Mercantour : un photographe alerte sur un lac presque totalement asséché

Le lac Petrus culmine à 2371 m sur les hauteurs de Saint-Étienne-de-Tinée et non loin de la frontière italienne. Il a été retrouvé quasiment à sec, voilà quelques jours, par un photographe du coin. Il tire la sonnette d'alarme.

Fabien Girardi est photographe, et amoureux de la nature. Il tient son magasin à Auron et réalise des clichés du Mercantour toute l'année. Il en connaît chaque recoin.

Le 1er juin, lors d'une balade au sommet du mont Tenibre pour photographier le levé du soleil, il s'arrête au lac de Petrus en redescendant. Un lieu bien connu des habitants du coin. Le photographe y va souvent depuis une dizaine d'année. 

Surprise, le lac  de 2000 m2 d'habitude, n'est plus, ou quasiment. Il reste une flaque. Un véritable choc pour le photographe. 

"En temps normal, l’eau arrive au bord des troncs des sapins, là il n’y a plus d’eau du tout. C’est un lac qui n’était jamais réellement asséché. En fin d’automne, il était un peu plus vide, mais ça se remplissait rapidement fin octobre. C’est clairement un choc. C’est le Mercantour, c’est magnifique et on ne devrait pas voir ca. C’est terrible."  

Attristé par sa découverte, il  publie ses photos et vidéos pour alerter sur la situation. 

Le changement c'est maintenant

Ça fait mal parce qu’on ne s’attend pas à ce que ça nous arrive ici, et maintenant. Ce sont des lacs auxquels on a l’habitude d’aller avec les enfants, et peut-être que les enfants ne le verront plus. Et c’est pas dans 50 ans c’est maintenant.

Fabien Girardi - photographe

D'habitude à cette période de l'année, à plus de 2000 m d'altitude dans le Mercantour, la neige persiste par endroit. Cette année, le manque de chute de neige en abondance cet hiver et au printemps l'a fait  disparaître début mai. Alors le petit lac Petrus qui n'est pas alimenté par des ruisseaux, et n'existe que grâce à la fonte des neiges en a fait les frais. Un crève-cœur pour Fabien Girardi. 

"Les lacs d’altitudes, tout notre beau Mercantour va être tout chamboulé. Ça fait mal parce qu’on ne s’attend pas à ce que ça nous arrive ici, et maintenant. Ce sont des lacs auxquels on a l’habitude d’aller avec les enfants, et peut-être que les enfants ne le verront plus. Et c’est pas dans 50 ans, c’est maintenant."

La faute au manque de neige

C'était au mois d'Août. Là, on est en juin, on a trois mois d'avance

Eric Barale Adjoint à l'entretien du domaine skiable Mairie de Saint-Etienne de Tinée

Eric Barale aussi se désespère de voir ce lac temporairement disparaître. L'adjoint à l'entretien du domaine skiable de Saint-Étienne-de-Tinée veut encore croire à un phénomène épisodique.

" Le réchauffement on le subit moins que le manque de précipitation. Ce qui manque, c’est l’eau. Le vrai problème, c’est la sècheresse. Petrus, c'est un tout petit lac, dans un pierrier, et il n'a pas beaucoup de volume d'eau. Ce n'est pas comme les lacs de Vens ou de Rabion qui fait 40 hectares. Là, on parle d'un tout petit lac. Une cuvette."

Eric Barale se dit enfant du pays et a déjà vu le lac Petrus sec voilà quelques années.

"Mais c'était au mois d'août. Là, on est en juin, on a trois mois d'avance."

La faune et la flore en danger

L'été arrivant, sans précipitation abondante, la situation pourrait bien s'aggraver. La faune et la flore commencent déjà à en pâtir. Les grenouilles du lac de Petrus ont disparu.

" Il y avait des cadavres partout autour de cette petite flaque qui rassemblait plein de vie avant et qui maintenant est complètement asséché, et ça va mettre des dizaines d’années à revenir. Parce que ces grenouilles, elles ne passeront pas l’été au sec, donc elles ne seront plus là l’été prochain quand le lac se sera re-remplis naturellement. Elles mettront des années à revenir" explique Fabien Girardi.