Entrée en vigueur de l'ouverture du don du sang aux homosexuels, sans conditions ce 16 mars, on vous explique ce qui change

Publié le Mis à jour le
Écrit par Emilie Mechenin .

Depuis 1983, le don de sang pour les hommes ayant des pratiques homosexuelles a été extrêmement limité. D'abord totalement interdit, depuis 2016, il était autorisé suite à une période d'abstinence. Dès ce mercredi 16 mars, l'orientation sexuelle ne sera plus un critère pour être autorisé à donner son sang.

Être un homme homosexuel ou bis et donner son sang ne seront plus incompatibles à partir du 16 mars.

Plus de référence à l'orientation sexuelle dans les questionnaires préalables au don, plus de période d'abstinence nécessaire pour les hommes ayant des pratiques homosexuelles, c'est la fin d'une règle qui peut être vécue comme une discrimination, basée sur l'orientation sexuelle.

39 ans de distinction entre hétéro et homo

En 1983, la Direction générale de la santé demandait aux personnes considérées à risques, notamment les homosexuels et les toxicomanes, de ne pas donner leur sang, en raison des risques de contamination par le Sida, qui frappait la France.

Une interdiction qui a duré jusqu'en juillet 2016 : les hommes ayant eu des pratiques homosexuelles, pouvaient alors donner après un an d'abstinence. Une période réduite à 4 mois, en 2019.

Les progrès de la lutte contre le VIH

"Quand j'avais une vingtaine d'années, je le vivais comme une discrimination, mais la priorité reste de sécuriser les dons, explique Erwann Le Hô, président du Centre LGBTQIA+ de la Côte d'Azur. Si c'est aujourd'hui possible, c'est grâce aux progrès de la lutte contre le VIH, c'est le bon timing."

Une lutte toujours centrale dans la communauté gay et bi. En 2020, selon les chiffres de Santé publique France : 43% des personnes ayant découvert leur séropositivité "sont des hommes ayant des rapports sexuels avec les hommes". Les femmes et hommes hétérosexuels nés à l'étranger représentent 37%.

La PrEP : fer de lance de la lutte contre le VIH

"Entre 2015 et 2018, les nouvelles contaminations ont reculé de 40% dans les Alpes-Maritimes, contre 8 % au niveau national."

Un des principaux outils pour ce recul : la PrEP (prophylaxie pré-exposition). Un traitement préventif, qui permet d'éviter l'infection par le VIH, pris en charge par la sécurité sociale et pouvant être prescrit par un médecin traitant.

"1147 personnes sont sous PreP dans les Alpes-Maritimes et le Var, il y en a 42 000 en France", précise Erwann Le Hô.

Un outil de prévention qui exclut du don du sang. "Ça donne l'impression que les gens qui prennent le traitement ont forcément des comportements à risque", déplore-t-il. Pour donner, il faut attendre 4 mois après la prise du traitement.

Pourquoi les prépeurs ne peuvent pas donner ?

"La PrEP, comme d'autres médicaments, peut interférer avec les tests de dépistage du VIH et fausser notre analyse", explique Virginie Lavedrine, responsable de l'activité de prélèvement dans les Alpes-Maritimes, de l'EFS (Établissement Français du Sang).

A l'avenir, si les test deviennent plus fiables et si la PrEP n'est pas évaluée comme "tératogène" (qui peut avoir des effets sur un bébé porté par une femme), les "prépeurs" pourraient donner. "Le don du sang évolue avec les progrès de la science".

Un élargissement du nombre de donneurs qui peut sembler essentiel, alors que l'EFS alerte régulièrement sur le manque de stock. "Il y a deux semaines en PACA, plus de la moitié des poches utilisées étaient fournies par une autre région."

Les poches de sang sont-elles toutes testées?

Si les relations homosexuelles ne sont plus considérées comme un comportement à risques, avoir eu plusieurs partenaires les 4 derniers mois avant le don, avoir eu le Covid récemment, avoir une maladie chronique, avoir fait un tatouage, avoir voyagé dans certains pays, excluent du don. 

On teste toutes les poches, entre autres pour le VIH, certaines hépatites, assure la responsable. Mais on ne peut pas tester pour toutes les maladies. Par exemple, on ne teste pas pour la varicelle.

Virginie Lavedrine, responsable de l'activité de prélèvement dans les Alpes-Maritimes, de l'EFS.

De plus, des poches infectées par une maladie pourtant testée, pourrait ne pas être détectées "si la charge virale est insuffisante".

Les critères pouvant exclure du don sont nombreux...  Il est possible de s'auto-évaluer sur le site de l'EFS avant de venir donner.

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