Coronavirus : depuis le début du confinement, le nombre de migrants refoulés à la frontière franco-italienne a chuté

Sur les 200 refus d'entrée de la PAF à la frontière française, la moitié concerne des migrants. À Vintimille, peu d'entrées aussi au sein du Campo Roya, où un cas de Covid-19 vient d'être détecté.

C'est au poste-frontière Saint-Louis de Menton -désormais fermé- que les migrants refoulés par la PAF française sont remis aux autorités italiennes.
C'est au poste-frontière Saint-Louis de Menton -désormais fermé- que les migrants refoulés par la PAF française sont remis aux autorités italiennes. © FTV / L. B.
C'est l'une des conséquences des limitations de circulation imposées en France, comme en Italie. En un mois au 15 avril, la police aux frontières (PAF) française a refusé l'entrée à 107 migrants et 102 Européens (voir en fin d’article).

"Il n'y a presque plus de migrants", confirme Emmanuelle Joubert, la directrice de la PAF dans les Alpes-Maritimes. "Certaines journées, il n'y a aucune interpellation." En dehors du confinement, le nombre de refus peut monter jusqu'au millier.

Résultat : il y a donc peu de passage dans l'espace de mise à l'abri.

Si la personne est malade, nous appelons le 15. Sinon, et si elle n'est pas mineure, nous la remettons désormais directement aux Italiens au poste-frontière Saint-Louis de Menton - Emmanuelle Joubert, directrice de la PAF 06

Que deviennent-ils ensuite ? Où vont-ils ? Dans un article publié le 21 mars dernier, et repris par Courrier International, nos confrères de Il Fatto quotidiano indiquaient que les autorités italiennes ont "cessé d'identifier et de prendre les empreintes digitales des personnes qui traversent la frontière".

Le maire de Vintimille, Gaetano Scullino*, a alerté la préfecture de la province d'Imperia* : "[ils] se dispersent dans la ville, sans être contrôlés et surtout sans savoir s'ils sont, comme nous, porteurs du virus".

Deux cas de Covid-19 et des naissances au Campo Roya

À Vintimille justement, depuis le 23 février et les premières mesures de confinement italiennes, "il n'y a pas eu beaucoup d'arrivées, maximum 10 personnes", au sein du Campo Roya, explique sa directrice, Marsha Cuvé.
 
Dans ce camp de transit géré par la Croix-Rouge italienne avec le soutien de la Croix-Rouge monégasque, plus de 200 personnes sont confinées. Un camp placé en quarantaine ce vendredi, rapporte nos confrères italiens, après la découverte d'une personne atteinte du Covid-19 : le demandeur d'asile pakistanais de 39 ans a été transféré à l'hôpital de SanRemo (qui soigne les malades du coronavirus).

Un deuxième migrant a également été testé à la suite de symptômes, mais le résultat n'est pas encore connu. Ces deux personnes sont arrivées "avant le confinement", précise Claude Fabbretti, le directeur de l'action internationale et du secourisme de la Croix-Rouge monégasque.

Au sein du Campo Roya, il y a aussi 9 familles. "Les plus jeunes ont quelques mois et il y a eu trois naissances récemment", poursuit Claude Fabbretti, qui s'est rendu sur place vendredi dernier.

S'ils ont besoin de cigarettes ou de produits du supermarché, nous faisons des listes et nous allons les chercher. Comme ça, ils ne sortent pas - Marsha Cuvé, directrice du Campo Roya

Mesures sanitaires

Jusqu'à l'apparition des symptômes ces derniers jours, "il n'y a[vait] pas eu de tests parce que, comme en France, il y a une pénurie", reconnaît Claude Fabbretti. "Et il n'y a[vait] pas eu de cas symptomatique." Pour le reste, du matériel de protection (masques, gants) a été donné au personnel pour éviter la contamination depuis l'extérieur.
 
Sur le Campo Roya, géré par les Croix-Rouge italienne et monégasque, vendredi 10 avril.
Sur le Campo Roya, géré par les Croix-Rouge italienne et monégasque, vendredi 10 avril. © Croix-Rouge monégasque

"Sur le camp, les migrants ne portent pas de masque, mais peuvent en avoir s'ils doivent sortir pour un rendez-vous médical, par exemple", poursuit le salarié monégasque.

Ils se nettoient les mains avant d'aller à la cantine. Sur les tables, il y a 4 personnes au lieu de 6 pour respecter le mètre de distance. Chaque migrant a du gel hydroalcoolique. Dès le début, on leur a expliqué pourquoi ces mesures d'hygiène sont importantes" - Marsha Cuvé, directrice du Campo Roya

La première semaine, les migrants "ne comprenaient pas vraiment ce qu'il se passait", se souvient Marsha Cuvé. Alors le personnel leur a expliqué la situation, en Italie et dans le monde.

"Aujourd'hui, ils ont compris et restent confinés avec nous." La directrice du campement italien de conclure : "tout est sous contrôle pour le moment".
 
Les contrôles en chiffres
Sur ses différents points de contrôle terrestres (Menton-Saint-Ludovic, gare de Menton-Garavan, La Turbie), la police aux frontières française a contrôlé 76.000 véhicules depuis le 17 mars. 102 refus d'entrée ont été imposés à des Européens non-résidents français n'ayant pas de motif valable. 107 refus d'entrée ont été signalés à des personnes non-européennes (originaires principalement de Turquie, d'Afghanistan et d'Irak). Et 479 verbalisations ont été dressées à l'encontre de résidents français qui n'avaient pas de motif valable.

Du côté de la frontière aérienne, 19 verbalisations et 18 refus d'entrée ont été comptabilisés en un mois à l'aéroport de Nice-Côte d'Azur. Les voyageurs refusés sont alors repartis dans leur pays de provenance avec la même compagnie aérienne. La Paf n'a pas contrôlé de ressortissants extra-européens.
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