Covid-19 : Vintimille comme toute l'Italie de nouveau confinée entre perplexité et résignation

Alors que la France a levé le confinement permettant à tout un chacun de voyager, l'Italie a fait le choix inverse. A Vintimille, ville frontalière, l'heure n'est pas à la fête, d'autant que les Français n'ont pas le droit de cité.

Les commerces de Vintimille font grise mine en l'absence de la clientèle frontalière française.
Les commerces de Vintimille font grise mine en l'absence de la clientèle frontalière française. © Laurent Meney/France Télévisions.

"Vous la presse française, vous n’écrivez pas la vérité !" s’étrangle un conseiller du maire de Ventimille, non nous n’avons pas reconfiné ce lundi, regardez autour de vous, tout est ouvert." Des articles parus en France parlaient d’un confinement dès le 21 décembre. C’est d’ailleurs ce pourquoi nous sommes venus aujourd’hui.

Le ton est donné. Il y a bien quelques détails qui font penser à Noël, comme cette statue de Père Noël  planté devant ce boucher ou encore ce petit message Buene Feste accroché à l’entrée del Mercato dei Fori, le marché couvert de la ville. Mais le cœur n’y est vraiment pas.

Le marché couvert de Vintimille en partie vide. Du jamais vu à cette période de l'année.
Le marché couvert de Vintimille en partie vide. Du jamais vu à cette période de l'année. © Laurent Meney/France Télévisions

Ce que confirme Paulo, il tient un étal de fruits et légumes : "normalement à cette époque de l’année c’est plein ici. Des Français oui c’est vrai mais aussi des italiens." En fait si les Français, en particulier les frontaliers ont déserté cet endroit c’est qu’ils n’ont pas le droit de franchir la frontière. Ce que rappelle d'ailleurs le site du minstère des affaires étrangères. Le maraicher relève le climat anxiogène qui ne pousse pas les gens à sortir de chez eux.

Lumière au bout du tunnel

"Et vous ?, me lance ce passant, intrigué de me voir faire des photos de la queue devant le bureau de Poste, vous êtes français ? Comment avez-vous fait pour venir ici ? Je suis journaliste et je viens voir comment on vit à quelques jours d’un confinement de nouveau total."

Se tournant vers moi : vous savez, cette période est triste mais on accepte de devoir à nouveau rester chez nous à partir du 24 décembre et de ne pas pouvoir quitter notre zone d’habitation.

Et le réveillon de Noël sera en comité restreint. Le plus dur c’est l’absence d’embrassades. Et de conclure, "on cherche la lumière au bout du tunnel."

Dans la rue la plus commerçante de Vintimille impossible ou presque de voir des passants non-masqués sinon le récalcitrant a droit à un regard désapprobateur de la part des carabinieri même si les verbalisations sont rares.

A la terrasse d’un café, trois amis prennent un café en terrasse : "on ne parle pas de Covid toute la journée" me lance Maria un peu agacée. Mais la conversation est lancée tandis que le masque reste à portée de main.

Des terrasses de café en partie vides à Vintimille. Le coeur n'y est pas.
Des terrasses de café en partie vides à Vintimille. Le coeur n'y est pas. © Laurent Meney/France Télévisions

On sent le traumatisme vécu par les italiens. Impossible de ne pas évoquer la situation en France, Vintimille est à moins de dix kilomètres de Menton, en France, le pays qui a choisi de stopper le confinement : "le weekend dernier on a vu plein de Français venir ici. Ils passent par l’autoroute, moins de risque de se faire contrôler."

Rester chez soi

Eux se conformeront au nouveau confinement : "on ne va pas bouger de chez nous, à part pour les courses, ni voyager durant la période des fêtes, de toute façon la plupart des trains ne rouleront pas en Italie." Mais pas de quoi quand même entacher l’humeur jovial de cette tablée tandis que le soleil encore timide éclaire l’extérieur du bar.

C’est un compte à rebours qui a commencé ici avant le total lockdown comme on l’appelle ici.

Tout sera alors fermé à l’exception des commerces essentiels jusqu’au 24 décembre avant une deuxième période à partir du 27, pharmacies, alimentation, quelques services publics.

Tous les restaurants baisseront le rideau. Les terrasses, ce lundi 21 décembre, sont déjà désertées. Et chez les commerces de bouche, le taux d’affluence est faible. Pour Mauro Grassano qui réprésente les commerçants de la ville les mesures du gouvernement sont comprises de façon diverses : "la moitié comprend qu’il faut à tout prix empêcher une aggravation de la pandémie", l’Italie comptabilise plus de 68 000 décès, "quitte à perdre du chiffre d’affaires mais l’autre moitié l’accepte mal."

Et de conclure, un peu désabusé :"Il y a trop de morts en Italie". Sans compter le couvre-feu qui est déjà en place à partir de vingt heures le soir et qui limite encore l'activité des commerces.

Les autorités locales interrogée sur le nouveau confinement nous rappellent les règles qui sont désormais les mêmes pour tous le pays qui va donc virer au rouge, le niveau maximum d'alerte épidémiologique réduisant les mouvements des Italiens. Impossible enfin de ne pas faire référence à ce cas d’une forme nouvelle de Covid-19 révélée par la presse comme venant du Royaume-Uni et présent sur le territoire italien. Cela fait la Une de la Presse ici.

A quelques mètres de là la plage de Vintimille vide alors que le soleil est désormais haut dans le ciel, on ne s’attarde pas. La police se fait discrète mais veille. Ici Noël comme dans beaucoup de villes européennes aura un goût amer.

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