Ce que l'on sait de l'agression mortelle du supporter nantais survenue avant le match de football FC Nantes - OGC Nice

Un supporter nantais a été mortellement agressé samedi 2 décembre, aux abords du stade de la Beaujoire, avant le match de ligue 1 FC Nantes - OGC Nice. Le parquet de Nantes a requis ce lundi la mise en examen de deux chauffeurs de VTC, dont un pour homicide volontaire.

Un supporter nantais a été mortellement blessé lors d'une altercation en amont du match de Ligue 1 de football entre Nantes et Nice, samedi 2 décembre à Nantes. Une enquête a été ouverte. 

À 4h30, ce dimanche 3 décembre, un chauffeur de VTC "s’est rendu à l’hôtel de police de Nantes et a été placé en garde à vue du chef notamment d’homicide volontaire", a annoncé le parquet de Nantes à France Télévisions ce dimanche. "Il s’agit d’un homme de 35 ans", précise la même source. 

Maxime, supporter de 31 ans 

"Peu avant 20h, plusieurs véhicules VTC transportant des supporters niçois ont été pris à partie par des supporters du FC Nantes" alors qu'ils se rendaient au stade de la Beaujoire, a indiqué le procureur de la République de Nantes, Renaud Gaudeul. "Au cours de ces évènements, un homme âgé de 31 ans, supporter du FC Nantes, s'est effondré" et "est décédé sur place", "malgré l'intervention rapide des secours", a-t-il ajouté.

Dans un communiqué publié dans la nuit, le FC Nantes a exprimé sa "douleur" et présenté "ses plus sincères condoléances" aux proches du supporter décédé. Plusieurs joueurs ont aussi posté un hommage à leur supporter de la Brigade Loire.

La Ligue de football professionnel a également tenu à réagir après le drame. 

Une horde de supporters cagoulés

David Tan, un des sept chauffeurs VTC, s'est confié au micro de France 3 Pays de la Loire.

"On était en convoi (deux vans et six autres voitures) pour déposer trente supporters niçois au stade quand une horde de supporters encagoulés, 300 hooligans, en noir ou en jaune et vert (les couleurs du FC Nantes) a surgi et nous a attaqués", a-t-il affirmé.

"Ils ont commencé à ouvrir les portières et à taper mes clients à l'intérieur. Moi, j'ai baissé ma vitre et je leur ai dit d'arrêter ça. Un mec a mis un coup de pied dans ma calandre. Il s'est retourné, il a tapé mon pare-brise (...) Et tous mes autres collègues se sont fait agresser aussi", raconte le chauffeur, qui devait être entendu par la police dans la nuit de samedi à dimanche.

La meute qui arrivait, c'était un essaim d'abeilles. Je les connais les mecs de la BL (Brigade Loire), certains se tapaient, mais là, c'était une mise à mort. C'était un traquenard. 30 jeunes dans nos véhicules, qu'est-ce qu'on peut faire ? Il n'y avait pas d'escorte policière alors que les jeunes supporters ont appelé donc il y a une faille quelque part. 

David Tan, chauffeur VTC

France 3 Pays de la Loire

"Je n’en ai pas dormi de la nuit parce qu'on est responsables.  D'autant plus que je porte sur mes épaules le poids d'être porte-parole des VTC", raconte David Tan avec émotion. "Là, c'est une tragédie. Il va falloir comprendre d'où vient la faute".

Une blessure dans le dos 

"Les toutes premières investigations médico-légales montrent que la victime présente une blessure dans le dos, pouvant correspondre à une arme blanche", des éléments qui seront affinés lors d'une autopsie, a ajouté le procureur de Nantes. L'enquête pour "homicide volontaire" a été confiée conjointement à la direction territoriale de la police judiciaire et à la Sûreté départementale de Loire-Atlantique. 

Selon une source proche du dossier, le supporter, membre du groupe de la Brigade Loire, aurait reçu un coup de couteau, probablement de la part d'un des chauffeurs de VTC pris à partie. "Toute la lumière devra être faite sur ce drame", a réagi dans un communiqué le premier adjoint à la ville de Nantes Bassem Asseh.

"La violence n'a sa place ni dans les enceintes sportives ni en dehors".

Le nouvel entraîneur du FC Nantes, Jocelyn Gourvennec, a expliqué ne pas avoir été averti du drame avant le début de la rencontre, remportée (1-0) par son équipe.

Un contexte tendu

"Je n'ai appris qu'après le match que la Brigade Loire avait été touchée ce soir", a déclaré l'entraîneur. "C'était un contexte un peu particulier, une ambiance un peu particulière", a-t-il dit après le match. "Je ne peux pas imaginer comment on peut aller voir un match de foot, parfois en famille, et être entre la vie et la mort. C'est inconcevable", avait poursuivi Jocelyn Gourvennec, avant l'annonce du décès.

"Les joueurs en ont beaucoup parlé dans le vestiaire, ils étaient très touchés", selon lui. L'agression du supporter nantais intervient dans un contexte de tensions et d'incidents en marge de rencontres de Ligue 1.

Dimanche dernier, deux supporters de Brest ont été légèrement blessés par des éclats de verre lorsque leur car a été visé par des projectiles après la victoire de leur club 3-1 à Montpellier.

Fin octobre, le bus de l'Olympique lyonnais avait été caillassé en amont de la rencontre face à Marseille au Stade Vélodrome, blessant l'entraîneur lyonnais Fabio Grosso et son adjoint Raffaele Longo. Au moins un bus de supporters lyonnais avait également été attaqué, les projectiles ayant fait des blessés légers, et le match n'avait pu avoir lieu. Il a été reprogrammé à Marseille ce mercredi 6 décembre.

La réaction de la ministre des Sports

La ministre des Sports, Amélie Oudéa-Castéra a évoqué une "grande douleur", et adressé ses "pensées" aux proches. L'enquête "doit désormais préciser les circonstances exactes des faits", a-t-elle ajouté, dans un message publié sur X (anciennement Twitter).

"On ne peut pas continuer comme ça dans le football", s'insurge ce lundi 4 décembre sur France Inter Amélie Oudéa-Castéra. Elle fait part de son "désarroi" après ce nouvel incident en marge de matchs de football. La ministre estime que ce n'est "pas possible d'avoir des forces de l'ordre à ce point sursollicitées, des biens détruits, des bus caillassés, des personnes blessées et maintenant un mort".

Si elle reconnaît que ce phénomène "n'est pas spécifique à la France", la ministre des Sports plaide pour "une réponse globale" face aux violences qui émergent en marge des matchs de football. "À situation radicale, mesure radicale", ajoute-t-elle.

Amélie Oudéa-Castéra considère par exemple que lorsqu'un "match présente un risque, il faut pour l'instant s'arrêter sur les déplacements de supporters". Elle affirme qu'une initiative sera prise "avec le ministre de l'Intérieur, le garde des Sceaux, la Ligue de football professionnel, la Fédération et l'ensemble des clubs".  

Des gerbes de fleurs ont été déposées dimanche après-midi au bord de la route, sur le lieu du drame. Une fresque "Max pour toujours" a aussi été peinte. 

L'un des deux hommes, en garde à vue depuis dimanche matin, est poursuivi pour homicide volontaire et extorsion avec arme, a précisé Renaud Gaudeul lors d'une conférence de presse.

Un deuxième chauffeur de VTC est également "en cours de déferrement" ce lundi soir pour violences volontaires et altération de preuves.