Des cadeaux du sculpteur Richard Orlinski au couple Estrosi : l'avocat du maire de Nice dément toute contrepartie

Le média en ligne spécialisé dans l'investigation Mediapart révèle que le maire de Nice a reçu des œuvres en cadeau de celui qu'il présente comme un "ami", le sculpteur Richard Orlinski. Son travail a été largement exposé à Nice, Auron et Isola 2000. Mathias Chichportich, l'avocat de Christian Estrosi, dément toute contrepartie.

Le site d'information Mediapart révèle ce dimanche 10 mars dans un article que plusieurs œuvres ont été données par celui que l'on surnomme le sculpteur des stars, Richard Orlinski, au maire de Nice Christian Estrosi, ainsi qu'à son épouse, Laura Tenoudji-Estrosi.

"D’après les documents consultés par Mediapart, ces cadeaux étaient (...) bien destinés, du point de vue de l’entreprise de Richard Orlinski, au couple Estrosi" est-il écrit dans l'article.

L'artiste avance à Mediapart que ces présents ne valent rien si l'on peut dire, arguant auprès du média en ligne qu'il s'agit "de reproductions d'œuvres, sans numérotation, sans certificat et sans valeur marchande".

Concordance des temps

Mediapart relaie que Richard Orlinski a "profité à plusieurs reprises des fêtes de fin d’année pour arroser le couple Estrosi de ses créations. Ses équipes consignaient la liste de ces présents dans des documents internes, où il est notamment question de deux grands Kong [...] de deux panthères ou encore d’un coffret Lancôme, l’une des nombreuses marques avec lesquelles Richard Orlinski a collaboré" écrit le média, fondé par Edwy Plenel, qui s'interroge sur les motivations de tels dons, au vu de l'exposition que la commune azuréenne a pu faire aux œuvres de l'artiste.

Celle-ci a accueilli "un bestiaire dans 10 lieux emblématiques de Nice le temps d’une exposition à ciel ouvert du 10 juin au 30 septembre 2023".

"La promenade d'Orlinski" a été détaillée par le maire de Nice, sur la chaine Youtube officielle de la ville, où l'édile présente l'artiste comme son "ami".

Sur Instagram aussi, le maire de Nice parlait alors de "pérégrinations colorées et envoûtantes, de la promenade du Paillon en passant par Cimiez et Rauba Capéu" avant de ponctuer sa publication par : "Voilà ce que l’esprit d’un créateur est capable de faire, découvrez, réfléchissez, aimez ou non, comprenez ou non, en tout cas soyez libres. C’est ça, mon idée de la culture !"

Pas de "contrepartie"

Mediapart s'intéresse également à la participation de Richard Orlinski à la création d'un trophée pour le Grand Prix de France au Castellet, dans le Var.

Un évènement encadré par un GIP, le groupement d'intérêt public, que Christian Estrosi a présidé.

Contacté ce lundi 11 mars par la rédaction de France 3 Côte d'Azur, l'avocat du maire de Nice balaie toute ambiguïté et réfute toute "contrepartie".

Monsieur Christian Estrosi n’a jamais accepté quelque cadeau que ce soit de quelque artiste que ce soit en contrepartie d’un contrat d’exposition dans les collectivités qu’il administre.

Mathias Chichportich, avocat de Christian Estrosi

Sollicité sur Instagram, Richard Orlinski n'a pas répondu pour le moment à notre demande pour savoir à quel(s) moment(s) ce(s) cadeaux avai(en)t été donné(s).

L'artiste a toutefois été formulé ce lundi en début de soirée, par mail, quelques lignes pour expliquer que "les cadeaux offerts à un certain nombre de partenaires ou amis au moment des fêtes de fin d’année n’ont aucune valeur : il s’agit de reproductions d’œuvres, sans numérotation, sans certificat, et sans valeur marchande". Un envoi transféré par la manager général de Richard Orlinski, peu avant 19 heures.

Et d'ajouter que "c'est donc à tort que Mediapart assimile la valeur de tels cadeaux au tarif de mes œuvres originales. L’ensemble des prix et estimations indiqués sont donc totalement fantaisistes".

Un chiffrage trompeur par Mediapart ?

Pour autant, les créations données au couple Estrosi ne peuvent être comptées comme des œuvres aptes à être commercialisées traditionnellement sur le marché de l'art.

Un commissaire-priseur azuréen nous confie, mais préfère garder l'anonymat, ce matin du 11 mars qu'à "chaque fois qu'il y a une production par un éditeur, il y a toujours une, deux, ou trois sculptures qui sont hors commerce. C'est l'artiste qui, lui, en fait ce qu'il veut. C'est en général écrit sur l'œuvre H.C, ou Hors commerce en toutes lettres. Effectivement, ce n'est pas numéroté, mais c'est écrit sur l'œuvre".

La maison de ventes que nous avons sollicitée affirme que les œuvres hors commerce sont vendues un dixième, ou un vingtième de leur valeur référencée lorsqu'elles passent sous le marteau. Ce qui peut se produire si son propriétaire souhaite s'en délester.

"Pour autant, les œuvres hors commerce rentrent dans le commerce. Cela ne nous empêche pas, nous les commissaires-priseurs, de les chiffrer et de les vendre. Cela fait partie malgré tout du commerce" nous précise-t-on. Dans le cadre d'une vente aux enchères, toujours selon cette même source. 

"Franchement, cela n'a jamais une valeur de zéro euro" poursuit notre interlocuteur qui a souhaité rester anonyme une fois la raison de notre appel clairement évoqué.

Le chiffrage de l'article donné par Mediapart est donc trompeur, lorsqu'il évalue par exemple un "Wild Kong de 150 centimètres entre 49.900 et 150.000 euros".

Ce gorille sauvage fait partie des quatre œuvres qui ont été données au couple Estrosi si l'on en croit le site d'information qui cite des "tableaux" de données de l'artiste. 

Plaisir d'offrir, joie de recevoir ?

La vie est un cadeau. C'est ce mantra qui semble continuer d'animer Richard Orlinski lorsque Mediapart l'a sollicité pour cet article dominical. 

Un Kong siglé au logo de la marque a été apporté au sein de la rédaction par l'artiste. Le tout accompagné d'un mot manuscrit indiquant que "ceci n'est pas un délit".

La rédaction de Mediapart a retourné le présent du sculpteur dans ses locaux, accompagné par un huissier de justice.

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