"L'application me semble extrêmement compliquée" : les médecins divisés sur la "taxe lapin"

Le Premier ministre Gabriel Attal a annoncé une série de mesures face à la crise des soins de ville. Parmi elles : la taxe "lapin", sanction pour les rendez-vous médicaux non annulés par le patient. Quelle est la position des médecins ? Ils sont divisés.

Dès le 1ᵉʳ janvier 2025, ne pas se présenter chez son médecin alors qu'on a pris rendez-vous pourra  coûter 5 euros de pénalité au patient et cette somme ira directement dans la poche du praticien ! C'est lui qui appréciera si les raisons du non-respect de ce rendez-vous sont recevables ou pas. Et pour que cette mesure soit applicable, il faudra une loi qui devrait être examinée rapidement par le Parlement si l'exécutif veut respecter l'échéance. 

Ces rendez-vous ratés représenteraient deux heures par semaine pour les médecins.

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Le chef du Gouvernement Gabriel Attal a affiché sa volonté de récupérer 15 à 20 millions de créneaux médicaux annuels.  Prisca Thevenot est porte-parole du gouvernement.

Elle justifie la "taxe lapin" sur le plateau de Télématin sur France 2. 

Le docteur Renaud Ferrier est médecin généraliste et trésorier de la Fédération des Médecins de France Sud. 

Et il est perplexe face à cette annonce. Il a peu, dit-il, de rendez-vous non honorés sans justification.

L'application me semble extrêmement compliquée, de nombreuses personnes en tiers payant en seraient exclues et donc très peu responsabilisées.

Docteur Renaud Ferrier, médecin généraliste

Cette taxe pourrait être prélevée sur les plateformes de prise de rendez-vous.

La destruction du parcours de santé selon certains généralistes

Distribution d'antibiotiques par les pharmaciens pour les cystites et les angines, expérimentation dans 13 départements d'un accès direct aux masseurs kinésithérapeutes, accès direct aux médecins spécialistes sans le passage devant le généraliste, ces mesures annoncées par Gabriel Attal  signifieraient la destruction pure et simple du parcours de santé, selon le docteur Ferrier.

De nombreux cas adressés à un spécialiste peuvent être réglés par un médecin de premier recours, c'est-à-dire le généraliste. Donc ce ui manque le plus ce sont des médecins généralistes disponibles, avec moins d'actes administratifs à réaliser et plus de temps médical.

Docteur Renaud Ferrier, médecin généraliste

Autre "pilier" de l'accès aux soins : les gardes, les soirs et les week-ends, dans des cabinets de ville. Aujourd'hui, "5 % des territoires ne sont pas couverts", indique Matignon qui ajoute la modification du numerus clausus, c'est-à-dire du nombre de médecins qui sortent de la faculté de médecine. Le nombre de places en deuxième année passerait de 10 800 en 2023 à 12 000 en 2025, puis 16 000 en 2027. L'effet sur la densité médicale serait alors attendu d'ici 11 ans, pas avant. 

La taxe lapin, une solution par l'éducation ?

Pierre-Marie Tardieux est chef du pôle des urgences au CHU de Nice. Pour lui, le système de santé est en évolution et en refondation.

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Il s'exprime sur les annonces de Gabriel Attal, pour faciliter l'accès aux soins des Français. ©France 3 Côte d'Azur

Concernant la "taxe lapin", elle consiste selon lui à responsabiliser le patient pour qu'il décommande un rendez-vous qu'il ne pourra pas honorer. Et c'est la première phase dans le cadre de la complémentarité de la médecine de ville et l'hôpital. 

Plus les patients vont voir des médecins généralistes, moins ils vont aux urgences, ça peut faire un appel d'air !

Docteur Pierre-Marie Tardieux, chef du pôle des urgences au CHU de Nice

Il rappelle bien que ces annonces, à ce stade, sont des promesses politiciennes et il faudra voir les actes. 

Le président de France assos santé, Gérard Raymond, a vivement critiqué dimanche sur franceinfo la position du chef du gouvernement. Cette taxe n'est pas une mesure de "responsabilisation des patients", mais bien une tentative de "culpabilisation", selon lui. Gérard Raymond se dit "plus que jamais opposé" à cette taxe car, d'après lui, le praticien "regardera à la fin du mois et se dira : 'Il me manque quelques sous, donc je vais faire des déclarations de 'lapins'".