Guerre en Ukraine : des voix s'élèvent sur les différents niveaux de solidarité en France

Publié le Mis à jour le
Écrit par Daniel Gerner .

Accueil facilité, élans solidaires, grandes déclarations : la différence de traitement vis-à-vis de certains migrants plus "compatibles" avec notre pays interroge, notamment dans la vallée de La Roya dans les Alpes-Maritimes.

Le militant Cédric Herrou n'y va pas par quatre chemins : "dès le début on a été un peu choqué par cet élan de solidarité. Qu'on ne me méprenne pas : je suis tout à fait content et ravi que les gens et les autorités réagissent aussi vite et bien... 

Mais il y a un côté deux poids, deux mesures très dérangeant. Surtout ici, dans la Roya où on a subi une telle pression.

Cédric Herrou.

Il faut dire que Cédric Herrou, symbole de l'aide aux migrants, sort de quatre ans de procès, totalise le joli score de cinq perquisitions à sa ferme non loin de Menton dans les Alpes-Maritimes, là où il a installé une communauté Emmaüs, et de onze gardes à vues. 

Pourquoi ? Pour "délit de solidarité."

Différents niveaux de solidarité ?

Faut-il comprendre qu'il y a différents niveaux de solidarité ? "Ça ne peut pas être une question de religion : les Érythréens que nous accueillons sont chrétiens orthodoxes eux aussi... On en déduit que c'est la couleur de peau qui a une importance !"

Autant appeler un chat un chat : "on a toujours l'impression que c'est exagéré de parler de racisme systémique, mais là je crois qu'on en a la preuve !"

Les alertes en ce sens se multiplient sur les réseaux. Dans La Roya, un appel à manifester a été lancé pour ce samedi 12 mars sous le mot d'ordre : "Solidarité et accueil pour tous les réfugiés, quelle que soit leur origine".

A Nice, le collectif Tous Citoyens s'insurge lui aussi contre les traitements différenciés et dénonce une "inadmissible discrimination". Le texte a déjà été signé par plusieurs dizaines d'associations.

Les cheminots de leur côté interpellent leur direction la SNCF, quant au fait de faire voyager gratuitement les réfugiés ukrainiens, et rappellent les "entraves [...] faites aux réfugiés en particulier en région Provence Alpes-Côte d'Azur".

Dans son communiqué la CGT Cheminots met les pieds dans le plat : "Il ne serait pas entendable que la couleur de peau, l’origine ou la religion réelle ou supposée amènent l’entreprise à sélectionner les bons ou les mauvais réfugiés."

Le syndicat des avocats de France (SAF), lui aussi, enfile les gants de boxe dans un communiqué cinglant : "Les réfugié.e.s sont désormais trié.e.s pour ne laisser entrer que les "bons réfugiés" blancs, ceux qui seront profitables à notre société car "comme nous". 

Cette attitude porte un nom et doit être qualifiée pour ce qu’elle est : du racisme.

le syndicat des avocats de France.

Présidente du SAF Nice, Maître Mireille Damiano se dit profondément agacée : "Quand on voit que le département des Alpes-Maritimes réussit à trouver quelques 350 logements tout d'un coup, alors que des familles dorment dans la rue à Nice, que le numéro d'urgence sociale le 115 est saturé d'appels tous les jours, c'est un peu fort de café ! Il suffirait d'ouvrir des centres d'accueils pour tous les réfugiés, sans distinction."

Pour l'instant, les autorités préfèrent ne pas balayer les accusations de traitement distinct.

Interrogé ce lundi, Patrick Lecuyer, Délégué aux réfugiés de guerre urkrainiens à la Préfecture des Alpes-Maritimes nous a précisé que "les moyens que nous mettons en œuvre sont en plus. Nous avons environ 1 300 places d'accueil des demandeurs d'asile dans le département et 2 000 places pour l'ensemble de nos hébergements. Ils ne sont pas remis en cause ou comblés par ces arrivants. Pour ces derniers, nous captons des places supplémentaires

En visite à Nice ce lundi 7 mars, la Ministre déléguée auprès de la ministre de la Transition écologique, chargée du Logement Emmanuelle Wargon a tenu à se rendre à la Maison d'accueil des victimes où la Métropole Nice Côte d'Azur a mis en place un cellule spéciale destinée aux ressortissants ukrainiens.

Je constate un bel élan de générosité, lié aussi à la brutalité de cette crise. L'important maintenant, c'est que cette générosité s'installe dans la durée", a déclaré la ministre.

Emmanuelle Wargon, Ministre déléguée auprès de la ministre de la Transition écologique, chargée du Logement.

La question des solutions d'accueil sera d'ailleurs évoquée lors d'une rencontre avec ses 26 homologues européens du logement, ce mardi à Nice.

Mais pourquoi faire une différence entre réfugiés ?

"C'est un bel élan de générosité, pour l'instant on a pas à se questionner mais juste à en être reconnaissant." Point final.

Le premier édile niçois a tout de même tenu à intervenir : "ces gens fuient un pays en guerre, et veulent y retourner. Ce sont des patriotes ukrainiens qui ont demandé de l'aide à l'Union Européenne. C'est important de le souligner," a déclaré Christian Estrosi.

Visiblement une forme de sélection de l'accueil est tout à fait assumée, tout du moins de la part d'une partie de la classe politique. Ce mardi, Marlène Schiappa, ministre déléguée auprès du ministre de l'Intérieur, chargée de l'accueil des Ukrainiens a précisé sur Franceinfo que "chaque Ukrainien arrivant en France devait pouvoir trouver un logement. Aujourd'hui, ceux qui arrivent ont un statut de protection." > Voir les différents statut de réfugiés.

À l'heure actuelle, on a près de 5 000 personnes venant d'Ukraine qui sont déjà arrivées en France, c'est une estimation,

Marlène Schiappa, ministre déléguée à la Citoyenneté.

Il n'en reste pas moins que la décision d'une protection temporaire accordée aux réfugiés ukrainiens pourrait avoir le mérite mettre en lumière les contradictions des autorités en matière de gestion migratoire.

"Je pense notamment à tous les dossiers traités par la Cour nationale du droit d'asile : il va être difficile d'aller sur certaines argumentations pour rejeter une demande... Du moins je l'espère !", confirme Mireille Damiano. Un optimisme partagé par Cédric Herrou : "c'est l'occasion de se remettre en question, de se confronter à ses réflexes les plus primaires."

Si cela se vérifiait, il aura fallu tout de même rien de moins qu'une guerre sur le continent européen pour faire évoluer les législations et les mentalités.

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