À Monaco, une mère fait un don de tendon à sa fille, une opération interdite en France

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Le 8 octobre dernier, l'opération s'est déroulée entre les murs de la clinique orthopédique monégasque. Un mois plus tard, les deux femmes vont "très bien".

Cela ne fait qu'à peine un mois mais, déjà, Kiara a retrouvé la motricité de son genou gauche. "J'ai déjà subi plusieurs opérations au genou gauche, donc j'avais peur que ça ne marche pas", explique cette Niçoise passionnée de rugby.

D'autant que l'opération subie début octobre était une première, comme l'ont indiqué nos confrères de Monaco Matin. Des opérations sur des enfants pour un tendon ischio-jambier avaient déjà eu lieu en Australie, "mais pour un adulte avec un tendon rotulien, ça n'avait jamais été fait", précise Christophe Trojani, le chirurgien qui l'a opéré.

On aurait pu prendre un tendon sur son genou droit, mais elle a déjà été opérée de ce genou. On aurait aussi pu prendre un tendon de cadavre. Mais sa maman a proposé de lui faire un don intrafamilial.

Christophe Trojani, chirurgien

Si cette opération n'était "pas complexe", selon le médecin de l'Institut de chirurgie réparatrice (ICR) de Nice (Alpes-Maritimes), il a pourtant fallu batailler. Car elle est interdite en France.

Direction Monaco

Un décret du 8 juin 2018 indique en effet que "la peau est le seul tissu pouvant être prélevé sur une personne vivante", et uniquement dans le cadre d'une greffe entre deux jumeaux monozygotes.

Au début, j'ai refusé parce que je ne voulais pas que ma mère se fasse opérer à cause de moi. Mais le chirurgien m'a dit que c'était la meilleure des solutions et qu'il n'y aurait pas de séquelles pour ma mère. Alors j'ai accepté.

Kiara Aguanno

La famille et le praticien se tournent donc vers la justice française, qui leur donne raison. Mais en vain.

Vous avez une décision de justice en France, et l'administration s'autorise à ne pas appliquer cette décision. Ca m'a un peu déçu parce que, normalement, la France est une terre d'innovations scientifiques et médicales.

Christophe Trojani, chirurgien

"Ce principe de précaution est un frein à l'innovation. On a cherché une solution... Et il y a Monaco à côté de Nice !", sourit le praticien.

"Elle a un petit bout de moi sur elle"

Le 8 octobre dernier, à l'Institut monégasque de médecine et chirurgie sportive (IM2S), deux salles opératoires sont mobilisées pour, dans l'une, prélever une partie de tendon sain sur le genou de la mère et, dans l'autre, le greffer sur celui de la fille.

Une double opération qui aura duré 30 minutes pour Patricia et 1h30 pour Kiara. Un mois plus tard, la mère et la fille vont "très bien".

De pouvoir remarcher correctement, faire des petits exercices comme des squats ou la chaise, mentalement, ça aide beaucoup !

Kiara Aguanno

"Même s'il avait fallu lui donner un rein ou autre chose, je l'aurais fait", précise Patricia Aguanno, la maman. "C'est ma fille, je trouve ça normal. Je ne pense pas avoir fait quelque chose d'exceptionnel. Elle a un petit bout de moi, maintenant, sur elle !"

"À Monaco, tout s'est passé très simplement", affirme Christophe Trojani. "On a eu l'autorisation du médecin inspecteur, du comité d'éthique et du ministre de la Santé, avec la bienveillance du Prince Albert II de Monaco. Je pense que, dans 5 à 10 ans, on aura l'autorisation en France."

C'est un très grand acte d'amour. C'est ma maman, je l'aime. Je ne trouve pas les mots pour la remercier !

Kiara Aguanno

Aujourd'hui, Kiara a pu reprendre une partie de ses activités sportives -pour le rugby, il faudra attendre un peu. Quant à la maman, elle a pu "remarcher le lendemain [de l'opération, NDLR] avec des béquilles", dit-elle. "Au bout de même pas une semaine, je les ai enlevées. J'ai une douleur normale, mais c'est tout."

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