Un an de prison avec sursis requis contre le chorégraphe de Cannes Bruno Vandelli pour corruption de mineur

Ce 17 avril, le chorégraphe cannois comparaissait au tribunal correctionnel de Grasse, dans les Alpes-Maritimes. Avec son ex-mari et coprévenu, ils ont fait face à des accusations de corruption de mineur. De la prison avec sursis a été requise contre les deux hommes. Le délibéré est attendu ce 28 juin.

Deux prévenus et une vidéo à caractère pornographique. Un destinataire absent et des débats de plusieurs heures. Ce mercredi 17 avril, le décor et les acteurs ne sont pas ceux d’une école de danse ou d’une scène dont Bruno Vandelli est coutumier. C'est bien dans le tribunal de Grasse que le chorégraphe de 62 ans fait une entrée à pas discrets peu après 14 heures.

Il comparait avec son ancien mari, Jessy Bourgeois, pour corruption de mineur par personne mise en contact avec la victime par un réseau de communications électroniques. Les faits abordés ce mercredi après-midi en salle F du tribunal se situent entre octobre 2016 et mai 2017.

Pour les deux hommes, une peine complémentaire obligatoire a été demandée leur interdisant toute activité professionnelle ou associative en présence de mineurs.

Le délibéré est attendu ce 28 juin, à 14 heures.

Une vidéo de 15 secondes

La salle dans laquelle évolue ce mercredi le chorégraphe de la deuxième saison de l'émission Popstars, diffusée en 2002 sur M6, il la découvre après plusieurs renvois. Bruno Vandelli réside à Cannes, là où il a exercé son métier durant plusieurs décennies. Il se retrouve devant la justice avec celui qui a partagé sa vie pendant environ 10 ans - dont huit ans de mariage - avant de divorcer.

Au cœur des débats, une vidéo de 15 secondes. Unique preuve audiovisuelle versée au dossier sur laquelle le couple Vandelli apparaît lors d’ébats sexuels. L’un pratique une fellation tout en se masturbant et en regardant l’objectif. Évoquée pendant l'audience, la vidéo n'est pas diffusée. Les deux hommes ne contestent pas son existence, ni l'envoi à Arthur B. de ce fichier "préenregistré".

Ils ne nient pas non plus qu'il était mineur à ce moment-là. Le couple pensait qu'il était âgé "de 16 ou 17 ans" au cours de ces échanges numériques. La partie civile avance qu'il n'avait pas 15 ans.

"Pour exciter mon ex-mari"

Cet envoi serait survenu après de longs échanges en ligne, lors d'une discussion de plus de deux heures, explique Bruno Vandelli. Qui l'a envoyé ? Pour quelle raison ? Quand ? Le flou persiste autour de certains détails. Les analyses techniques n'ont pas permis de déterminer la date exacte de sa réception par Arthur B. Les smartphones des deux prévenus n'ont pas été examinés, seulement du matériel informatique.

Maître Cohen-Sabban, qui représente le professeur de danse depuis l'été 2023, ne se prive pas non plus de pointer la maigreur du dossier sur ces quelques points, pourtant essentiels.

Qui a appuyé sur 'send' (pour envoyer le contenu, NDLR)? On ne sait pas.

Maître Cohen-Sabban, avocat pénaliste de Bruno Vandelli

Lorsque la présidente du tribunal demande aux deux prévenus, ils ne se rappellent ces détails, une huitaine d'années après les faits. Tous les deux confessent de nombreux échanges avec le mineur rencontré lors d'un stage à Royan, une station balnéaire de la côte Atlantique, dans lequel intervenaient Bruno Vandelli et son mari, en 2016, surtout à titre amical ou professionnel.

Un stage estival auquel le chorégraphe a d'ailleurs participé en même temps qu'Arthur B., "deux ou trois ans" d'affilée, avec 190 autres élèves.

"De plus en plus hard"

Arthur B. affirme dans ses déclarations à l'époque auprès des forces de l'ordre que plusieurs photos et vidéos ont été envoyées.

Des échanges "de plus en plus hard". Ce que n'a pas réfuté Jessy Bourgeois lors de son audition effectuée par un officier de police judiciaire.

Je ne sais pas comment c’est arrivé à déraper comme cela.

Jessy Bourgeois

Lors de sa garde à vue, il évoque "une dizaine" de contenus, "grand max", "entre les photos et les vidéos". Une chose a été toutefois clairement identifiée, le vecteur.

Un groupe de discussion entre le couple et le plaignant a été créé sur Messenger, la messagerie du réseau social Facebook. "La conversation s’appelait 'Nous trois, avec un coeur'", témoignera la mère d'Arthur plus tard. C'est elle qui a découvert cet espace d'échange entre son fils et le couple azuréen alors que sa tablette numérique était restée allumée. Un acte volontaire de son fils, dit-elle, pour qu'elle prenne connaissance de la situation.

Vient également le pourquoi. "Pour exciter mon ex-mari" explique Jessy Bourgeois. Pour Bruno Vandelli, "nous étions dans un système de jeu érotique, de manière longue". Il parle également d'"une période de lâcher prise" et de l'absence de "préméditation".

J’ai pris conscience de la gravité de la chose, je m’en veux.

Bruno Vandelli

"Effraction dans sa sexualité"

Le procureur, Alain Guimbard, insiste sur ces "faits corrupteurs, avec l’envoi de plusieurs éléments numériques". La corruption de mineurs peut être punie de 7 ans de prison ferme sous certaines conditions, mais sa définition est complexe, confie le magistrat. Ce qui est clair pour le magistrat, c'est qu'une telle vidéo, visionnée par Arthur B., a été une "effraction dans sa sexualité".

Vous envoyez vos ébats sexuels, crus, à un tiers, sans vous préoccuper de savoir s’il est consentant, s’il est majeur et vacciné, j'ai envie de dire ?

Demande la présidente.

"Je ne savais pas son âge. Il ne nous l’a pas dit, il nous l’a caché" explique le plus âgé des prévenus.

Arthur B. est un excellent danseur, il a été surclassé pour participer à ce stage avec des élèves plus âgés. Il n'empêche, pour sa mère, comme pour l'avocate de la partie civile, il était difficile d'ignorer qu'il avait une quinzaine d'années.

Quant à l'absence de son fils (qui est un droit pour les victimes supposées lors d'un procès), elle le justifie, même si la défense fait remarquer son regret de ne pas avoir pu questionner Arthur B.

Arthur est toujours impacté par cette histoire, cela refait jaillir des choses. Il est en plein Master II. Il est resté concentré sur ses études qu’il termine cette année. Il ne se sentait pas en capacité.

Virginie, mère d'Arthur B.

Né en novembre 2001, le jeune homme est absent de l'audience, mais sa mère qui s'est portée partie civile est présente, tout comme celle de Yanis Marshall.

Le chorégraphe de la Star Academy a déposé plainte contre Bruno Vandelli, en janvier dernier, pour des faits différents, de viol aggravé notamment. C'est d'ailleurs Maître Kaltoum Gachi, son avocate, qui représente la partie civile, ainsi que l'avocate niçoise Marion Sicard.

"Lui casser la gueule"

Lors de l'audience, la Genèse de la relation entre les deux coprévenus est questionnée. Jessy Bourgeois a été l'un des élèves de Bruno Vandelli en Côte d'Azur.

À 14 ans, il reçoit une photo à caractère sexuelle de la part du chorégraphe. Un épisode qui serait revenu en mémoire de Jessy Bourgeois lors de la séparation du couple il y a quelques années. Un évènement que ses parents doivent pourtant toujours garder en mémoire.

Vous-même, vous avez été victime des mêmes faits.

Alain Guimbard, procureur au procès

"Mon père voulait lui casser la gueule" lâche à la barre le trentenaire lorsqu'il évoque la réception de cette photo. À partir de ce moment, et jusqu'à sa majorité, Jessy Bourgeois se voit interdire de participer aux stages de danses par ses parents. Il rejoindra les cours de Bruno Vandelli à 19 ans, avant de se mettre en couple avec lui, puis de se marier.

Le procureur a d'ailleurs bien fait le distinguo entre les deux profils, les deux attitudes même, car il y a "un niveau de responsabilité qui n’était pas le même".

À de différents moments, durant ces quelques heures ce mercredi après-midi, Jessy Bourgeois a montré de nombreux sanglots, la mâchoire serrée. Il a même adressé une lettre d'excuse aux avocates des parties civiles. Également, avant d'entrer dans la salle d'audience vers 14h, il a demandé à Maître Gachi la permission d'approcher la mère d'Arthur B. pour lui présenter ses excuses. Ce qu'il a fait, en pleurs, après l'accord de l'avocate.

À l'occasion de leur dernière prise de parole, offerte par la présidente, tous deux le répètent : "Je suis désolé".

Si à cet instant, ils ont utilisé les mêmes mots, l'ancien couple n'a pas parlé d'une même voix ce mercredi après-midi.