Cannes, Nice, Menton... les professionnels du tourisme restent inquiets pour la saison estivale

Même si la dernière phase du déconfinement a démarré début juillet, les professionnels des secteurs touristiques restent inquiets pour cette saison 2021. Des craintes qui sont renforcées avec la mise en place du Pass sanitaire obligatoire, et la menace du covid-19 qui persiste.
La reprise de l'épidémie inquiète les secteurs touristiques, explication avec des professionnels dans les Alpes-Maritimes.
La reprise de l'épidémie inquiète les secteurs touristiques, explication avec des professionnels dans les Alpes-Maritimes. © PATRICE LAPORIE MAXPPP

Dans les Alpes-Maritimes, avant la crise, le secteur du tourisme rapportait environ 6 milliards d'euros. L'hébergement et la restauration représentent plus de 70% des emplois du secteur. Un département qui avait été particulièrement frappé par la crise sanitaire et qui espérait pouvoir rebondir cet été. 

Mais malgré la reprise de la saison estivale, les conditions de réouverture ne sont pas encore optimales, beaucoup d'entreprises du secteur touristique rencontrent encore des difficultés financières.

Interrogée au début du mois de juin, Peggy Misiraca, directrice appui entreprises et territoires à la CCI Nice Côte d'Azur évoquait ses inquiétudes : 

si les aides s’arrêtent ça va être très compliqué pour certaines structures. Il y a encore des jauges à respecter, 30% des restaurants sont encore fermés car ils n'ont pas de terrasse... Le plus dur reste à venir, il faudra faire un bilan après l'été.

Si les étapes du déconfinement sont enfin arrivées à terme, la situation sanitaire, elle, reprend et les inquiétudes subsistent.  Depuis quelques jours, le département azuréen a dépassé le taux d'incidence acceptable fixé par l'Agence Régionale de Santé (ARS), à savoir 50 contaminations pour 100 000 habitants.

Dans les Alpes-Maritimes, ce taux est de 88 pour 100 000 habitants, ce vendredi 16 juillet.

Le pass sanitaire inquiète 

Si les professionnels du secteur interrogés ne remettent pas en question l'importance de ce pass sanitaire pour endiguer la crise, ils craignent néanmoins que son application soudaine et le manque de moyens mis à dispositon pour les contrôles soient un handicap.

Depuis l'allocution présidentielle du 12 juillet dernier, le pass sanitaire sera demandé à partir du 21 juillet pour les cinémas et les théâtres puis dans les restaurants et les cafés dès le mois d'août. 

Fréderic Ghintran le vice-président de l'UMIH 06,  rappelle : "de toutes façons si on veut ,s’en sortir, il faut le faire. Je ne suis pas septique concernant les vaccins mais l'imposer  en plein milieu de la saison c'est une catastrophe. Même si je comprends que ça soit fait pour anticiper la rentrée." 

Des concertations avec des élus locaux ont notamment eu lieu, suite à ces nouvelles directives : 

Seulement 47%  des habitants des Alpes-Maritimes sont vaccinés, bien loin de l'immunité collective souhaitée de 80%. Le septicisme d'une partie de la population concernant les vaccins, inquiète les restaurateurs et les hôteliers. 

Le syndicat souligne : "il faut que les gens jouent le jeu sinon ça va être une véritable catastrophe." 

Même si le festival de Cannes a été maintenu et que les structures bénéficient du "tourisme local" dû aux difficultés pour voyager hors UE. Frédéric Ghintran estime que ce n'est pas suffisant : "deux temps forts ont lieu en même temps et pourtant nous sommes loin d'être pleins."

Selon les premières estimations, le taux de remplissage des hôtels serait de 60 % contre 85% habituellement. Les aides de l'Etat mises en place pendant la crise ne sont plus effectives, les embauches ont eu lieu et le secteur espère que les touristes continueront d'affluer pour tenir l'année suivante. 

D'après l'UMIH, des villes comme Cannes et Menton recevraient plus de clients que Nice, où la concurrence avec airbnb serait plus accrue. 

Si les structures ne respectent pas la mise en place du pass sanitaire, elles risquent une amende de 45 000 euros et un an de prison.

Une dérogation a été mise en place pour le personnel ayant déjà reçu une première dose et étant dans l'attente de la seconde.

Les syndicats souhaitent un délai supplémentaire pour l'application du pass sanitaire, au 31 août : 

Campagne italienne 

Et si certains touristes étrangers se font rares, l'Italie mené une campagne de promotion pour inciter ses citoyens à se rendre en PACA. 

Avec un million de séjours en 2020 soient 5,5 nuits en moyenne, "l'Italie est le principal marché étranger de la Côte d'Azur, parfois au coude-à-coude avec le marché britannique, cette clientèle est fortement fidélisée, voire semi-résidente, avec environ 20 000 résidents permanents et 23 000 résidences secondaires" explique le comité régional du tourisme (CRT) Côte d'Azur. 

Avec sa campagne de promotion "Vieni in Paca", la CCI partenaire des collectivités et départements, met en avant les plus beaux sites de la région.

Plus de prudence 

Autre facteur qui pourrait expliquer le manque de clients et de touristes : la prudence. D'après Frédéric Ghintram, les personnes sont plus réticentes à sortir que l'été dernier :

on se pensait tiré d’affaire, mais ce n'est plus pareil, dans la tête des gens les choses ont changé, les comportements ont évolué. Nous savons que l'épidémie n'est pas derrière nous contrairement aux mentalités de l'été dernier

Paradoxalement, malgré le manque de clients, les prix de certains hôtels ont été augmentés cet été. Une des explications données ne sera pas uniquement pour "contre-balancer l'effet de la crise" mais pour ne pas attirer des publics "habitués" à d'autres destinations.

Le vice-président de l'UMIH affirme : "certaines personnes se sont rabattues sur des destinations où ils n’allaient pas habituellement. C'est prendre le risque de perdre des clients habitués qui ont du pouvoir d'achat le reste de l'année, certains ont donc pris des mesures"

La culture et les spectacles vivants sont également impactés 

Pour le producteur niçois Gil Marssala, également délégué régional du Prodiss, un syndicat qui représente 70 % des producteurs français, la situation est compliquée pour la culture et les spectacles vivants, mais il souhaite rester "positif."

Nous avions déjà des mesures sanitaires très contraignantes à mettre en place, avec les nouvelles annonces c'est une mission quasi impossible

Le producteur mise sur la prise de conscience des citoyens et une vaccination massive pour continuer à faire vivre ce secteur économique. Pour la deuxième année consécutive, de gros évènements ont été annulés,  d'autres sont maintenus mais avec des jauges limitées. Les nuits Guitards  a Beaulieu-sur-mer (Alpes- Maritimes) qui accueillent habituellement 3000 personnes ne dépasseront pas les 600 festivaliers. 

Le secteur de la culture et des spectacles vivants, représente 30 000 emplois, dans le département. Jusqu'au mois d'août, les professionnels bénéficient du fonds de solidarité, Gil Marssala précise : "on demande une prolongation jusqu'à la fin de l'année, beaucoup de nos tournées et des spectacles sont reportés à 2022."

Depuis les annonces, de nombreux remboursements de place ont été effectués, des complications supplémentaires et un véritable casse tête pour le secteur de l'évènementiel. La mise en place du pass sanitaire s'avère aussi une complication... comment arriver à contrôler ? 

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