn-out

La plongée sous-marine aurait des bienfaits contre les états de stress et d'angoisse selon une étude menée par des chercheurs de l'AP-HM. Après des résultats positifs sur des rescapés d'attentats et des soldats, ces chercheurs marseillais vont tester leur découverte sur des soignants en burn-out.

Selon une étude menée par AP-HM, la plongée sous-marine soignerait toutes formes de stress et d'anxiété post-traumatique.
Selon une étude menée par AP-HM, la plongée sous-marine soignerait toutes formes de stress et d'anxiété post-traumatique. © Patrick Lefevre / MAXPPP

Avis à tous les anxieux, inquiets, stressés et tourmentés, un groupe de chercheurs a trouvé un médicament peu banal pour résoudre vos angoisses. Une étude menée par des scientifiques marseillais de l'AP-HM vient de mettre en valeur les bienfaits de la plongée sous-marine sur la santé mentale.

Promoteur de l'étude et investigateur principal, Mathieu Coulange, chef de service de médecine hyperbare, subaquatique et maritime au CHU Sainte-Marguerite, détaille ses découvertes alors que son équipe est la première à publier sur cette thématique. "Avec ces résultats, on espère que la plongée sera bientôt prescrite par ordonnace et prise en charge pour combattre certaines pathologies", s'enthousiasme ce professeur de 48 ans.

Un contrôle respiratoire immédiat

Tout commence en 2015, lorsque Frédéric Bénéton, un trader, quitte son travail suite à un burn-out. La plongée sous-marine est le seul sport qui lui permet de décompresser, il décide alors d'examiner le phénomène de plus près. Entouré notamment de Mathieu Coulange, il se lance dans un Master de physiologie des conditions extrêmes pour étudier les bienfaits de la plongée sur le stress. 

Rapidement, un programme de recherche se monte et les découvertes se multiplient. Les publications aussi, comme dans la respectable revue Frontiers in Psychology. Il faut dire que leurs expériences les agitent jusqu'à les mener en Guadeloupe, à Malte, et bientôt à Monaco.

"La plongée induit un contrôle respiratoire sans aucune résistance du patient, contrairement au yoga où celui-ci doit y adhérer au principe"

Mathieu Coulange, chercheur au CHU Sainte-Marguerite

"On a démarré nos études sur des cas de stress du quotidien", explique le Pr Coulange, qui enchaîne sur la multitudes de bienfaits découverts. "On s'est rendu compte, grâce à des accéléromètres, que les systèmes accélérateur et freinateur de l'organisme se rééquilibraient. En état de stress, nos organes accèlerent et il n'y a plus de frein. Celui-ci se remet en place en plongée". 

À cela s'ajoute l'état de méditation de pleine conscience que provoque cette activité. Cet état permet de se focaliser sur l'instant présent en évacuant les pensées gênantes. Enfin la sensation de cocooning est majeure dans l'enveloppe aquatique, elle agit comme un réveil de l'état foetal. "Le fait d'entendre sa respiration influe beaucoup", souligne le coordinateur du projet. 

Des recherches bientôt menées sur des soignants en burn-out

L'étude s'est ensuite élargie à ceux qui souffrent d'un syndrôme post-traumatique. En 2017, des tests sont menés en Guadeloupe sur une quarantaine de rescapés des attentats du Bataclan. Certains partaient en plongée, d'autres en forêt. "Pour la quasi totalité du groupe en plongée, les indicateurs sont passé en dessous du seuil du stress post traumatique", explique Mathieu Coulange.

En 2017, des expérimentations ont été effectuées en Guadeloupe sur des rescapés des attentats du Bataclan.
En 2017, des expérimentations ont été effectuées en Guadeloupe sur des rescapés des attentats du Bataclan. © Mathieu Coulange

Même bénéfices constatés à Malte avec les premiers résultats obtenus sur des blessés psychiques et physiques de l’armée de terre.

La prochaine étape aura lieu à Monaco, en septembre, où des tests seront faits sur des soignants en burn-out suite à la crise sanitaire. Un personnel qui souhaite généralement changer de décor et fuir les cures en milieu hospitalier, la plongée sous-marine apparaîtrait alors comme une alternative aux solutions "psy".

Une reproduction possible en piscine

L'eau étant primordiale, il n'est pas question de repruire une plongée sous-marine par réalité augmentée. Cependant, pour les réfractaires à la plongée en mer, une mise en situation est possible en piscine. L'enjeu est d'ouvrir la pratique au plus grand-nombre. 

De son côté, la Fédération française études et sports sous-marin (FFESSM) a fait inscrire en février 2021 la plongée bouteille sur la liste des activités sport-santé. Le but est de pousser aux remboursements de cette pratique pour certains malades.

Les mutuelles prennent en effet en charge des activités sportives sous certaines conditions et sur prescription médicale. La natation ou la gymnastique apparaissent aujourd'hui comme les sports les plus souvent prescrits.

En France, on compte pour l'heure 140.000 licenciés de plongée sous-marine. Un chiffre qui pourrait exploser si ce sport est reconnu d'utilité sanitaire.

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