Covid-19 : vers un contrôle généralisé à la frontière italienne ? Impossible, selon les syndicats de police

Le Premier ministre Jean Castex a annoncé des nouvelles mesures pour lutter contre la propagation de l'épidémie de Covid-19. Parmi ces mesures, il faudra un test PCR négatif pour entrer dans le pays. Une décision qui semble difficilement applicable pour certains syndicats de police sur le terrain.

Les syndicats de police explique ne pas avoir assez d'effectifs pour faire respecter les consignes du gouvernement à la frontière avec l'Italie.
Les syndicats de police explique ne pas avoir assez d'effectifs pour faire respecter les consignes du gouvernement à la frontière avec l'Italie. © Robin Rico / France Télévisions

Comme pour tout dans la vie, il y a la théorie et la pratique. Après les annonces du gouvernement pour tenter de freiner l'épidémie de Covid-19 (sans reconfiner), les syndicats de police sont interloqués.

Il est demandé aux gens de présenter un test PCR négatif au moment de passer la frontière terrestre du pays et un renfort des contrôles a été annoncé.

Pour Laurent Martin de Frémont, le secrétaire départemental unité SGP police 06, il faudrait 300 effectifs supplémentaires pour mettre en oeuvre une telle mesure à Menton à la frontière italienne.

Laurent Martin de Frémont, secrétaire départemental unité SGP police 06
Laurent Martin de Frémont, secrétaire départemental unité SGP police 06 © Richard RAY Maxppp

France 3 : Considérez-vous que cette mesure annoncée par Jean Castex est irréalisable ? 

Laurent Martin de Frémont, secrétaire départemental unité SGP police 06 : J'ai eu l'occasion de discuter avec mes collègues de la police aux frontières et ça va être très compliqué de mettre cette mesure en place. En réalité, c'est une mesure de bon sens de notre point de vue, ça ne souffre d'aucune contestation. C'est une bonne mesure dans un monde merveilleux. La grande problématique aujourd'hui, c'est qu'on n'est pas dans un monde idéal.

Si on souhaite mettre en place des barrages filtrants pérennes H 24, il va falloir couvrir les différents points de passage et notamment les deux sorties d'autoroute : la sortie à la Turbie en direction de la France et puis ce point de passage sur la corniche, à Menton. Si on a envie de contrôler tous les occupants de chaque véhicule et vérifier qu'ils soient bien munis d'un test PCR négatif, il nous faudrait au moins 300 effectifs supplémentaires.

Alors en réalité, si on n'a pas ces effectifs supplémentaires, que peut il se passer ? Eh bien on pourrait mettre en place des barrages aléatoires, des contrôles aléatoires. Mais en réalité, ce que nous ferions ressemblerait à des entrées passoire, c'est-à-dire qu'on ne pourrait pas contrôler l'intégralité des véhicules qui se dirigeraient vers la France.

D'autre part, je vous rappelle que les frontaliers qui viennent travailler en France ne sont pas censés nous présenter un test PCR négatif. Alors, si on mettait en place des barrages H 24, comment faire le distinguo entre les travailleurs frontaliers, et les autres ? Cela risque d'occasionner des queues interminables aux points de passage. Cela nous paraît donc très compliqué à mettre en place.

Enfin, le train est également une voie terrestre. Comment contrôler les passagers d'un Milan-Vintimille ou d'un Milan-Nice ? Le train ne va pas marquer l'arrêt à la frontière virtuelle. Donc, il va falloir des effectifs là aussi pour contrôler les tests PCR des occupants des trains en provenance d'Italie en direction de la France.

Il y a le bon sens et il y a le terrain. Et sur le terrain, mes collègues de la police aux frontières sont très interrogatifs. 

> Les contrôles au péage de la Turbie sont permanents mais concernent actuellement les flux migratoires :

Pensez-vous que vous pouvez obtenir ces 300 effectifs supplémentaires ?

La grande problématique, c'est qu'on sait que nous disposons d'effectifs mobiles (CRS ou gendarmes). Mais ça ne pourrait pas combler ce manque de 300 personnes. Ces contrôles sont censés durer mais on ne va pas nous envoyer d'effectifs sur la durée. Ce n'est même pas une question de volonté politique ! On sent que la volonté du Premier ministre est là, là n'est pas le souci.

C'est simplement compliqué en termes de logistique. En tout cas, c'est factuel, je ne vois pas comment aujourd'hui on pourrait nous envoyer 300 effectifs. Il faut que ces effectifs rentrent en école. Il faut les former. Enfin bref, ça nous paraît très très compliqué. Cette mesure risque de se transformer en mesurette.

"Cette mesure risque de se transformer en mesurette", selon certains syndicats de police.
"Cette mesure risque de se transformer en mesurette", selon certains syndicats de police. © Robin Rico FTV

Est-ce que l'ensemble des syndicats de police est sur la même ligne de pensée ? 

Bien sûr ! Cette mesure, c'est vérifier les tests PCR de tous les occupants et il y a des cas de figure qu'on ne sait pas encore comment gérer. Si on a 3 personnes qui présentent un test PCR négatif et qu'une personne à l'intérieur du véhicule n'a pas de test. On fait quoi avec celui-ci ? Alors, on laisse rentrer le véhicule avec 3 personnes à l'intérieur et puis on en laisse un autre sur le trottoir ? On lui demande de retourner en Italie

Franchement, ça va être compliqué, ça risque d'être un peu le foutoir, je ne vous le cache pas. 

 

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