8 mars - A Nice, entre 250 et 1000 manifestants pour les droits des femmes : “Les choses changent, c'est un gros succès”

La manifestation du 8 mars, journée internationale des droits des femmes, le long de l'avenue Jean Médecin, à Nice. / © Manon Hamiot - France Télévisions
La manifestation du 8 mars, journée internationale des droits des femmes, le long de l'avenue Jean Médecin, à Nice. / © Manon Hamiot - France Télévisions

Dimanche 8 mars, à l'occasion de la journée internationale du droit des femmes, entre 250 et 1000 personnes ont répondu à l'appel des collectifs féministes et manifesté dans les rues de Nice. Sous le mot d'ordre "On arrête toutes", les femmes ont entamé une grève pour dénoncer les inégalités.

Par Sophie Maréchal avec Manon Hamiot

"Parce que nous sommes fortes et fières, nous voulons être celles qui brisent le silence, qui dénoncent les violences sexuelles et sexistes. Ces violences que nous subissons comme si elles étaient naturelles. Assez d’hypocrisie !"

Sur le parvis de la gare de Nice (Alpes Maritimes), les textes se succèdent. Niçoises et Niçois, venus en nombre à l'appel des 23 associations réunies dans le Collectif droits des femmes 06 à l'origine de la manifestation de ce dimanche 8 mars, se relaient au micro.
 

Fédérée sous le mot d'ordre "On arrête toutes", la journée internationale du droit des femmes 2020 prend la forme d'une grève féministe. "C'est vrai qu'une grève un dimanche peut paraître hors de propos, concède Tania Mehraz, bénévole au Planning familial 06, l'une des associations membre du Collectif droits des femmes 06. Mais les tâches domestiques ne s'arrêtent pas le dimanche !"


"On arrête toutes de briquer !"

En fonction de la définition des tâches ménagères adoptée (restreintes, c'est-à-dire ne comprenant que les activités relatives au ménage, aux courses, au soins aux enfants... ou intermédiaires, c'est-à-dire comprenant également le bricolage, le jardinage et les jeux avec les enfants), l'Insee établit en effet que les femmes réalisent en moyenne entre 64% et 72% de la charge totale.
 

La répartition des tâches domestiques évolue en fonction de la composition du foyer, mais le constat reste globalement le même. Une femme, en couple, avec un ou plusieurs enfants, passera en moyenne 22 heures hebdomaires à travailler à la maison, tandis qu'un homme, dans la même situation, en passera 9. 
 

"Cette marche et cette grève, c'est parce qu'on est obligé de rappeler qu'il reste de nombreux combats à mener !", assène Clémence Rouland, bénévole au Planning familial des Alpes-Maritimes. "On arrête toutes de briquer !", la coupe une Niçoise, reprenant le slogan du collectif, alors que le cortège emprunte l'avenue Jean Médecin. 


Le salaire d'une femme est en moyenne de 19% inférieur à celui d'un homme

"C'est l'un des espaces les plus touristique et commercial de la ville, reprend la bénévole. De nombreuses femmes travaillent le dimanche. Les inégalités salariales entre les sexes sont encore énormes. Nous les invitons à nous rejoindre."
 

A titre de comparaison, en 2016, l'Insee, dans ses déclarations annuelles de données sociales, relevait un salaire net mensuel moyen de 1969 € pour les femmes, contre 2431€pour les hommes. Soit un écart de 19%.
 


"Nous serons les grandes perdantes"

"Et les inégalités ne s'arrangent pas avec la retraite, au contraire. L'écart moyen entre les pensions des hommes et celles des femmes est d'environ 40% [32% selon l'Insee, ndlr], reprend Tania Mehraz. On n'est pas du tout convaincu par la réforme des retraites actuelles. Pourtant le gouvernement nous assure que les femmes seront les grandes gagnantes. Je crois que nous serons plutôt les grandes perdantes !"

Pour le collectif, cette grève est un pas vers la convergence des luttes sociales tant nationales qu'internationales. Car place Masséna, le cortège a entonné des chants de solidarité avec les Argentines, qui se mobilisent depuis deux ans pour la légalisation de l'avortement, aujourd'hui passible de poursuites pénales dans ce pays d'Amérique du sud.
 

"Nous sommes également solidaires avec les femmes kurdes du Rojava, assure la bénévole du Planning familial 06. Mais il faut savoir que même chez nous, même si les lois nous protègent, il existe de fortes inégalités d'accès à l'interruption volontaire de grossesse. C'est encore très compliqué d'y accéder dans l'arrière-pays niçois, par exemple." 
 
Hommes, femmes, vieux, jeunes, cis, trans... 1000 personnes ont manifesté ce dimanche selon les associations, 250 selon la police. "On n'a jamais eu autant de monde à Nice pour les droits de femmes. Et le cortège était très divers. Les choses changent. C'est un gros succès", se félicite Clémence Rouland. Par terre, sur la place Masséna, une pancarte abandonnée clame encore : "Plus virulent que le coronavirus, c'est le patriarcat virus !"

 

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