À Mougins, une distillerie au détriment de logements sociaux ? L'opposition municipale tempête, le maire assume

À Mougins, dans les Alpes-Maritimes, la cession d'un terrain de 10.000 mètres carrés à une entreprise privée suscite la surprise dans l'opposition municipale. Ils mettent en cause la vente à bas prix de la parcelle, qui avait été préemptée par l'Établissement public foncier pour créer des logements sociaux.

Une distillerie sur un terrain qui devait être dédié aux logements sociaux ? Six élus du conseil municipal de Mougins - quatre de l'opposition et deux de la majorité - ont voté contre la cession d'un terrain appartenant à la commune, à un entrepreneur privé, spécialisé dans l'embouteillage de rhum, la Famille Ricci.

Cet ensemble de parcelles vaste de 10.000 m² situé sur la route de Valbonne, pourrait prochainement être vendu à hauteur de 1,9 million d'euros à la Famille Ricci. Il s'agit d'une partie du terrain de l'ancien camping des Lentisques, une zone de 14.000 m² laissée en friche depuis une quinzaine d'années et que la Ville a récemment racheté 2,2 millions à l'Établissement public foncier (EFP Paca).

Le problème, pour les élus opposés au projet, c'est que ce terrain de 14.000 mètrres carrés avait été préempté en 2021 par l'EFP Paca, à la demande de la Mairie et avec l'accord des propriétaires, pour y construire de l'habitat social.

"Je ne suis sans doute pas une fan absolue du logement social, mais quand on a préempté ce terrain dans le but d'en construire, on ne revient pas là-dessus," tempête Françoise Duhalde-Guignard, élue de l'opposition.

Revendre 10.000 m² à 1,9 millions, ça revient à 190 € du mètre carré pour la famille Ricci. [...] Le rôle d'un élu, c'est œuvrer pour l'intérêt général. Là, on sert un intérêt particulier !

Françoise Duhalde-Guignard, élue municipale de l'opposition à Mougins

La mairie défend le projet

De son côté, le maire assume la délibération. "Lorsque la Ville a acheté le terrain, il n'était pas question de bâtir de l'habitat social sur les 14.000 m². Vous imaginez, une tour de dizaines de mètres, avec 200 logements, au milieu de cette zone résidentielle ?" se défend Richard Galy.

Et de toute façon, il n'a jamais été question que l'on garde la totalité des parcelles non plus. [...] Les logements sociaux verront bien le jour, dans les 4000 m² qui restent en notre possession.

Richard Galy, maire de Mougins

Dans le but de vendre une partie de la friche, le premier édile raconte avoir été démarché par la Famille Ricci, "des Mouginois depuis plusieurs générations" qui "se trouvaient à l'étroit dans leurs locaux actuels".

Un projet à visée touristique

"Ils souhaitaient s'implanter de manière plus favorable dans la ville. Leur projet, c'est de s'accroître, créer une rhumerie et un musée consacré au rhum, relate Richard Galy. Une rhumerie est une proposition tout à fait originale pour le département, c'est un très beau projet pour Moulins et pour son tourisme." Et le maire d'ajouter que la ville a fait une belle opération : "1,9 million, ça reste cher, et la ville fait une belle plus-value de 300.000 euros, ce n'est pas rien."

Dans l'opposition, on se questionne sur la visée touristique du projet, qu'on estime "enrobé" dans une façade traditionnelle et locale. "On a vendu à la mairie un projet inspiré des domaines viticoles du Var, mais où on distillerait du rhum. Je ne vois pas le rapport entre Mougins et la canne à sucre, déplore Françoise Duhalde-Guignard. Le fait que la Famille Ricci fasse du business ne me dérange pas, mais c'est plutôt que la mairie se mette au milieu de tout ça. [...] Qu'est ce qui empêchera l'entreprise de revendre ces parcelles bien plus chères dans quelques années ?"

"Lorsqu'un lieu se voit dédier une destination, il lui faut une autorisation de la mairie pour le permis de construire. On va bien sûr contrôler que ce lieu garde sa destination," rassure Richard Galy.