VIDEO - La vie quotidienne racontée par les habitants de Tende : "c’est vraiment la première fois où je pense à partir"

Le village est coupé du monde depuis la nuit du vendredi 2 octobre. Nous avons recueilli les témoignages d'habitants traumatisés par leur isolement.
A Tende, les habitants n’ont pas attendu l’arrivée des secours pour s’organiser et surtout s’entraider. Routes détruites, ponts éventrés… pas d’accès sauf un pont romain toujours debout. Les tendasques passent en vélo ou en quad pour trouver un chemin dans la Roya. Surtout, tout le monde donne un coup de main. Sur la place du village, les premières distributions d’eau et de vivres arrivent par le ciel. Même les enfants participent.

« On fait au mieux… surtout il y a beaucoup de solidarité », explique une habitante avec le sourire. Mais la question de l’après est dans toutes les têtes :

On est catastrophé ! Moi je suis natif d’ici, ça fait 48 que je vis ici mais c’est vraiment la première fois où je pense à partir parce que je ne vois pas comment on peut s’en relever et moralement et économiquement. 

Patrick Scandola, garagiste.

La belle histoire, c’est celle d’un agriculteur, François Riberi, qui a recueilli 19 personnes chez lui suite aux intempéries. Il a aussi sauvé une caravane qui allait être emportée par la Roya en furie.

► Reportage à Tende, Coralie Chaillan, Christophe Napoli. Montage, Alina Chardon :Peu de secouristes et de journalistes avaient réussi à rejoindre le village depuis le 2 octobre. Erika Giordano, ATSEM à l’école de Tende, a voulu raconter ce qu'elle vivait dans son village via une vidéo partagée sur Facebook. Elle s’est sentie « délaissée » par les autorités. Il n'y a plus de classe mais elle garde les enfants pour soulager les parents qui s'activent dans le village. Elle décrit aussi ce qui se passe à l’hôpital où les gestes barrières ne peuvent plus être respectés, vu les circonstances. L’hôpital de Tende a dû accueillir les résidents de l’hôpital Saint Lazare, inondé dès le vendredi 2 octobre.
 

Les gens ils sont dans le couloir… alors le Covid ! L’eau on la garde pour boire ! Tu vas tirer la chasse d’eau une fois dans la journée… Nous on peut gérer, mais les hôpitaux non. (…) Ça sent mauvais, on a presque plus de couches, les autres patients qui les ont rejoints, ils sont par terre.

Erika Giordano, ATSEM à Tende

Il y a eu des évacuations sanitaires pour les personnes les plus malades. Erika Giordano ne veut pas faire de « révolution » mais juste sauver son village. Erika est native de Tende, son frère habite à Breil-sur-Roya, son mari à toute la famille dans la vallée. Son père de 85 ans a été rapatrié par le SMUR à l'hôpital Pasteur de Nice car sa maison est au bord de la rivière.

"On essaye de sauver nos villages !"

La jeune femme s’emporte : "Tu me fais décoller des fusées sur la lune, des voitures volantes et tu me construis pas de ponts, de routes ! Vous avez mis 3 jours pour parler de nous… les dégâts ils vont s se passer dans les jours qui suivent ! On essaye de sauver nos villages !" Elle pense aussi aux autres villages, aux hameaux plus isolés : « Casterino... C’est des petits hameaux mais c’est chez nous ».

"Journal de bord"

Autre témoignage recueilli via les réseaux sociaux, celui de Sophie Audax, psychologue. Elle n’habite pas à Tende mais elle est montée jeudi pour aller travailler dans l’hôpital qui dépend du CHU de Nice, celui qui n’a pas été inondé.
Depuis, elle est coincée à Tende. Elle a vu la Roya monter dangereusement. Elle est en sécurité et elle partage son « journal de bord » sur Facebook :Elle précise que les habitants peuvent laisser un petit mot sur la place du village, dans des lettres non timbrées qui partiront pour Nice gratuitement. La difficulté ? « Il faut passer le temps, à 20h il fait noir. C’est moralement compliqué (…) mais je n’ai pas le choix ».

Aujourd’hui, le téléphone fonctionne presque normalement. Le village n'est plus complètement isolé grâce à un pont aérien. Mais même si il n'y a pas eu de victimes pendant cet épisode climatique inédit, l'avenir de Tende se pose.  
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